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Russie: Souvenirs de blogueurs sur les maternités à l'ère soviétique

En décembre dernier, Sinisa Boljanovic a traduit un certain nombre de déchirantes histoires d'accouchement , écrites anonymement par des femmes serbes et publiées sur le site primé “Mère Courage” lancé et géré par les blogueuses serbe Branka Stamenkovic / Krugolina Borup.

Au début de ce mois, l'utilisateur de LJ germanych, un blogueur russe, a demandé à ses lecteurs de partager leurs expériences de l'accouchement en Union soviétique. Alors que l'initiative de Branka Stamenkovic, “Mère Courage”, est une tentative d'améliorer la situation, l'objectif du blogueur russe a été de documenter un chapitre moins connu de l'histoire soviétique.

Dans le billet initial, il a écrit (RUS):

[…] Pour une raison quelconque, j'ai l'impression que les infirmières soviétiques […] traitaient les femmes en travail comme si on était en temps de guerre et que la femme avait un bébé d'un officier SS. C'est-à-dire, avec de la haine mêlée de dégoût. Sans aucune raison apparente. C'est une chose étrange à entendre, considérant que dans les films,on montrait le contraire: quand la mère et l'enfant quittaient la maternité, les infirmières voletaient autour d'eux, toutes tellement gentilles, tout sourire.

[…]

Voici donc une question aux femmes lisant ce blog: s'il vous plaît pourriez-vous partager vos impressions sur l'atmosphère qui vous a entourées dans les maternités soviétiques ? […]

Les commentaires que l'utilisateur LJ germanych a reçus de ses lecteurs l'ont incité à écrire un deuxième billet (RUS), dans lequel il a cité plus de 20 blogueurs, dont certains ont partagé des histoires qui n'étaient pas les leurs, mais celles de leurs parents de sexe féminin (quelques commentaires ont été présentés par les blogueurs de sexe masculin). Vous trouverez ci-dessous un échantillonnage de cette collection.

Vladimirgin:

Quand, en 1984, maman a donné naissance à mon frère […] ça a été l'horreur totale selon elle. [Le personnel médical] n'a commencé à se remuer quelque peu que lorsqu'elle s'est mise à hurler qu'elle était médecin, elle aussi, et serait en mesure de trouver la bonne personne, au [département de la santé municipal] à qui écrire une réclamation appropriée à leur sujet. Si elle n'avait pas hurlé, mon frère aurait probablement été mort-né (il y avait des complications du travail).

terkat:

Les dispositifs d'hygiène post-natale de l'hôpital étaient des serviettes en tissu non jetables écrasées entre les jambes: pour une raison quelconque, il était interdit de porter des culottes :(((. Il n'existait alors pas encore de protège-slips. C'est quelque chose que je me rappelle avec horreur … Mes souvenirs négatifs de la maternité à l'hôpital sont liés à des dispositifs d'hygiène.

shisho4ka:

Nous avons aussi été dans un état de complet de “sans-culottes” – plus les chemises et robes de chambre élimées et plus ou moins déchirées de l'hôpital. Il n'était pas permis d'apporter des sous-vêtements quels qu'ils soient de la maison, et le reste n'était pas bienvenu non plus. Les chaussons étaient également fournis par l'hôpital, je crois. Les visites de la famille étaient interdites, bien sûr. Tous les nouveaux pères faisaient les cent pas à l'extérieur, en bas, appelant à haute voix leurs épouses. Un unique téléphone (gratuit) pour l'ensemble de l'étage et d'énormes queues pour l'utiliser …

 madlesha:

L'hiver 1984. Léningrad. L'Institut de pédiatrie. Attitude horrible, tout le monde parle avec arrogance, tout le monde est occupé. Il faisait très froid, moins 25 degrés Celsius dehors. Pas d'eau chaude, les parents n'étaient pas autorisés à nous apporter de bouilloire. Ma mère m'a envoyé une boîte de sucre, que nous toutes dans la chambre mangions en secret. Nous étions 12 dans la chambre. Pas de baignoire, les toilettes étaient [en très mauvais état]. Un souvenir effrayant…

greenbat:

1989, [Iaroslavl]. En raison de ses contractions douloureuses, une femme avait vomi. Une infirmière brandissait une serpillère sous son nez, en criant : “Nettoyez derrière vous!” … 1990, Saint-Pétersbourg. Une infirmière pompette a renversé un berceau contenant des nouveau-nés, sous les yeux de l'assistance choquée.

bormental_r

Notre premier enfant est mort parce que les médecins ne sont pas venus. Ma femme criait, et ils réagissaient en disant: “Tout va bien, c'est votre premier accouchement, ce n'est rien. Soyez patiente, ne criez pas !” Et quand ils se sont alarmés, il était trop tard. Il était mort-né – asphyxie intra-utérine. Et lorsque ma femme, épuisée de pleurer, s'est finalement endormie, une infirmière, indifférente,  l'a réveillée, – il fallait donner un nom à l'enfant, pour la paperasse. Un enfant mort-né. Et on l'a réveillée pour cela et on a exigé qu'elle donne un nom à un enfant mort. Même maintenant, quand je me rappelle cela, j'en suis tout retourné. 1975, [Sverdlovsk] …

L'utilisatrice de LJ kialu, qui a eu son enfant à l'âge de 18 ans, a partagé une expérience tout aussi horrible et a terminé son commentaire par ces mots:

 […] Pendant dix ans, l'anniversaire de mon fils a été pour moi le jour de souvenirs cauchemardesques. La peur et l'horreur se mêlaient à la honte. J'ai surmonté cela à présent. Mais mon fils a 16 ans maintenant, et je n'ai pas eu le courage d'avoir un deuxième enfant – et n'en aurai jamais …

L'utilisateur de LJ germanych a également publié quelques souvenirs de celles qui ont accouché de leurs enfants à l'étranger ou plus récemment, – “pour la comparaison” :

klepak:
Les conditions dans les maternités ont changé – les enfants ne sont pas enlevés immédiatement, les visites sont autorisées, les maris sont autorisés à être présents lors de la naissance, il y a aussi des chambres d'accouchement, et une douche dans chaque chambre.

***
 michellemohn:

En Allemagne, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi l'obstétricien a été si poli, attentif et gentil… En fait, ils traitent toutes les femmes enceintes comme ça …

Voici la conclusion de l'utilisateur LJ germanych pour ce billet:

[…] A en juger par les commentaires ajoutés, […], rien n'a changé dans beaucoup de maternités d'aujourd'hui de la Russie depuis les temps [soviétiques] – mêmes impolitesse, saleté et  torture des femmes […]. Mais il n'y a rien d'étonnant à cela, parce que dans les institutions de l'État de la Fédération de la Russie le même traitement méprisant des êtres humains survit toujours tel qu'il était [à l'époque soviétique]. Fondamentalement, les maternités sont les bastions purs et durs du [système soviétique]. Les maternités à but lucratif d'apparition récente règlent dans un certaine mesure le problème, en offrant des soins d'accouchement normaux et sûrs. D'une façon générale, je pense que les réformes globales en Russie devraient commencer par [réforme] des cliniques de maternité.

Et voici un autre billet sur la question de l'utilisateur LJ germanych, à propos de  l'impact du précédent :

 […] Le message a généré un total de près d'un millier de commentaires et est resté quelques jours dans le [Top 30 des billets de blogs du portail Yandex]. En outre, il a été le numéro un pendant la journée entière. […] Mais là n'est pas le plus important.

L'important, c'est qu'un certain nombre de lecteurs m'ont étiqueté comme quelqu'un de très subjectif, qui a délibérément recueilli toutes sortes de saletés et ainsi suscité de tout aussi sales commentaires. Du genre, toutes les femmes qui ont eu une bonne expérience des maternités soviétiques n'avaient tout simplement pas eu envie d'écrire des commentaires à un tel endroit.

Eh bien, pour prouver que je suis complètement pour l'objectivité sans exclusive, j'ai décidé de retirer les commentaires du tout premier billet qui parlaient positivement des maternités soviétiques et de les disposer dans un billet distinct. Et j'étais bien curieux : est-ce qu'il se placera aux premiers rangs? Et quel genre de commentaires obtiendra-t-il ? […]

Voici seulement deux de ces commentaires”positifs”:

Vladimirgin:

Lorsque j'ai été accouchée, le niveau des soins a été parfait – parce que la sage-femme et le médecin étaient des amis de ma mère. […]

***
shisho4ka:

1990. […] Impressions normales … […] Le personnel médical a agi de façon correcte. Sans grossièreté, mais sans affection ni soins particuliers non plus. En général, en ce moment-là, j'ai senti que j'ai eu de la chance, car je m'étais attendue a être traitée plus mal…

Cependant, dans un autre billet encore de la série, l'utilisateur de LJ germanych a résumé les résultats de son expérience d'”approche équilibrée” sur son blog :

Comme prévu, le billet sur les qualités des maternités soviétiques n'a ni décroché le palmarès de Yandex, ni même généré une centaine de commentaires. Pour une raison quelconque, il n'y a pas eu trop de gens prêts à appuyer la théorie selon laquelle les horreurs de toutes sortes écrites sur les maternités soviétiques n'avaient rien à voir avec la réalité. […]

 L'utilisateur de LJ germanych a également cité ce commentaire “positif” (qui a depuis été supprimé par son auteur), pour souligner de quoi il s'agissait au fond dans le système soviétique :

Moi non plus, je ne peux rien dire de mal des maternités soviétiques, car mon beau-père était [un haut fonctionnaire du Parti communiste] …

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