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Inde : Ce que peuvent apporter les nouvelles technologies aux seniors

Initiée par les Nations unies, la Journée internationale des personnes âgées [en français] s'est déroulée ce 1er octobre et avait pour thème cette année la ” célébration des 10 ans  de la Journée internationale des personnes âgées : Vers une société pour tous les âges “. Dans son message adressé pour l'occasion [en anglais], le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon [en français]  dit notamment  [en anglais, comme les liens suivants] :

Au cours de ces dix années, nous avons multiplié les efforts afin de bâtir une ” société pour tous les âges ” et de promouvoir une implication internationale dans les principes édictés par les Nations unies en faveur des personnes âgées. Ces principes sont basés sur le besoin de construire une société inclusive qui encourage la participation, l'accomplissement personnel, l'indépendance, l'accès aux soins et à la dignité pour tous. Pour transformer ces principes en actes, nous avons fait campagne en faveur de politiques grâce auxquelles les personnes âgées pourront vivre dans un environnement qui renforce leurs moyens d'action, encourage leur indépendance et mette à leur disposition un accompagnement et des soins adaptés à leur condition.

La devise ” Vers une société pour tous les âges ” a été adoptée en 1999 et réaffirmée lors de la deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement, qui s'est tenue à Madrid en 2002. Elle souligne le besoin de traiter les plus âgés à la fois comme des acteurs et comme des bénéficiaires du développement. […]

La communauté internationale se doit aussi de se préoccuper davantage des droits des personnes âgées. Nous devons mettre fin à la discrimination, à la maltraitance, au délaissement et aux violences dont elles sont les victimes. J'exhorte les États à mettre en place les nécessaires protections d'ordre juridique  et j'engage tous les partenaires potentiels à aider les pays à se doter des moyens et des institutions en vue d'atteindre cet objectif.

Il semble que pour nous, en Inde, ce soit le moment parfait pour prendre le temps de faire le point sur le rôle joué par les TIC dans la vie de nos aînés.

Selon la Commission norvégienne pour la technologie [pdf],

Les technologies de l'information et de la communication caractérisent nos sociétés d'aujourd'hui. Parallèlement au développement technologique, nous ferons face dans les années à venir à une forte augmentation du nombre de personnes âgées. Quels sont, concrètement, les défis communs aux personnes âgées et aux technologies de l'information et de la communication ? Comment mettre à profit les hypothèses constructives et éviter les éventuelles conséquences négatives ?

Avec l'augmentation de l'espérance de vie, l'Inde fait maintenant partie des pays dans lesquels le vieillissement de la population est devenu un problème important. Lors du recensement de 2001, on comptait 77 millions de personnes de plus de 60 ans, représentant environ 7,5% de l'ensemble de la population. Les estimations faites en 2008 montent à 86 millions d'individus. Aujourd'hui, l'Inde possède la deuxième plus importante population de citoyens seniors. Selon l'ONU, il est probable que d'ici à 2050, quelque 20% de la population indienne ait dépassé 60 ans.

Avec l'élargissement rapide de cette tranche d'âge, la question-clé à laquelle sont confrontés les responsables publics (et la société dans son ensemble) est celle de savoir comment assurer aux personnes âgées une vie active et indépendante, une bonne santé, et comment les aider à améliorer leur qualité de vie. Reconnaissant la nécessité de mener une politique dans ce domaine à l'échelle nationale, le gouvernement indien a lancé en 1999 la Politique nationale pour les personnes âgées, censée s'attaquer aux problèmes essentiels tels que la sécurité financière, les soins de santé, le logement, l'éducation, la protection sociale, l'assistance et la préservation des biens etc., et promouvoir l'idée de ” vieillesse active ” auprès de la population la plus âgée. Le programme reconnaît également l'aide, complémentaire aux efforts du gouvernement, que les ONG et la société civile peuvent apporter dans ce domaine.

Dans leur communication, intitulée Les implications des technologies pour les personnes âgées [PDF], les auteurs VC Goyal et Usha Dixit expliquent que :

De récents rapports gouvernementaux font mention de l'utilisation de la technologie pour contribuer à une vie indépendante et promouvoir l'autonomie des personnes âgées (voir la Politique nationale pour les personnes âgées – PNOP). Il existe d'autres initiatives gouvernementales (et quelques-unes non-gouvernementales) qui, bien que n'ayant pas spécifiquement trait aux interventions technologiques faites en faveur des personnes âgées, pourraient contribuer à aider cette partie de la société à vivre confortablement et dans la dignité. Il existe de nombreuses actions d'ordre technologique susceptibles d'améliorer le bien-être des personnes âgées et de rendre les technologies accessibles, d'utilisation et financièrement, et de les adapter aux besoins spécifiques. L'apport et le potentiel primordiaux de ces interventions seront d'une très grande aide pour atteindre les objectifs fixés par le NPOP.

Alors, où en sommes-nous en ce qui concerne les TIC pour les seniors et les personnes âgées ?

L'une des préoccupations essentielles, souvent citée en défaveur des nouvelles technologies, est l'inertie et/ou la technophobie relevées parmi les personnes âgées. Sur le blog O'Reilly Radar, Andy Oram commente un point développé dans le livre de Nandan Nilekani – Prospectives indiennes : L'idée d'une nation renouvelée –, et selon lequel ” il ne faut pas considérer la technophobie comme allant de soi ” :

De nombreux scientifiques manquent de sérieux en anticipant le refus d'accéder à l'informatique et à Internet de la part de certains groupes de personnes, implicitement considérés comme ignorants et désorientés, tels les minorités raciales, les plus démunis, les personnes âgées (” Comment voulez-vous que ma grand-mère utilise cela ? “), etc. Dans tous les cas, l'accès, et parfois la disponibilité d'applications utiles, se révèlent être des facteurs déterminants  pour l'adoption de la technologie. Face à une opportunité de ce genre, ces populations se montrent toujours enthousiastes à l'idée d'en profiter… Le problème, ce ne sont pas les gens, mais d'autres éléments comme la disponibilité, le coût et l'utilité de ces technologies.

L'un des intervenants sur le blog The Wip, Lesley D. Biswas, décrit comment, dans de nombreux cas, les ” Surfeurs (aux cheveux) argentés ” adoptent Internet pour faire face à leur futur solitaire :

Pour les seniors, qui ont été culturellement conditionnés à penser que leurs enfants seraient à leur côté durant leurs dernières années d'existence, le fait de vivre seul a été comme un douloureux réveil. La solitude en elle-même est largement désorientante, et l'absence de membres de la famille durant ce moment crucial ne fait qu'accentuer le phénomène. Maintenant que le modèle de la famille indienne, dans sa structure, devient de plus en plus démodé, les seniors trouvent d'autres moyens de rester en contact avec leurs enfants.

Mais, contrairement aux pays développés, ce sont des débuts tardifs pour beaucoup de seniors en Inde. Étant donné qu'ils n'ont pas grandi avec des iPods ou des téléphones portables dans leur poche arrière, pas plus qu'ils n'ont été confrontés à l'informatique au travail, faire entrer les seniors dans le monde du virtuel est dès le départ un défi. Mais le plus souvent, une fois libérés de leurs inhibitions, explorer ce monde nouveau du bout des doigts s'avère être une expérience fascinante et peu à peu appréciée par beaucoup d'entre eux. Les enfants s'installant à l'étranger ou dans d'autres villes, un grand nombre de seniors sont aujourd'hui à la recherche de professeurs particuliers et de centres de formation pouvant leur apprendre à se servir d'un ordinateur.

Par conséquent, il n'est pas surprenant que l'un des champ actuellement exploité par les TIC pour se frayer un chemin dans l'existence des seniors soit de les aider à affronter la solitude/de lutter contre l'exclusion : La téléphonie avec ou sans fil, la messagerie électronique, les e-mails et messageries instantanées en ligne sont quelques-unes des applications auxquels les seniors s'initient ou ont été initiés dans le but de préserver les liens. Dernièrement, a également été ouverte la possibilité d'échanger en ligne entre personnes âgées dans le cadre du lancement de Verdurez, un site  de réseau social conçu pour les personnes âgées.

Le site, décrit comme étant le ” Facebook de ceux qui ont 55 ans ou plus “, fournit aux seniors ce dont ils ont besoin pour lutter contre la solitude, créer du lien, du réseau, obtenir des informations et renseignements relatifs à la santé etc., des jeux ou des exercices de mémoire, et le partage en ligne de leurs expériences avec un groupe de personnes ayant le même état d'esprit et appartenant à leur tranche d'âge. Le site compte plus de 4000 utilisateurs inscrits.

Capture d'écran de Verdurez, un site de réseau social pour les personnes âgées indiennes.

Intervenant sur le blog WATBlog.com, Seema se montre prudente quant à son opinion sur la question :

Un site de réseau social pour les personnes âgées semble être un bon concept, mais je m'inquiète plus de savoir combien d'Indiens de cet âge utilisent un ordinateur et Internet et pendant combien de temps ils feront usage de ce type de sites. Leurs créateurs doivent les promouvoir correctement et devraient s'associer à des ONG et des maisons de retraite. Il faut que nos générations les plus avancées en âge puissent profiter des avantages qu'il y a à être connecté, grâce à de tels sites de réseaux sociaux, avec des gens partageant le même état d'esprit et à ne pas se sentir seul.

Son inquiétude paraît justifiée. Puisque, selon Mrutyunjay Mishra, écrivant pour le site juxtconsult.com, les seniors

… ne représentent que 0,8% des internautes en Inde, sachant que nous estimons leur nombre à environ 0,32 millions d'utilisateurs régulier d'Internet (sur 38 millions au total).

Néanmoins, en dépit de la lente progression de l'utilisation d'Internet par les personnes âgées, il existe beaucoup d'autres initiatives qui leur sont destinées et sont liées au Web, telles :

Leur offrir un sentiment de sécurité : Par exemple, un  portail sur la sécurité, Hamari Suraksha, a été lancé par la police de Mumbai pour recenser les personnes âgées et assurer leur sécurité,  face à l'augmentation des actes criminels dont ils sont victimes.

Éducation et soins médicaux : On entend parler de plus en plus d'initiatives prises en faveur des personnes âgées dans les domaines de la formation et/ou de l'apprentissage en ligne, de l'e-santé, etc.

Les seniors, plus particulièrement ceux vivant en zone urbaine et aisés, sont de plus en plus attirés, de leur propre initiative, vers la culture Internet. Par conséquent, on peut constater qu'aujourd'hui beaucoup d'entre eux se servent d'Internet pour suivre leurs comptes bancaires, payer leurs factures, réserver des billets en ligne etc., ce qui leur offre la souplesse de ne pas avoir à quitter le cadre de leur domicile tout en leur permettant de faire les choses par eux-même, sans avoir à dépendre des autres pour s'acquitter de ces tâches à leur place.

Alors qu'avec l'Internet, le taux de pénétration, la connexion et l'accessibilité sont des freins, le marché de la téléphonie mobile est bien plus généralisé. Selon Rajesh Jain, auteur du blog Emergic,

On compte aujourd'hui en Inde plus 10 millions de nouveaux utilisateurs de téléphones portables par mois, et ce rythme de croissance va se poursuivre. On atteindra sans doute près de 450 millions d'abonnés d'ici à la fin de l'année 2009.

Dans le cas de figure actuel, les initiatives en matière de technologies de l'information et de la communication s'appuyant sur le portable promettent de toucher le plus grand nombre. Les services d'assistance téléphonique, ceux basés sur les SMS etc. (l'ONG installée à Chandigarh, DadaDadi, se sert par exemple de ce type de service de messagerie (SMS), d'un service d'assistance téléphonique et d'autres technologies – via-internet – afin de tenter d'assurer la sécurité des personnes âgées vivant seules dans la ville), sont de plus en plus utilisés pour aider les plus âgés à préserver leur confort. Jorawer Singh a écrit dans le journal The India Post un article sur le service continu (24h sur 24 et 7 jours sur 7) d'assistance téléphonique, lancé à Chandigarh le 1er octobre dernier :

En cette Journée internationale pour les personnes âgées, ou le Jour des senior tel que nous l'appelons, les adultes les plus âgés de la ville disposent de la très attendue ligne d'assistance téléphonique 24/24. Le numéro du service est le 9888 9888 47. La ligne, qui sera gérée par l'ONG locale DadaDadi.org, fournira des informations et de l'aide relatives aux besoins divers des seniors, allant de l'envoi d'électriciens et de plombiers, jusqu'à fournir une assistance juridique et un soutien lors d'un combat pour leur cause.

Les possibilités sont multiples et l'Inde commence tout juste à réaliser le potentiel lié à l'exploitation du pouvoir contenu dans les TIC pour permettre à ses seniors de mener dignement une vie plus remplie, dynamique et indépendante. Cependant, en suivant cette voie, il nous faut faire attention aux différents défis que représentent l'accessibilité, la conception des appareils, les facteurs humains, etc.

Par exemple, les téléphones portables ont souvent des instructions de navigation compliquées et l'interface ne convient pas à un utilisateur âgé. (Bien que, d'un autre côté, un téléphone portable conçu et mis sur le marché spécifiquement à destination des personnes âgées pourrait ne pas emballer le consommateur visé). Par ailleurs, tout à notre enthousiasme à développer la gérontotechnologie, il ne faudrait pas que nous déshumanisions le processus au point que les plus âgés se sentent encore plus isolés et en retrait.

En outre, nous devrions garder à l'esprit le fait que les personnes âgées ne constituent pas un groupe homogène et que, par conséquent, une solution ne pourra pas fonctionner pour tous. Il existe ainsi des défis précis à relever en parallèle de notre tentative visant à intégrer différentes sous-catégories parmi nos aînés. Par exemple : le besoin de solution dite du ” dernier km “, permettant d'atteindre les utilisateurs potentiels des TIC éloignés et d'intégrer aux projets les personnes âgées vivant sous le seuil de pauvreté et/ou en zone rurale.

De plus, comme le souligne Rozina Parmar dans son texte intitulé Les TIC pour les personnes âgées [PDF] :

Il est évident qu'en matière de TIC à destination des personnes âgées, il nous faut un nouveau modèle d'innovation qui soit à l'écoute des besoins et place les utilisateurs au centre des systèmes basés sur les TIC. De nouvelles orientations doivent être envisagées qui couvrent tous les aspects de la vie des gens plus âgés, qu'il s'agisse de leur sphère privée, publique ou professionnelle.

Dix ans se sont écoulés depuis le lancement de la Politique nationale pour les personnes âgées et, selon un article mis en ligne sur le site Seniors World Chronicle,  Mr Mathew Cherian, directeur général de l'organisation HelpAge India, estime que sa mise en application a été minimale. De son côté, Mr Wasnik, à la tête du Conseil national pour les personnes âgées, a reconnu qu'il y avait encore énormément à faire mais que beaucoup de choses pourraient être réalisées avec la participation de la société civile.

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