Kazakhstan : relance du débat sur la sécurité publique et les politiques en matière de bien-être animal à la suite de réformes relatives à la gestion des animaux errants

Stray dogs at an animal shelter in Kazakhstan.

Chiens errants dans un refuge pour animaux au Kazakhstan. Capture d'écran de la vidéo intitulée “Euthanasia of cats and dogs in Kazakhstan” publiée sur la chaîne YouTube  Khabar News. Utilisation équitable.

Le 19 mai dernier, Kassym-Jomart Tokayev, président du Kazakhstan, signe une nouvelle loi qui modifie les réglementations relatives au bien-être des animaux, marquant ainsi le passage à une approche de « capture sans remise en liberté » selon laquelle les animaux sont placés temporairement dans des refuges et euthanasiés s’ils ne sont pas réclamés ou bien adoptés après une période de détention minimale.

Avant que l’euthanasie ne soit autorisée, les chiens errants sans propriétaire identifié sont gardés pendant un minimum de cinq jours, tandis que ceux ayant un propriétaire potentiel peuvent être détenus jusqu’à 60 jours.

Par ailleurs, la loi renforce les responsabilités des propriétaires d’animaux, qui doivent à présent prendre toutes les précautions nécessaires afin d’empêcher leurs animaux de nuire aux personnes et aux biens, et payer des dommages-intérêts en cas de blessures.

La nouvelle loi a créé une polémique et une réaction négative de la part du public, et relancé les débats sur la sécurité publique, la protection des animaux, et la responsabilité de l’État.

Les législateurs face aux protecteurs des animaux

Autorités et législateurs ont défendu les nouveaux amendements les jugeant nécessaires afin de protéger le pays du problème croissant des chiens errants. Ils estiment que leur population a augmenté malgré tous les efforts déployés par le passé.

Ainsi, selon des législateurs, le nombre de chiens errants capturés a augmenté d’environ 243 574 à 2022 à 276 282 au début de 2026. Dans le même temps, des chiffres officiels montrent qu’en 2025 plus de 41 000 personnes ont été soignées pour des morsures de chiens, contre 38 800 en 2024.

Les détracteurs des amendements soutiennent que le véritable problème réside dans la loi de 2021 relative au « traitement responsable » des animaux, laquelle visait à renforcer les mesures contre la cruauté, mais qui n’a jamais été pleinement appliquée.

Dans cette vidéo sur YouTube, des experts débattent de la nouvelle loi :

Des groupes de défense des animaux (tels que la fondation KARE), soutiennent que la loi « n’avait pas échoué, elle n’avait tout simplement jamais été appliquée » sur le terrain. Citant des chiffres officiels, les programmes de stérilisation de masse ne se seraient jamais matérialisés et l’euthanasie de masse était toujours pratiquée.

Par exemple, en 2022, seuls 58 chiens ont été stérilisés dans tout le pays contre 80 000 cas d’euthanasie. En 2025, seulement 13 % des 276 000 chiens capturés ont été stérilisés et près de 85 % euthanasiés.

Les activistes expliquent qu’en réalité les animaux capturés étaient très vite exterminés à cause de refuges surpeuplés ou sous-financés, au lieu d’être proposés à l’adoption comme ce devrait être le cas.

Des informations recueillies à Almaty, la plus grande ville et ancienne capitale du Kazakhstan, confirment ces craintes. En 2025, les services vétérinaires municipaux ont signalé 6 169 cas de morsures d’animaux dont seulement 652 infligées par des chiens errants.

Pour être plus précis, environ 10 % des morsures ont été causées par des chiens vagabonds, tandis que la majorité provenait d’animaux de compagnie laissés en liberté ou non confinés.

D'après les activistes, ces données démontrent le besoin de responsabiliser davantage les propriétaires d’animaux et d’augmenter la capacité des refuges, au lieu de recourir à l’euthanasie.

L’un des arguments fondamentaux de la campagne précise que l’euthanasie ne peut pas résoudre un problème systémique, car « lorsque la cruauté est inscrite dans la loi, le silence équivaut à la complicité. »

Données contradictoires

Le débat sur les amendements s’est articulé autour de ces contradictions. Les partisans de la loi ont attiré l’attention sur le nombre toujours élevé d’animaux errants et sur le signalement épisodique par les médias de graves attaques de chiens envers la population.

Ainsi, au mois de juin 2025, un garçon âgé de 10 ans a été impliqué dans un incident largement médiatisé, durant lequel il fût gravement blessé par deux chiens dans le village de Zhalpaksay, situé au sud d’Almaty. Un passant les a ensuite abattus afin de sauver l’enfant.

Selon les législateurs, de tels cas (et le nombre élevé de morsures à travers le pays) montrent que la politique en vigueur « n’a pas atteint son objectif de renforcer la sécurité publique ».

Les défenseurs des droits des animaux ont rétorqué que la plupart des attaques signalées ont été commises par des chiens appartenant à des particuliers, ou ont eu lieu là où les programmes de stérilisation étaient inexistants.  Pour eux, l'audit des données montre que seul un faible pourcentage de chiens a été stérilisé à travers tout le pays.

Leur étude atteste que la stérilisation n’a jamais atteint le taux de couverture nécessaire de 70 %, et que par conséquent aucune baisse de la population n’a été constatée.

Au contraire, l’audit montre que la loi précédente a entraîné une augmentation du nombre de chiens euthanasiés et non une baisse. Selon les activistes, le problème réside dans « l’irresponsabilité des propriétaires » et dans un manque de suivi de la part des municipalités. Ils font référence aux chiffres relatifs aux incidents de morsures survenus à Almaty pour prouver que le simple abattage des chiens errants ne résoudra pas le problème de la sécurité publique.

Selon eux, les autorités devraient plutôt financer convenablement les refuges, les programmes d’adoption et de familles d’accueil, et le fichier national d’identification des chiens afin d’assurer le suivi des animaux domestiques.

Et maintenant ?

Les amendements ayant été ratifiés, la question maintenant est de savoir comment ils seront mis en œuvre. La loi confie explicitement la responsabilité du contrôle de la population animale aux maslikhats et akimats (collectivités locales). Par ailleurs, elle précise que toute décision d’euthanasier un chien doit être accompagnée d’un certificat vétérinaire.

Concrètement, les nouvelles mesures dépendront de la manière dont chaque région décide de les appliquer. De nombreuses associations de défense des animaux insistent sur le besoin de transparence. Selon un organisme de surveillance de la société civile, un contrôle public rigoureux sera primordial car « le renforcement des pratiques d’euthanasie relèvera désormais essentiellement de la compétence des autorités locales ».

Le débat public a révélé de profondes divisions. D’après un journaliste, l’adoption de la loi a provoqué de vives réactions de la part de la population ; au mois de mai 2026, 115 000 personnes se sont publiquement opposées aux amendements.

Des organisations de protection des animaux ont mis en garde contre les nouvelles règles « susceptibles d’entraîner un essor du nombre d’euthanasies », non seulement en ce qui concerne les animaux errants mais aussi les animaux de compagnie qui ne sont pas réclamés par leurs propriétaires. Elles ont présenté des informations montrant que la précédente loi de protection des animaux a été en grande partie ignorée par les autorités régionales.

Cette vidéo sur YouTube débat des implications de la nouvelle loi :

Les partisans de la nouvelle loi rétorquent que sans de telles réformes, la population des chiens errants ne fera qu’augmenter.

Dans tous les cas, de nombreux observateurs considèrent cet incident comme la preuve d’un engagement civique croissant au Kazakhstan, les campagnes menées sur les réseaux sociaux ayant obligé les législateurs à fournir des explications détaillées concernant leurs politiques.

Le président Tokayev quant à lui a adopté une position mesurée. Selon son cabinet, bien que la loi vise à améliorer la santé publique, elle n’approuve pas la cruauté envers les animaux. Tokayev a appelé publiquement les citoyens à « traiter les animaux avec humanité » et a promis d’appliquer une « tolérance zéro » envers la maltraitance.

L'efficacité de ces modifications officielles, qu'il s'agisse de renforcer la sécurité ou simplement de codifier les pratiques d’abattage existantes, dépendra de la rigueur avec laquelle les nouvelles règles seront appliquées. Lorsqu’elles prendront effet, les vétérinaires, bénévoles, et propriétaires d’animaux suivront de près leur progression.

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