La visibilité en ligne devient une monnaie d'échange pour les jeunes Camerounais

A content creator making a video. Image from CanvaPro.

Un créateur de contenu en train de réaliser une vidéo. Image tirée de CanvaPro.

Julienne Honba

Au Cameroun, avoir une présence en ligne est devenue une vraie opportunité économique pour de nombreux jeunes. Entre les études universitaires, les jobs à temps partiel, et la création de contneu sur les réseaux sociaux, ils jonglent avec diverses activités afin d'avoir une source de revenus.

A screenshot of Emily’s videos.

Une capture d'écran d'une des vidéos de Emily Bougem.

Anneau lumineux, OK. Microphone, OK. Caméra, prête à filmer. Chaque matin, Emily Bougem, 25 ans, vérifie une dernière fois son matériel avant d’enregistrer du contenu destiné à son public en ligne. Depuis quatre ans, cela fait partie de sa routine quotidienne. Mais Emily Bougem a deux activités. En tant qu’étudiante à l’université, elle doit être sur le campus à 7 h 30. Pourtant, ses journées commencent souvent bien plus tôt.

A exactement 3h30, son alarme sonne, marquant le début de ce qu'elle appelle “un cours avant le cours”. Entre les quatre murs de son petit studio dans le quartier de Damas à Yaounde, elle revoit des vidéos enregistrées la veille. L'édition arrive après. A travers sa marque en ligne, EmiBougs services, elle partage des tutoriels et des astuces pour la productivité, en particulier sur Microsoft Office tools et la logistique numérique,

ainsi que des voix off.

Pour Bougem, la création de contenu est bien plus qu'un simple passe-temps. Elle a déclaré à Global Voices :

Le marché de l'emploi est saturé. Si je veux avoir une chance de décrocher un emploi stable, je dois me faire connaître. J'ai besoin de contacts. Mais surtout, j'ai besoin d'argent. Quelle autre option s'offre à moi, à part utiliser des plateformes comme LinkedIn, Facebook et Instagram ? Il suffit d'avoir des données et un peu de courage.

Son raisonnement reflète une tendance en vogue chez les jeunes Camerounais. Dans un pays où les offres d'emploi restent limitées, les médias sociaux sont énormément considérés comme des investissements plutôt que comme des distractions. Le pays avec plus de 12 millions d'utilisateurs internet et environ 6 millions d'utilisateurs de réseaux sociaux montre que le rôle en expansion des plateformes digitales dans le quotidien.

Pour de nombreux jeunes Camerounais, la visibilité en ligne est devenue un atout économique. L'un d'eux Florent Marius Ngah âgé de 28 ans, plus connu sous le nom en ligne de “Dylan Comedy”. Un créateur de contenu et comédien qui a commencé à poster des vidéos en 2020 seulement pour le divertissement. Il explique à Global Voices :

Au début, ce n'était pas du tout une activité professionnelle. Je créais simplement du contenu pour le plaisir. Les choses ont changé vers 2022, lorsque j'ai commencé à gagner de l'argent grâce à cette activité. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à la prendre au sérieux.

Aujourd’hui, Marius Ngah considère les réseaux sociaux comme un élément important de sa vie professionnelle. Bien qu’il reconnaisse que la création de contenu ne suffit généralement pas à assurer un revenu stable au Cameroun, sa visibilité en ligne lui a ouvert des opportunités qui lui auraient autrement été inaccessibles. Il déclare :

Ce sont les partenariats, la publicité et les collaborations qui génèrent des revenus. Si vous n'êtes pas visible, votre contenu ne peut pas toucher le public et ces opportunités ne se présenteront pas.

Pour lui, la visibilité prime sur la popularité. Elle lui a permis de rencontrer des personnalités influentes, de nouer des relations professionnelles et d'accéder à des milieux auxquels il n'aurait jamais imaginé avoir accès.

J'ai rencontré des gens avec lesquels je n'aurais jamais pensé me retrouver. Certains d'entre eux sont devenus des amis très proches.

A screenshot of one of Dylan comedy’s videos.

Une capture d'écran d'une des vidéos de Dylan Comedy.

L'augmentation des créateurs de contenus, influenceurs, et entrepreneurs dgiitaux illustre une large transformation dans l'embauche des jeunes au Cameroun. Les recherches de travaux traditionnelles sont graduellement remplacées, et complétées par les réseaux numériques, les images de marque personnelles, et la monétisation de contenu.

Facebook remains by far the dominant social media platform in Cameroon. It accounted for approximately 86 percent of social media traffic in April 2026, making it the country’s primary platform for communication, entertainment, information sharing and business promotion. However, widespread use does not necessarily translate into professional use. While Facebook dominates everyday social media activity, platforms such as LinkedIn are increasingly attracting young people seeking internships, employment opportunities, and professional visibility.

Facebook reste avant tout le réseau social dominant au Cameroun. Il compte approximativement 86 pourcent de flux sur le réseau en avril 2026, en faisant le réseau le plus utilisé dans le pays pour la communication, le divertissement, le partage d'information et les promotions commerciales. Cependant, l'utilisation massive ne traduit pas forcément un usage professionnel. Pendant que Facebook domine l'activité quotidienne, des plateformes comme LinkedIn attirent régulièrement les jeunes qui cherchent des stages, des offres d'emploi et une visibilité professionnelle.

Cette distinction ressort d’une enquête informelle menée via WhatsApp en mai 2026 auprès de 30 étudiants de l’Université de Yaoundé I, au Cameroun. Bien que cette enquête n’ait pas vocation à être représentative de l’ensemble des étudiants camerounais, elle donne un aperçu des habitudes de ce groupe particulier en matière de réseautage professionnel. Parmi les personnes interrogées, 27 ont désigné LinkedIn comme leur plateforme préférée pour la recherche de stages, d’emplois et d’opportunités professionnelles, tandis que trois ont choisi WhatsApp. Aucune n’a cité Facebook, Instagram ou X comme plateforme principale pour les opportunités liées à la carrière. Ces résultats suggèrent que, bien que Facebook reste le réseau social le plus utilisé du pays, LinkedIn pourrait être de plus en plus considéré par certains étudiants universitaires comme un espace dédié au réseautage professionnel et au développement de carrière.

La montée en puissance du cyberharcèlement et de la fraude numérique

Nevertheless, the same platforms that create professional opportunities can also expose them to vulnerability. The dangers of sharing personal information online are always present. Dylan Comedy says:

Néanmoins, les mêmes plateformes qui créent des opportunités professionnelles peuvent aussi les exposer à des dangers. Les dangers de partager de l'information personnelle en ligne sont toujours présents. Dylan Comedy a déclaré :

Rien n'est facile dans la vie. Si je veux quelque chose, je dois prendre des risques.

Ces risques vont de l'usurpation d'identité et du piratage de compte au cyberharcèlement et aux escroqueries en ligne. Ndjakomo, aujourd'hui âgée de 23 ans, se souvient du jour où son compte Instagram a été piraté, il y a deux ans :

La personne qui a piraté mon compte s'est fait passer pour moi pour demander une aide financière à mes abonnés. J'étais trop jeune pour savoir comment gérer cette situation.

Bidias, une autre victime, est tombé dans ce qui semblait être un piège tendu par des professionnels.

J'ai reçu un e-mail qui semblait être une réponse à une candidature à un poste. J'ai cliqué sur le lien et, avant même de comprendre ce qui se passait, tous les comptes liés à mon adresse e-mail avaient été piratés. LinkedIn, Facebook, tout.

 

Leurs expériences sont loin d'être des cas isolés. Le cyberharcèlement et la fraude numérique constituent des préoccupations croissantes à l'échelle mondiale. Selon une enquête de l'UNICEF menée auprès de jeunes dans 30 pays, un jeune sur trois a déclaré avoir été victime de harcèlement en ligne, tandis que près des trois quarts d'entre eux ont identifié les réseaux sociaux comme les espaces où ce type d'incidents se produit le plus fréquemment.

Au Cameroun, les autorités ont mis en place des mesures visant à améliorer la cybersécurité et la culture numérique. Le ministère des Postes et des Télécommunications encourage régulièrement l'adoption de pratiques plus sûres sur Internet par le biais de campagnes de sensibilisation et d'initiatives d'éducation numérique.

Le pays a également pris des mesures pour renforcer la protection des données à caractère personnel grâce à la loi n° 2024/017, adoptée en 2024. Cette législation établit des règles régissant la collecte, le stockage et l'utilisation des données à caractère personnel et vise à offrir une meilleure protection aux citoyens contre l'utilisation abusive de leurs informations dans l'espace numérique.

Pourtant, les experts affirment que la législation à elle seule ne suffit pas à éliminer les menaces en ligne. L'expansion rapide de la connectivité numérique implique que les nouvelles opportunités s'accompagnent souvent de nouvelles vulnérabilités. Les spécialistes de la cybersécurité et les défenseurs des droits numériques soutiennent que, si les cadres juridiques et institutionnels sont essentiels, la sensibilisation et l'éducation continues du public restent des éléments clés pour réduire les risques en ligne.

Michel Boris Affah Ebengue est un ingénieur industriel de 29 ans. Il est également le fondateur de Futura Tutoring, une agence éducative basée à Yaoundé, au Cameroun. Futura Tutoring est spécialisée dans l'orientation scolaire et la préparation aux examens. En tant que jeune entrepreneur qui recrute régulièrement du personnel, il estime que les réseaux sociaux sont devenus une passerelle importante vers des opportunités professionnelles, mais met en garde contre le fait d'assimiler la visibilité à l'employabilité. Il déclare :

Les réseaux sociaux peuvent ouvrir des portes, mais ce sont les compétences, les qualifications et la capacité à créer de la valeur qui permettent aux individus de les franchir.

Pour lui, les réseaux sociaux constituent un outil professionnel inestimable. Mais ils doivent venir compléter les compétences, et non les remplacer. Il conclut :

Les plateformes en ligne constituent un excellent outil, mais elles ne pourront jamais se substituer à la formation et au développement continu des compétences.

LinkedIn, Facebook, Instagram, TikTok et X ont transformé la manière dont les jeunes nouent des liens, recherchent un emploi et se forgent une identité professionnelle. La visibilité est devenue une forme de capital, capable d’ouvrir des portes, d’attirer des opportunités et de générer des revenus. Pourtant, cette même visibilité qui offre de l’espoir implique également une exposition. Pour ces jeunes Camerounais, la recherche d’opportunités implique désormais de naviguer dans un monde numérique où chaque clic peut créer un lien ou représenter un risque.

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