
Image utilisant des éléments Canva, créée par Global Voices.
Cet article fait partie de la série « Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
Le Conseil administratif de la défense économique (CADE), rattaché au ministère de la Justice au Brésil, a approuvé l'ouverture d'une procédure administrative visant à mener une enquête approfondie sur l'IA (intelligence artificielle) générative de Google et son utilisation de contenus journalistiques pour créer des résumés automatiques des termes recherchés (AI Overviews), ce qui pourrait potentiellement affecter le trafic organique des plateformes journalistiques, leur monétisation et l'engagement des utilisateurs.
Il s'agit du dernier épisode sorti sur une affaire qui a débuté en 2019 pour « enquêter sur l'utilisation illicite présumée de contenus d'actualité tiers sur les plateformes Google Search et Google Actualités ». L'année passée, le Conseil a invité les acteurs de la société civile, tels que les syndicats, les associations et les ONG, à soumettre leurs analyses techniques et factuelles avant d'entamer les discussions.
Le CADE a pour mission d'« orienter, surveiller, prévenir et enquêter sur les abus de pouvoir économique, en agissant en matière de prévention et de répression ». Dans les faits, son fonctionnement est similaire à celui de la Federal Trade Commission (FTC) en tant qu'autorité de régulation de la concurrence.
Le président par intérim et commissaire Diogo Thomson, qui a voté en faveur de l'ouverture d'une enquête, a estimé que l'intégration de fonctions d'IA générative avait « profondément modifié la dynamique d'accès, de visibilité et de monétisation des contenus journalistiques dans l'environnement numérique » ces dernières années. Dans ce contexte, il s'est interrogé sur la possibilité que la relation entre Google et les éditeurs « prenne un caractère de dépendance structurelle » dès lors que les médias s'appuient de plus en plus sur les moteurs de recherche de l'entreprise pour atteindre leur public.
Comme indiqué sur le site web de CADE, Thomson s'est également demandé si ce comportement « constituait potentiellement un abus de position dominante, caractérisé par l'extraction et l'internalisation de la valeur économique de contenus produits par des tiers, sans compensation proportionnelle, dans un contexte d'asymétrie et d'absence d'alternatives efficaces ».
Une autre commissaire, Camila Cabral Pires Alves, qui a également voté en faveur de l'enquête, a souligné que « Google utilise [les contenus] sans autorisation préalable des entreprises qui les produisent », selon le média en ligne G1.
Le média brésilien Núcleo a expliqué ce que l'enquête devrait examiner à l'avenir :
L'une des mesures de la procédure administrative consistera à faire la distinction entre les extraits traditionnels affichés par Google (appelés « snippets ») et les résumés générés par l'IA. Un autre point à examiner est le problème du « zéro clic », lorsque les utilisateurs se contentent de lire un résumé sans cliquer sur les liens de référence, privant ainsi les médias d'information de trafic — un élément crucial pour le journalisme.
Un autre point, peut-être plus révélateur, sera l'estimation de la valeur que Google perçoit de la publicité numérique par rapport aux coûts éditoriaux supportés par les médias pour produire du journalisme. Il s'agit là d'une des avancées majeures de cette procédure, qui permettra de quantifier des informations que l'entreprise n'a jamais divulguées.
Enfin, la CADE exigera de Google qu'il divulgue l'intégralité de ses tests — pas juste les conclusions « sélectives » qui lui sont favorables.
Les organisations de journalistes ont soutenu la décision du CADE. L'Ajor (Association du journalisme numérique) a publié un communiqué la qualifiant de « pas dans la bonne direction pour étudier l'impact de l'IA sur le journalisme » :
Une relation équilibrée entre les plateformes numériques et les organisations journalistiques est essentielle à l'épanouissement d'un journalisme d'intérêt public. En garantissant un environnement concurrentiel équitable, CADE contribue directement à cet objectif. Cette décision souligne également l'urgence de développer des modèles de rémunération qui reconnaissent la fonction sociale du journalisme dans la lutte contre la désinformation et qui s'attaquent à l'appropriation, par les plateformes numériques, du contenu et de la valeur économique générés par ce travail.
Marcelo Rech, président de l'Association nationale des journaux (ANJ), a qualifié cette décision d'historique :
Com o resultado do julgamento, o Cade demonstra que está na linha de frente de uma preocupação que não se limita a uma mera questão econômica. O tema de fundo é a sustentabilidade da informação de qualidade, do jornalismo que atende, sem substitutos, as comunidades locais e a pluralidade de visões, o que é fundamental em sociedades democráticas.
Avec cette décision, CADE démontre qu'elle est à l'avant-garde d'une préoccupation qui dépasse le simple cadre économique. L'enjeu est la durabilité d'une information de qualité, d'un journalisme qui répond, sans équivalent, aux besoins des communautés locales et à la pluralité des visions, ce qui est fondamental pour les sociétés démocratiques.
En réponse à un communiqué publié par G1, l'un des principaux médias d'information numérique au Brésil, Google a déclaré que la décision « reflétait une mauvaise compréhension du fonctionnement de ses produits et de la valeur qu'ils apportent aux rédacteurs en chef » :
Em um mundo onde as preferências dos usuários estão evoluindo, o AI Overviews foi projetado para mostrar links para uma ampla variedade de resultados, criando novas oportunidades para que sites relevantes e conteúdos diversos sejam descobertos. Temos um compromisso com a web aberta e continuamos enviando bilhões de cliques para websites diariamente. Seguiremos dialogando com o CADE para esclarecer quaisquer dúvidas sobre o nosso produto
Dans un monde où les préférences des utilisateurs évoluent, AI Overviews a été conçu pour afficher des liens avec une grande variété de résultats, créant ainsi de nouvelles opportunités pour la découverte de sites web pertinents et de contenus diversifiés. Nous sommes engagés en faveur d'un web ouvert et nous continuons de générer des milliards de clics vers des sites web chaque jour. Nous poursuivrons le dialogue avec CADE afin de dissiper tout doute concernant notre produit.
En 2025, le commissaire Gustavo Augusto Freitas de Lima, rapporteur de l'affaire, a recommandé le classement de l'enquête. Il a soutenu que la recherche pouvait également servir de « publicité gratuite » pour les entreprises de médias et que CADE n'était pas habilité à fixer leur rémunération, son rôle étant d'analyser les pratiques anticoncurrentielles. Lima s'est également interrogé sur la manière dont l'interdiction faite à Google d'indexer les actualités pourrait contribuer à la propagation de la désinformation et des fake news, et sur les conséquences d'une telle mesure en parallèle avec d'autres plateformes comme Facebook et WhatsApp.
Depuis, Lima a revu sa position afin de se rallier à l'avis de Thomson, compte tenu du rôle de l'IA dans le contexte actuel.
G1 rapporte que la procédure va désormais examiner les agissements de Google et leurs conséquences sur le secteur du journalisme. Elle pourrait donner lieu à des sanctions administratives pour atteinte aux droits économiques. CADE n'a pas encore fixé de date limite pour cette enquête.







