
En image, l'équipe camérounaise de football féminin. Capture d'écran de la chaîne YouTube d'Africa 24
Après trois finales perdues, les Camerounaises ont enfin soulevé la Coupe d'Afrique des nations féminine. Cette victoire 3-0 contre le Malawi, le 16 août à Rabat, raconte la persévérance d'une génération et la transformation progressive du football féminin africain.
Pendant plus de deux décennies, le Cameroun a vécu avec la réputation d'une grande nation du football féminin africain qui n'avait jamais réussi à aller jusqu'au bout. Dimanche 16 août, au stade Moulay El Hassan de Rabat, cette histoire a changé. Les Lionnes indomptables ont battu le Malawi 3-0 en finale de la Coupe d'Afrique des nations féminine TotalEnergies 2026, décrochant ainsi le tout premier titre continental de leur histoire.
Une quatrième finale qui est la bonne
Avant ce sacre, le Cameroun avait déjà atteint trois fois la finale de la CAN féminine : en 2004, 2014 et 2016, à chaque fois battu par le Nigeria, et sans jamais marquer le moindre but dans ces trois rencontres. Selon les statistiques officielles de la CAF, les Lionnes détiennent le record du plus grand nombre d'apparitions en finale pour une nation d'Afrique centrale.
Face à un Malawi qui disputait sa toute première finale de CAN, le Cameroun n'a laissé que peu de place au doute. Marie Ngah Manga a ouvert le score à la 20e minute. Naomi Ndjoah Eto a doublé la mise neuf minutes plus tard d'une reprise acrobatique, avant que Ngah Manga ne signe un doublé personnel juste avant la pause pour porter le score à 3-0. Le scénario est confirmé en détail par beIN Sports et par l'analyse tactique de Yardbarker.
Au coup de sifflet final, le Cameroun était plus une équipe habituée aux finales sans jamais les gagner.. Il est champion d'Afrique devenant, selon la CAF, la quatrième nation à soulever ce trophée, après le Nigeria (10 titres), la Guinée équatoriale et l'Afrique du Sud (2022).
Le parcours vers ce titre a d'ailleurs son propre paradoxe : le Cameroun n'avait initialement pas qualifié sportivement pour le tournoi, et n'y a participé qu'après l'élargissement de la compétition à 16 équipes, comme le rappelle CameroonOnline. Une fois sur le terrain, les Lionnes ont battu le Ghana en poules, éliminé le Nigeria, tenant du titre à 1-0 en quart de finale. Elles se sont défaites du Maroc, pays hôte, aux tirs au but en demi-finale.
Le titre d'une transmission
Le football féminin camerounais a longtemps été porté par des joueuses devenues des références, parmi lesquelles Gabrielle Aboudi Onguéné. À leurs côtés, une nouvelle génération a progressivement pris ses responsabilités.
Monique Ngock, 21 ans, en est l'une des figures. Milieu de terrain, elle a été élue meilleure joueuse du tournoi pour l'ensemble de sa campagne. Ténacité, anticipation défensive et sang-froid balle au pied, sont des qualités qui la décrivent selon Yardbarker. Son parcours donne à cette victoire une dimension particulière. A seulement 17 ans, elle était déjà présente en 2022 lors de l'élimination camerounaise en quart de finale. Quatre ans plus tard, elle est devenue l'une des joueuses centrales de cette équipe désormais championne d'Afrique.
Dans un entretien accordé à la CAF et cité par Olympics.com, Ngock est revenue sur le manque de soutien familial qu'elle a rencontré à ses débuts, et sur ce qu'elle espère que ce titre représente pour les jeunes filles qui regardent le football féminin africain : la preuve que “les filles peuvent tout faire”.
Les récompenses individuelles de ce WAFCON ont d'ailleurs été largement dominées par les Camerounaises. Outre Ngock, la gardienne Michaely Bihina, très décisive lors des tirs au but face au Maroc en demi-finale, a été désignée meilleure gardienne du tournoi. Marie Ngah Manga, de son côté, a reçu le titre de meilleure joueuse de la finale, selon The Ghana Report. Le Soulier d'or est, lui, revenu à la Malawite Temwa Chawinga, auteure de cinq buts et deux passes décisives lors de la toute première participation de son pays à la compétition.
Le sacre du Cameroun à Rabat arrive aussi à un moment où le football féminin africain cherche encore à consolider sa place, et où l'écart de niveau entre nations continue de se réduire. La finale opposait deux équipes qui, il y a dix ans encore, n'auraient pas figuré parmi les favorites : le Cameroun, qui avait raté sa qualification directe, et le Malawi, dont c'était la toute première participation au tournoi. La CAF a d'ailleurs présenté cette rencontre comme une finale historique pour les deux sélections, la première depuis 2022 opposant deux équipes n'ayant jamais remporté le titre.
Que fera le Cameroun de ce moment historique ?
Un trophée continental peut susciter l'enthousiasme pendant quelques jours. Le véritable défi commence ensuite : investir davantage dans les championnats féminins, améliorer les conditions de préparation, renforcer la formation des jeunes joueuses et offrir aux footballeuses une visibilité qui ne dépende pas uniquement des grandes compétitions internationales.
À Rabat, les Lionnes ont donc fait tomber un verrou qui semblait installé depuis plus de vingt ans. Elles ont transformé trois finales perdues et sans le moindre but marqué en une première couronne, obtenue de la manière la plus nette possible.
Et surtout, elles ont offert aux jeunes filles qui les regardaient depuis les grandes villes du pays comme Yaoundé, Douala, Bafoussam ou ailleurs sur le continent une image différente de ce que peut être le football féminin africain. Il s’agit d’un sport capable de produire des championnes et des héroïnes.
Le trophée est désormais au Cameroun. La prochaine bataille sera de faire en sorte que ce moment ne reste pas seulement un souvenir, mais devienne un point de départ.






