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Ce billet fait partie de la série Spotlight de juillet 2026 de Global Voices « Apatride ». Cette série présente la notion d'apatridie et comment cela nuit à la liberté de mouvement des personnes, à leurs opportunités d'accès à l'éducation, à leurs possibilités de participation à la vie politique et à bien d'autres aspects. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.
La Cour suprême des États-Unis a ordonné la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, menaçant ainsi environ 350 000 Haïtiens d'expulsion.
En juin 2024, le gouvernement de Biden a prolongé le TPS pour les Haïtiens de 18 mois, reportant ainsi la date de fin au 3 août 2025. Quand le président Donald Trump a commencé son deuxième mandat, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem a décidé d'arrêter le programme déclarant que le pays « n'était plus éligible » pour le TPS.
Le programme devait se terminer le 3 février 2026 mais, deux jours avant, la juge Ana Reyes de la Cour de district des États-Unis pour le district de Columbia [fr] a émis une ordonnance bloquant son annulation. Plusieurs associations de défense des droits des immigrés ont engagé des poursuites judiciaires à l'encontre du gouvernement pour protéger le programme. La Cour de Washington a ordonné la suspension temporaire de l'annulation et a ainsi apporté du soulagement à la communauté haïtienne, repoussant la date de fin au 1er juillet 2026.
Cependant, le 25 juin 2026, la Cour suprême a voté à 6 voix contre 3 en faveur du gouvernement des États-Unis, validant finalement l'accord définitif d'arrêter le programme TPS haïtien comme annoncé. Cette décision s'applique aussi aux ressortissants syriens qui vivent actuellement aux États-Unis bénéficiant de cette protection temporaire.
D'après l’Haitian Bridge Alliance, une association de défense des droits des migrants basée en Californie, Josiane, une Haïtienne qui est arrivé aux États-Unis en 2021, a déclaré qu'elle avait dû quitter son pays après que des gangs l'ont prise pour cible à cause des activités politiques de son mari. Son mari, lui, s'est enfui en République dominicaine, cependant les gangs ont quand même incendié leur maison, la forçant à fuir pour assurer sa sécurité. Le programme TPS états-unien, auquel Josiane a adhéré en 2022, lui a permis de travailler légalement, de soutenir sa famille et de payer ses factures et impôts. « La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie », a-t-elle déclaré.
« À chaque fois que j'entends les gens parler d'expulsion, mon cœur palpite à cause de mon extrême désespoir. »
Pierre (personne anonyme), un autre haïtien bénéficiaire du TPS, vit aux États-Unis depuis plus de 20 ans. Il a déclaré à Global Voices par WhatsApp que la décision de la Cour suprême l'avait anéanti :
Depi lè mwen aprann desizyon Kou Siprèm nan, mwen santi yon veritab dezolasyon. Mwen pa gen enèji pou mwen fè anyen ankò. Anplis, mwen gen pitit ki fèt nan peyi a. Mwen poze tèt mwen anpil kesyon: kisa mwen pral fè, epi kijan yo pral viv si mwen pa avèk yo? Tout bagay sa yo ap toumante lespri mwen. Epi sa mwen pral fè lè kat travay mwen koupe? Kijan mwen pral peye bòdwo mwen epi pran swen fanmi mwen? Sa ki pi grav la, mwen gen anpil fanmi ann Ayiti ki sou kont mwen. Se mwen kap ede yo.
Je suis complètement anéanti. Je n'ai plus l'énergie de faire quoi que ce soit maintenant. J'ai aussi des enfants qui sont nés dans ce pays. Je n'arrête pas de me poser des questions : qu'est ce que je vais faire, et comment vont-ils vivre si je ne suis pas là ? Toutes ces choses me préoccupent. Et qu'est ce que je vais faire quand mon visa de travail arrivera à son terme ? Comment je vais payer mes factures et prendre soin de ma famille ? Ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est que j'ai de nombreux membres de ma famille en Haïti qui dépendent de moi. Je suis le seul qui les aide.
Le 25 juin 2026, le directeur général de l'Haitian Bridge Alliance, Guerline Jozef, a souligné que « la décision de la Cour suprême à 6 voix contre 3 dans l'affaire Mullin c. Doe […] est une preuve accablante de la cruauté cautionnée par l'État. Alors qu'Haïti reste en état d'alerte face aux violences armées, à l'instabilité politique, aux mouvements de population et à une grave crise humanitaire, la Cour suprême a donné son feu vert au gouvernement pour qu'il traite des centaines de milliers de familles haïtiennes comme si elles étaient inutiles ».
Le maire de North Miami, le Dr Alix Desulme, a lui aussi fait part de sa profonde inquiétude, soulignant que cette décision plonge des centaines de milliers d'Haïtiens dans une grande incertitude concernant leur avenir, alors même que leur pays continue à faire face à une grave crise sécuritaire et humanitaire. Il a promis qu'il continuerait de soutenir la communauté haïtienne pendant cette période difficile et qu'il encourageait les familles touchées à contacter des avocats et des associations de défense des droits des immigrés renommées afin de déterminer les recours juridiques possibles pour eux.
Le gouvernement de Trump a mis tout en haut de sa liste des priorités la lutte contre l'immigration illégale, annulant diverses mesures que son prédécesseur avait mises en place, incluant l'application du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis CBP One, mais aussi le Programme de libération conditionnelle à des fins humanitaires qui avait été instauré en janvier 2023 et qui autorisait les Haïtiens, les Cubains, les Vénézuéliens et les Nicaraguayens à entrer légalement aux États-Unis pendant 2 ans.
La communauté haïtienne migrante n'a pas été très bien traitée par le gouvernement actuel. Pendant sa campagne présidentielle, Trump a mis en avant une allégation infondée les accusant de manger des animaux domestiques, une allégation que beaucoup de ses partisans, dont son partenaire de campagne et maintenant vice-président J.D. Vance, ont répétée sur plusieurs plateformes. Le milliardaire Elon Musk [fr], qui possède le réseau social X et qui a occupé le poste de dirigeant de fait du Département de l'Efficacité gouvernementale (DOGE) [fr], a partagé avec ses millions d'abonnés sur X des publications contenant des images générées par IA, amplifiant ainsi la désinformation et semant une panique considérable dans la communauté haïtienne de Springfield dans l'Ohio, sujet des premières allégations. Celle-ci a qualifié la décision de la Cour suprême sur le TPS de « totalement injuste ».
Parallèlement, l'ancienne présentatrice de Fox News Megyn Kelly est devenue virale suite à « une vidéo dénigrant les immigrés bénéficiant du Statut de protection temporaire qui affaibliraient l'éthique de travail américaine ». Le journaliste, réalisateur et militant pour les droits des immigrés Jose Antonio Vargas a publié sur son compte Facebook « qu'environ 830.000 bénéficiaires du TPS travaillent aux États-Unis. D'après le Conseil américain pour l'immigration, 94,6 % des bénéficiaires du TPS sont employés et les taux d'activité des bénéficiaires de longue date sont nettement supérieurs à ceux de toute la main-d'œuvre américaine. Les bénéficiaires du TPS contribuent à hauteur de 29 milliards de dollars à l'économie des États-Unis et payent 7,8 milliards de dollars d'impôts. Sans parler de l'inhumanité, l'expulsion des bénéficiaires du TPS dans des régions en crise perturberait inutilement des secteurs essentiels tels que la santé, l'alimentation, le bâtiment et l'industrie manufacturière ».
Cette mesure aura également un impact considérable sur la population haïtienne, qui vit principalement de l'argent envoyé par la diaspora. La situation sur l'île est très délicate en raison de l'insécurité et de la violence des gangs. Une grande partie du pays est contrôlée par les gangs, qui sont responsables de l'augmentation du nombre d'incidents d'enlevements, de viols, d'extortions, d'assassinats et de bien d'autres crimes. Plus d'1,5 millions d'haïtiens vivent dans des camps de réfugiés dans des conditions délicates, et plus de 5 millions font face à la crise alimentaire.
Dans la situation actuelle d'instabilité politique et de crise socio-économique persistante que traverse le pays, l'éventuelle expulsion massive des haïtiens pourrait bien être la goutte d'eau qui fera déborder le vase.







1 commentaire
Salut Clément
Je te félicite , tu as fait une bonne traduction en version francaise , un grand merci a toi