
Global Voices : Manifestation pour la démocratie. Collage réalisé avec Canva. Photos du domaine public.
La manifestation est un droit fondamental, une forme de liberté d'expression et un moyen essentiel d'exprimer son désaccord. Inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l'homme, la manifestation est une composante vitale des sociétés démocratiques ainsi qu'un moyen de s'adresser aux sociétés qui ne le sont pas. Au fil de l'histoire, les mouvements de contestation ont contribué à faire reconnaître bon nombre de droits que nous considérons aujourd'hui comme acquis : le repos hebdomadaire, l'égalité salariale, le droit syndical, le droit de vote des femmes, et bien d'autres encore.
Malgré le fondement juridique du droit de manifester et son importance pour le bon fonctionnement de la gouvernance, les manifestations pacifiques sont souvent restreintes, voire interdites, et les manifestants sont présentés comme illégitimes. Les militants écologistes sont qualifiés d'« écoterroristes », ceux qui luttent pour la justice raciale sont raillés en tant que « voyous » ou « anarchistes », et les détracteurs du gouvernement sont rejetés comme « agents de l'étranger » antipatriotiques.
La manifestation en elle-même est de plus en plus complexe : elle prend des formes très variées, englobe un large éventail d'enjeux et soulève parfois, en soi, des problèmes éthiques épineux. Elle peut être instrumentalisée par des groupes qui souhaitent restreindre les droits d'autrui, et la violence éclate fréquemment — parfois en réponse à la violence de l'État, parfois pour d'autres raisons. Manifester ne se résume pas à défiler, scander des slogans ou brandir des pancartes, même si toutes ces actions peuvent être puissantes : cela peut prendre de nombreuses formes, de l'organisation en ligne et des boycotts aux chants, en passant par l'art et les satires à visée politique.
Si de nombreux gouvernements recourent à des attaques politiques et rhétoriques pour discréditer les manifestants, certains réagissent aux manifestations pacifiques par la violence, ce qui ne fait souvent qu'envenimer la situation. Par exemple, lorsque les forces gouvernementales ont réagi violemment aux manifestations étudiantes au Bangladesh en juillet 2024, le gouvernement de la Première ministre de l'époque, Sheikh Hasina, s'est empressé de discréditer les manifestants, accusant les partis d'opposition d'être responsables des violences en cours et menaçant de nouvelles mesures répressives contre ses adversaires politiques. Cette initiative a provoqué la colère des manifestants et intensifié les effusions de sang, faisant environ 1 400 morts et conduisant finalement à la chute du gouvernement Hasina. De même, en août 2025, la police indonésienne a violemment dispersé une manifestation étudiante pacifique, entraînant la mort d'un passant. Ces manifestations étudiantes isolées se sont rapidement transformées en un mouvement national à travers l'archipel, les citoyens s'opposant à l'usage de la violence par les autorités. Des cas similaires se sont produits lors des manifestations de la Génération Z en Inde, au Népal, au Kenya, en Albanie, à Madagascar, au Pérou, et plus encore.
Souvent, la restriction des manifestations pacifiques est le signe d'une démocratie en déclin ou menacée. Cependant, ces cas montrent également que les mobilisations organisées peuvent constituer un puissant moteur de changement social.
À travers ce dossier thématique, nous souhaitons explorer les nombreuses formes que peuvent prendre les manifestations, les tactiques utilisées par les États pour les délégitimer et les réprimer, ainsi que la relation complexe entre manifestation et démocratie.
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