Sans patrie : après l'effondrement de l'URSS, je suis devenu apatride en Estonie

 

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Siimo Kaasik. Photo courtoise de l'auteur, utilisée avec permission.

Par Siimo Kaasik

Cette essaie a été rédigé par Siimo Kaasik, l'aimable  autorisation du Mouvement mondial contre l'apatridie (GMAS), partenaire de contenu de Global Voices. Cette article fait parti de la série “Plein feu sur l'apatridie .” de Global Voices 2026. Cette série offre un aperçu du problème sur l'apatridie et de la façon dont il entrave la liberté de circulation, les possibilités d'éducations, l'accès politique etc. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant une don ici.

J'avais 26 ans lorsque mon pays a disparu.

La disparition était littérale. L'union soviétique a cessé d'exister . La plupart des personnes ont assistés à son effondrement à travers les émissions de télévision,  les gros titres des journaux et les cartes qui ont soudainement du être révisées. Je l'ai découvert à travers la paperasserie. La paperasserie, malheureusement a tendance à survivre aux gouvernements.

L'orque l'union Soviétique s'est  dissoute en  1991, 15 nouveaux pays ont émergé de ses vestiges. Des millions de personnes sont devenu citoyennes de ces Etats nouvellement indépendants. D'autres  sont passées entre les mailles du filet. 

Lire la suite: Quand il n'y a pas de patrie: Les apatrides de l'ex-URSS

En Estonia, et Latvia, la fin de l'Union soviétique n’ a pas seulement crée de nouveaux pays. Elle a également rétablie la citoyenneté qui existait avant  l'occupation soviétique de 1940. Ceux qui étaient citoyens avant l'occupation, ainsi que leurs descendant, ont retrouvé automatiquement leurs citoyennetés.beaucoup d'autres ont du se qualifié par naturalisation. Certain y sont parvenu. Beaucoup n'y sont pas parvenus. Des décennies plus tard, des milliers de personnes vivent encore avec les conséquences de ces décisions.

Je suis né à  Tallinn, Estonia. Je parlais leurs  langue. J'y ais été scolarisé. J'y ai travaillé. J'y ais passé 26 ans de ma vie? Pourtant lorsque l'Estonie a restauré son indépendance, je ne suis pas devenu  automatiquement citoyen.

Ce qui a suivi n'a pas été un événement dramatique, mais quelque chose de bien plus étrange. Rien ne s'est passé. Mon statut est resté  suspens pendant des années, plus des décennies.

On imagine souvent l'apatridie comme quelque chose de visible. On se représentes des réfugiés traversant des frontières ou des familles fuyant les guerre. On imagine des tentes, des points de contrôle et des caméras de télévision. La réalité est plus discrète. Elle se déroule devant les guichets du gouvernement. Une demande vous demande votre vote sur la nationalité, mais aucune des cases disponibles ne s'applique. Un employé étudie vos documents un peu plus longtemps que ceux des autres. Puis le dossier arrive dans un système informatique construit sur l'hypothèse que chaque être humain appartient à un endroit, pour finalement se retrouver face à quelqu'un qui, officiellement, n'appartint à aucun endroit.

La meme question m'a suivi à travers les continents. « Quelle est votre nationalité ? ». Parfois elle venait des agents d'immigration. D'autre fois, des employeurs. Les employés de banque me la posaient en fixant des écrans qui semblaient refuser d'accepter mon existence. La réponse n'est jamais devenue plus facile.

J'ai appris à reconnaître ce qui venait ensuite. Curiosité. Confusion. Une pause. Parfois , suspicion.

La plupart des personnes pensent à la nationalité comme ils pensent à leurs dates de naissances. Tout le monde en a une. La possibilité que quelqu'un ne corresponde pas à cette hypothèse crée un bref silence.

Pendant ces silence, je me sentais souvent moins invisible qu'exposé. Une personne apatride devient une complication inattendue au sein de système conçus pour l'efficacité. Un superviseur est convoqué. Des documents changent de mains. Quelqu'un disparaît dans un bureau à l'arrière. Les minutes passent tandis que tout le monde continue d'avancer, et votre course ordinaire devient un mystère administratif. Personne n'a l'intention d’être cruel. La plupart des personnes n'ont tout simplement aucune idée de ce qu”il faut faire avec quelqu'un qui ne rentre pas dans catégories que leurs systèmes ont été conçus pour reconnaître. Chaque retard semble insignifiant. Ensemble, ils deviennent des années

L'apatridie arrive rarement comme une porte verrouillée. Elle arrive comme des milliers de portes partiellement ouvertes. Le monde moderne est fier de sa documentation. Les gouvernements vérifient les identités en quelque secondes. Les banques retraces les transactions à travers les continents. Les smartphones. Smartphones reconnaissent les visages  instantanément. Pourtant, pendant 35 ans, les gouvernements se sont débattus avec unes questions plus simple. Qui est  responsable de moi ?

La citoyenneté occupe rarement les pensées de qui que ce soit.  Elle reste discrètement en arrière plan jusqu'à l'expiration du passeport ou une élection qui arrive. Elle ressemble à la plomberie. Personne ne l'a remarque tant que quelque chose fonctionne. Les apatridies n'ont jamais ce luxe. Chaque institution pose la même question sous une forme différente. Sans citoyenneté, les tache ordinaires deviennent étonnamment compliquées. Les opportunités d'emploi se réduisent. Les voyages internationaux deviennent officielles, voire impossible. Le logement, les services bancaires, l'éducation, les soins de santés, et les procédures d'immigration deviennent des exercices d'explication. Vous vous retrouver à raconter la même histoire à des personnes qui n'ont jamais rencontré quelqu'un comme vous auparavant. La plupart sont polis. Beaucoup sont perplexes. Quelques-uns en concluent que vous  avez du faire quelque chose de ma. Après tout, comment une personne ne pourrait-elle ne pas appartenir à un pays ? Cela semble impossible.

 

Pourtant, des millions de  personnes  dans le monde vivent précisément dans ces conditions. Au Etats Unis, seulement,  au  Etat Unis, on estime que  200,000 personnes sont apatrides ou risquent de le devenir. Leurs situations diffèrent. Certaines appartiennent  à des minorités ethniques sont la reconnaissance par leurs gouvernement est refusée. D'autres ont fui des pays qui se sont effondrés ou transformé par la suite. D'autres encore se sont retrouvés piégés dans des contradictions juridique que personne n'a jamais résolues. Ce qui les unit, c'est l'incertitude. Une personne apatride peut passer des années à se présenter aux autorités d'immigration tout en restant impossible à expulser parce qu'aucun pays n'accepte de l'accueillir. Elle peut respecter toutes les règles et rester suspendu entre les systèmes. 

Je le sais parce que je l'ai vécu.

Pendant plus de trois décennies, je me suis présenté au autorité d'immigration aux Etats Unis. Mon cas occupait une catégorie particulière. Le gouvernement ne pouvait pas m'expulser, mais il ne pouvait non plus me fournir une solution permanente. Le langage officiel rendait la situation presque inoffensive. Des termes tels que « sans statut» et « ordre de surveillance » Possèdent la neutralité rassurante du mobilier de bureau. Ils ne révèlent presque rien. Ils ne peuvent pas décrire ce que signifie passer des années sans pouvoir répondre à une question que la plupart des gens n'ont jamais à se poser.  

D'où venez-vous ? La réponse évidente est l'Estonia. C'est là que je suis né, que j'ai grandi, que vivent mes souvenirs. La réponse légale s'est avérée bien plus compliquée.

Pendant 35 ans, j'ai occupé un espace entre les pays. Assez longtemps pour voir la technologie transformer la vie quotidienne. Assez longtemps pour voir des générations entières atteindre l'age adulte. Le plus étrange dans l'apatridie n'est pas l'inconvénient. C'est le message caché derrière.

La citoyenneté est souvent décrite comme un statut légal. Après 35 ans, sans citoyenneté, j'en suis venu à la comprendre différemment. C'est une reconnaissance de responsabilité. Un passeport n'est pas simplement une autorisation de voyager. C'est preuve que quelque part, un gouvernement reconnait une obligation envers vous. La plupart des personnes reçoivent cette reconnaissance automatiquement à la naissance et n'y pensent plus jamais. Les apatrides passent leurs des années à découvrir à quel point la vie moderne en dépend.

Les apatrides ne sont pas des abstractions politiques. Ce ne sont pas des anomalies juridique. Ce ne sont pas des problèmes administratifs en attente de correction. Ce sont des personnes. Elles travaillent, étudient, paient des impôts, élèvent des enfants, prennent soin de leurs parents vieillissants, nouent des amitiés et contribuent aux communautés qui les entourent. Elles vivent des vies ordinaires dans une incertitudes extraordinaire

Trente-cinq ans, c'est assez long pour qu'un enfant naisse, grandisse; aille à l'université, fasse carrière et élève ses propres enfants. C'est assez long pour que les gouvernements se succèdent et d'effondrent, pour que les technologies deviennent obsolètes et que des chapitres entiers de l'histoire commencent et de terminent.

Je n'ai pas passé 35 ans à chercher un pays. J'ai passé 35 ans à attendre que des pays décident si j'appartenais à l'un d'eux. Personne ne devrait avoir à attendre aussi longtemps.


Siimo Kaasik est un “écrivain né à Tiinn,  en Estonie. Après avoir passé plus de 35 ans sans patrie, il est récemment devenu citoyen de Nauru. Ses écrits explorent l'identité, l'appartenance et les intersections souvent absurdes entre la bureaucrate et la vie ordinaire. 

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