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Vidéo : “Slumdog Millionaire” et les bidonvilles indiens

Dans ce billet, nous voudrions présenter une vidéaste bénévole, qui Ruchika Muchhala, qui écrit pour le blog Channel 19 [en anglais]. Son dernier billet évoque Slumdog Millionaire, un film préparé et tourné à Mumbai, en Inde, qui a récemment remporté cinq récompenses sur six aux Critics Choice Awards américains, ainsi que les quatre récompenses pour lesquelles il était nominé aux Golden Globe Awards. Le film a déclenché une controverse par sa manière de montrer la vie dans les bidonvilles indiens et le succès qu'il a rencontré à l'étranger.

En octobre dernier, nous avions évoqué le travail réalisé par Channel 19 pour promouvoir les médias personnels et y former les populations, grâce à des stages de vidéo et des projections de films :

Video Volonteers est une organisation à but non lucratif rassemblant des producteurs amateurs vivant dans des villages et bidonvilles indiens, qui créent des contenus audiovisuels à partir de leurs propres vies, puis organisent des projections dans les quartiers. Des milliers de personnes par mois ont ainsi accès à des informations et événements qui les touchent et les amènent à réagir. Channel 19 diffuse sur son site, à destination du reste du pays, ces vidéos créées par et pour ces populations.

Ruchika écrit:

J'ai été très sincèrement surprise par ce film dont tout le monde parle en ce moment et par le fait qu'il a été tourné à seulement 30 minutes de là où je vis à Mumbai, en Inde. Slumdog Millionnaire est un film énergique au scénario intéressant et qui a été entièrement réalisé dans deux secteurs proches de chez moi – Dharavi, le plus grand bidonville au monde, et Juhu. Ces endroits ne sont pas loin non plus de là où habitent une grande partie des producteurs amateurs de Channel 19 ; certains même, comme Venkatesh [en hindi], vivent dans l'une de ces deux zones !

Ruchika fait également remarquer de quel point de vue intéressant est décrit son pays :

…Voici enfin un film qui ne dépeint pas les villages de l'Inde profonde de façon « exotique » ni n'exhibe les strass et paillettes qui ne concernent qu'un faible pourcentage des nantis indiens, mais dont tout le monde rêve. Par contre, ce film montre ce qu'est l'Inde moderne, la vraie, en décrivant la vie dans les bidonvilles et en parlant et travaillant avec les habitants de ces zones sinistrées, plutôt qu'en engageant des acteurs et des chercheurs.

Channel 19 a produit une vidéo invitant les habitants des bidonvilles à agir :

Cette vidéo sur les conditions de vie dans le bidonville d'Ahmedabad, une autre grande ville indienne, est un bon exemple. Les producteurs amateurs de Samvad CVU (pour Saath Video Unit) ont utilisé ce film vidéo pour informer les habitants des bidonvilles sur les moyens de demander au gouvernement de procéder à des aménagements de base tels des toilettes !


Cependant, il semble que la description de la pauvreté faite dans Slumdog Millionnaire ne soit pas du goût de tout le monde. A Patna, en Inde, le secrétaire général du Comité d'action collective des habitants des bidonvilles, Tapeshwar Vishwakarma, a intenté un procés à l'acteur Anil Kapoor et au directeur musical A R Rahman. La superstar bollywoodienne Amitabh Bachchan a pour sa part répondu aux détracteurs du film sur son blog [en anglais]:

Les commentaires apparus sur le blog à propos du film SlumDog Millionaire et la colère contenue dans certains d'entre eux m'incitent à dire la chose suivante. Si SM (Slumdog Millionaire) renvoie de l'Inde l'image d'un pays du Tiers Monde en voie de développement, sale et faible, et suscite douleur et écoeurement parmi les nationalistes et les patriotes [indiens], il faut savoir que des choses glauques et noires existent et se développent même au sein des nations les plus développées. Simplement, l'idée de SM ayant été écrite par un Indien, puis adaptée et réalisée pour le cinéma par un Occidental, elle obtient du coup la reconnaissance des créateurs du monde entier. Cela n'aurait peut-être pas été le cas dans d'autres circonstances.

Quoiqu'il en soit, ce commentaire a eu un effet boule de neige et, sorti de son contexte, a fait les gros titres de la presse indienne, qui a déclaré qu'Amitabh Bachchan était contre le film. Celui-ci a tenté de faire se rétracter les médias en voulant dissiper le malentendu sur son blog, à travers la mise en ligne d'une lettre ouverte adressée aux plus grands journaux. Il y écrit :

J'espérais obtenir des avis de la part de mes lecteurs, suivre leurs débats, et du coup être moi-même mieux informé. Les articles publiés par le Guardian n'ont absolument aucun rapport avec ces préoccupations.

La vie dans les bidonvilles exerce une certain fascination sur les étrangers, qui sont même prêts à payer pour aller visiter Dharavi, le plus grand bidonville d'Asie, comme nous l'avions évoqué en 2006 dans India : Poorism, Tourism and the Western Tourist (Inde : pauvreté, tourisme et le touriste occidental). La vidéo suivante, mise en ligne par Thegulab, présente Dharavi pendant la fête dédiée à Ganesh :

 Cette interview filmée [en anglais] réalisée par Ipperkins63 aide à comprendre pourquoi une famille peut choisir de vivre dans un bidonville. Ses membres expliquent par exemple qu'il n'y avait pas de billets de banque dans leur village. C'est la recherche d'un travail pour lequel ils seraient payés et l'espoir d'un meilleur avenir pour leurs enfants qui les a conduits à Mumbai.

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