L'Asie centrale s’attaque au smog

 

Kyrgyzstan's capital, Bishkek, covered in smog.

Le ciel de Bichkek, la capitale du Kirghizistan, est recouvert de smog. Photo par Elina Turalyeva. Utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet redirigent vers des pages en russe et en anglais.]

Cet article a été écrit par Olga Loginova et Oliver Fisk pour Vlast et publié le 5 mai 2026. Une version éditée de l'article est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat entre les deux médias. Ce billet fait également partie de la série Spotlight de Global Voices de mai 2026, « Une crise mondiale, des solutions locales ».  Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.

Les grandes villes d’Asie centrale sont parmi les pires au monde concernant la pollution atmosphérique,  IQAir, une entreprise suisse qui mesure la qualité de l’air dans le monde, désigne régulièrement les grandes villes du Kazakhstan, du Kirghizistan et de l’Ouzbékistan comme ayant un air « très mauvais pour la santé » voir même « dangereux ».

Le classement de 2025 [fr] des pays les plus pollués établi par l’entreprise, a classé l’Ouzbékistan 10e sur les 143 pays surveillés, suivi de près par le Kirghizistan à la 19e place et le Kazakhstan à la 29e place.

Alors que la pollution de l’air ne fait que s’aggraver dans la région, Vlast s’est entretenu avec des experts et des militants d’Ouzbékistan, du Kirghizistan et du Kazakhstan pour connaître quelles sont les stratégies employées actuellement contre le smog dans chaque pays et quelles solutions pourraient s’avérer efficaces dans toute la région.

Ouzbékistan

Au mois de novembre, un samedi, un smog épais et visiblement jaune tombait sur Tachkent, la capitale ouzbèke. Néanmoins, la vie dans la ville s’est déroulée comme si de rien n’était. Et pourtant, selon IQAir, la pollution atmosphérique avait atteint des niveaux tristement « mortels ».

Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour avoir une réaction du gouvernement ouzbek. Le président Shavkat Mirziyoyev a introduit des mesures d'urgence pour essayer d'améliorer immédiatement la situation environnementale à Tachkent, mais ses mesures étaient principalement punitives.

Les autorités ont ordonné des interventions environnementales nocturnes contre des groupes accusés de contribuer directement à la pollution atmosphérique. Celles-ci ont été menées par la « police écologique », une entité créée quelques jours auparavant par décret présidentiel.

Dans une démarche moins répressive, les autorités ouzbèkes ont également déployé des camions d’eau pour nettoyer la poussière des rues et des arbres de Tachkent, et de ce fait aider à réduire la pollution atmosphérique globale.

Uzbekistan's capital Tashkent covered in dust and smog.

Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan, recouverte de poussière et de smog. Capture d'écran provenant du  canal Telegram public Troll.uz. Utilisée avec permission.

Mutabar Khushvatova, militant écologiste ouzbek, a déclaré à Vlast que le gouvernement doit penser au-delà des facteurs engendrés par l’homme et mieux intégrer les aspects géographiques dans l'élaboration des politiques.

Tashkent is situated in a low-lying area, and polluted air lingers over the city, and some of the pollution might even be coming from outside of Uzbekistan, such as from neighboring regions of Kazakhstan.

Tachkent est située dans une région de basse altitude, ce qui fait que l'air pollué subsiste au-dessus de la ville. Il se peut même qu'une partie de la pollution pourrait provenir de l'extérieur de l'Ouzbékistan, par exemple des régions voisines du Kazakhstan.

Khushvatova a également souligné que la mer d'Aral s'assèche rapidement, répandant des particules nocives de poussière et de sel de ses fonds marins, ce qui aggrave la qualité de l'air dans les deux pays, démontrant l’évidente nature transnationale du problème.

Khushvatova a déclaré à Vlast qu’« un autre des facteurs majeurs de la pollution est la croissance industrielle rapide que le pays a connu ces derniers temps ».

Le gouvernement ouzbek, quant à lui, a mis en place un programme national pour accorder des allégements fiscaux et d’autres avantages financiers aux entreprises qui intègrent des sources d’énergie renouvelable dans leur production.

Dans la continuité des mesures nationales, les autorités locales de Tachkent ont également ré-axé leur programme environnemental sur une nouvelle forme de développement urbain.

Ils ont proposé la construction d’une ceinture verte autour de la ville pour la protéger des tempêtes de poussière, ainsi que la nécessité de préserver des « couloirs de vent », des voies par lesquelles l’air frais peut circuler pour disperser les polluants.

Kirghizistan

Bichkek, capitale du Kirghizistan, se trouve régulièrement classée parmi les villes les plus polluées du monde en hiver. Elle est principalement en proie à des particules inhalables extrêmement fines appelées PM 2,5.

Un porte-parole de la Banque mondiale, qui s’est engagé à verser 50 millions de dollars pour améliorer la qualité de l’air au Kirghizistan avait déclaré à Vlast, que l’exposition à ces particules « présente de graves risques pour la santé, entraînant des infections respiratoires, des cancers, des maladies cardiovasculaires, jusqu’à même des morts prématurés ».

Pour Azat Ruziev, journaliste kirghize sur le climat et militant contre l’utilisation des énergies fossiles, ces problèmes proviennent principalement des grandes villes comme Bichkek, Karakol et Och qui n’ont pas la même approche respectueuse de l’environnement en matière d’urbanisme qui semble actuellement se développer en Ouzbékistan.

Selon lui, le gouvernement kirghize n’a pas su réglementer les principales sources de pollution et n’a pas anticipé les conséquences environnementales d’une croissance urbaine rapide. Ruziev a déclaré à Vlast :

As a result, the whole system is basically broken now. The wind can’t clean the city the way it used to, so pollution and dust just hang in the air.

Aujourd'hui, c’est le système entier qui est fondamentalement cassé. Le vent ne peut pas nettoyer la ville comme il le faisait, et donc la pollution et la poussière restent dans l’air.

La régulation des transports avec l’expansion de la ville pose un problème similaire, la voiture restant le principal moyen de transport. D'après Ruziev, c’est un problème car les autorités n’ont pas réussi à contrôler correctement les émissions des véhicules ni à freiner la forte augmentation de l’utilisation des voitures.

Ces échecs gouvernementaux ont été amplifiés par le rôle de plus en plus important de Bichkek en tant que centre économique du Kirghizistan. La ville s’est rapidement développée ces dernières années pour accueillir près de la moitié de la population urbaine du pays.

Compte tenu de l’importance croissante de Bichkek en tant que centre urbain, un nouveau plan d'aménagement définissant les objectifs de développement de la capitale jusqu’en 2050 contient plusieurs mesures visant à réduire la pollution atmosphérique.

Bishkek.

Bichkek, capitale du Kirghizistan. Photo d'Elina Turalyeva. Utilisée avec permission.

Un des axes principaux est l’abandon progressif du charbon comme source de chauffage et d'électricité. Suivant le plan, les centrales existantes seront converties pour fonctionner aux combustibles plus propres, notamment par des centrales à gaz, puis au fur et à mesure des nouvelles sources d’énergie solaire et hydroélectrique seront construites pour répondre à l’augmentation prévue de la demande d’électricité.

Le plan semble également placer les mesures anti-smog au centre du projet d’urbanisme.

Un contournement et une ligne ferroviaire de 175 kilomètres sont prévus pour détourner le trafic de transit des zones résidentielles, ainsi que le déploiement de réseaux de transports publics, de lignes de tramway et d’infrastructures cyclables pour réduire l’utilisation des voitures et transformer la capitale en une « ville entièrement accessible en 15 minutes ».

De même le plan prévoit la construction de nouveaux parcs et d’une forêt urbaine flottante qui permettront d'augmenter fortement le nombre d’espaces verts, portant la superficie des espaces verts de la ville de 450 à 3 400 hectares.

Kazakhstan

De son côté, le Kazakhstan est un exemple des problèmes pouvant surgir lorsque les gouvernements et les experts ne parviennent pas à s'entendre sur les véritables causes de pollution atmosphérique. Comme plusieurs experts l’ont déclaré à Vlast, le pays souffre d’un manque de consensus sur les aspects scientifiques liés à la pollution atmosphérique, rendant encore plus difficile leur résolution.

Selon le Ministère de l’écologie, les principales causes de la pollution de l’air au Kazakhstan sont les véhicules à moteur, le secteur privé et les petites entreprises.

Cependant, les données scientifiques indiquent que c’est le secteur industriel et la combustion du charbon à des fins de chauffage et de production d'électricité qui sont les principaux responsables de la pollution de l’air.

Toutefois, malgré les divergences d’opinion sur les causes de la pollution atmosphérique au niveau national, la communauté scientifique et le gouvernement du Kazakhstan semblent presque s’accorder sur la nécessité de réduire l’utilisation du charbon à Almaty, la plus grande ville située au sud du pays.

Almaty covered in smog.

Almaty, recouvert de smog. Photo de Daniyar Mussirov. Utilisée avec permission.

D’ici la fin de l’année, la métropole du sud devrait interdire l’utilisation de combustibles solides et liquides à des fins de chauffage dans les zones résidentielles où il est possible d’utiliser du gaz.

Les autorités locales ont également ordonné que l’une des principales centrales au charbon de la ville soit convertie en centrale à gaz naturel d’ici la fin de 2026.

Le conseil municipal d’Almaty a également adopté des mesures sur la protection de la qualité de l’air qui correspondent davantage à la position du ministère de l’écologie sur les principales causes de la pollution atmosphérique, et notamment celles liées aux véhicules et aux petites entreprises.

Ces mesures prévoient la mise en place de taxes sur les véhicules plus anciens, de subventions pour l’achat de véhicules plus récents et un contrôle renforcé des établissements de grillade, tout en réduisant au mieux les possibles répercussions pour les personnes concernées. 

En guise d'approbation, le Ministère de l’écologie a invité toutes les villes à instaurer des mesures similaires à celles adoptées à Almaty. Et cette situation préoccupe Nassiba Baimatova, responsable d'un laboratoire de chimie analytique à Almaty. Elle a déclaré à Vlast 

All decisions must be based on scientific research. Unfortunately, that’s not how things are done here. Hardly anyone [in government] ever consults scientists.

Toutes les décisions devraient s’appuyer sur la recherche scientifique. Malheureusement, ce n’est pas comme ça que les choses se passent ici. Pratiquement personne [au gouvernement] ne consulte jamais les scientifiques.

Seul le temps nous dira si l’approche gouvernementale « d’une solution unique », pourtant contestée par les scientifiques, se révélera efficace.

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