
Manifestants anti-Gnassingbé en Belgique en 2017. Image de Wikipedia. CC BY-SA 2.0
Le Togo abrite l’une des plus vieilles familles politiques d’Afrique francophone qui s’accroche au pouvoir – celle de la dynastie Gnassingbé au pouvoir depuis 1967, soit près de soixante ans. Son pouvoir est aujourd’hui contesté sur fond de crise socio-économique mais aussi politique.
Trois années après son indépendance négociée avec la France le 27 avril 1960, le Togo connait un premier coup d'État militaire qui déroute le pays de la vision de Sylvanus Olympio (président 1960-1963) assassiné en janvier 1963. Nicolas Grunitzky, beau-frère d’Olympio, est élu président le 5 mai de la même année après un intérim de janvier à mai. Mais lui aussi sera écarté du pouvoir en janvier 1967 par un second coup d'État militaire orchestré par Eyadema Gnassingbé. Ce dernier prend le pouvoir après un intérim de trois mois de Kléber Dadjo.
De 1967 à 2005, soit sur une période de 38 ans, Eyadéma Gnassingbé dirige le pays d’une main de fer. Il fait toutefois face à plusieurs contestations et manifestations souvent réprimées par l’armée. A sa mort en 2005, un de ses fils, Faure Gnassingbé, prend le pouvoir et devient président à la suite d’élections présidentielles d’avril 2005 et de manipulations de la constitution.
Après 20 ans au pouvoir, Faure Gnassingbé fait de nouveau modifier la constitution et bascule le pays dans la 5è république, sans référendum, actant ainsi le début d’un régime parlementaire. Il devient Président du Conseil le 3 mai 2025, et élimine l’élection présidentielle. La population n’a droit au vote que pour des élections législatives et municipales.
Pendant les quasi soixante années de pouvoir de la famille Gnassingbé, le pays connaît un développement économique inégal: la précarité de l’emploi, la pauvreté, les crises économiques, les violations des droits humains poussent la population à manifester régulièrement son ras-le-bol. En 2005, des manifestations et contestations font 790 morts et 4345 blessés selon les rapports de la Ligue togolaise des droits de l”homme. Le Haut Commissariat des Nations Unies atteste un chiffre compris entre 400 et 500 morts avec des milliers de blessés. D’autres manifestations ont lieu en 2007, 2010, 2013. En août 2017, un grand soulèvement populaire lancé par Tikpi Atchadam, opposant et président du Parti national panafricain (PNP), embrase le pays et fait trembler le régime de Faure Gnassingbé. Ces contestations durent plusieurs mois, les répressions font des morts et des blessés. Suite à cela, les autorités interdisent catégoriquement toutes manifestations, alors que les conditions de vie ne s'améliorent pas.
Aujourd’hui le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est de 52500 FCFA (94 dollars américains), et le taux de pauvreté diffère: 58,8 % dans les zones rurales contre 26,5 % dans les zones urbaines. L'économie du pays est basée principalement sur l’agriculture qui peine toujours à être industrialisée pour amorcer son développement et atteindre son plein potentiel malgré les nombreuses initiatives.
Fatigués des conditions de vie ainsi que de la situation économique du pays, de nouvelles contestations prennent corps dans le pays. Sur la toile, les Togolais de la diaspora dénoncent et encouragent la population à manifester son ras-le-bol au travers l'organisation des désobéissances civiles dans tout le pays, surtout à Lomé, la capitale du pays. Galvanisée par l’arrestation d’Aamron, artiste engagé, une première manifestation a lieu les 5 et 6 juin 2025 et a occasionné plusieurs arrestations. Les 26, 27, et 28 juin 2025, une seconde a eu lieu avec pour bilan au moins sept morts et des dizaines de blessés.
Bon nombre d’acteurs, notamment religieux dénoncent une spirale de répression violente et appellent les autorités ainsi que les forces de l’ordre au respect du caractère sacré de la vie humaine.
A en juger les conversations au Togo et les débats en ligne, la détermination des Togolais d’en finir avec le pouvoir de la famille Gnassingbé ne faiblit pas, et la tension risque d’augmenter sur fond de profonde crise socio-économique.
Billets sur Le Togo face à ses défis
#TogoDebout: Les démonstrations populaires contre le Président Gnassingbé persistent depuis plusieurs mois dans l'indifférence du monde extérieur
Une phrase ironique a circule ces dernières semaines après la chute du Mugabe au Zimbabwe: " On prie pour le Togo, et Dieu répond au Zimbabwe."








