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Bulgarie : Des dizaines de milliers de “marcheurs” pour défier le pouvoir

(Billet d'origine publié le 9 juillet)

Malgré 27 jours de manifestations anti-gouvernementales en Bulgarie, la nouvelle équipe au pouvoir n'a encore réalisé aucune réforme.

La contestation massive, qui avait débuté le 14 juin 2013 après la nomination d'un député controversé, Delyan Peevski, à la tête de la Sécurité nationale bulgare, a vu augmenter sans relâche le nombre de citoyens qui rejoignent les manifestations quotidiennes dans les rues de la capitale Sofia et des autres villes du pays. Si Peevski a aussitôt donné sa démission, les protestataires réclament celle du gouvernement à peine formé et des réformes majeures dans plusieurs domaines.

Dimanche 7 juillet, le nombre de manifestants dans les rues [anglais] de la capitale bulgare était sans précédent : des milliers ont défilé pour réclamer à nouveau la démission du gouvernement. Le parti socialiste bulgare et son partenaire le mouvement des Droits et Devoirs de la minorité turque (MDD) ont refusé de céder le pouvoir malgré la contestation, qui revendique en particulier [anglais] plus de transparence et moins de corruption dans l'administration, une action contre le crime organisé, et la fin du “règne de l'oligarchie”.

Bulgarian protesters show solidarity with fellow protesters in other countries; image meme courtesy of Revolution News.

Les manifestants bulgares disent leur solidarité avec les contestataires des autres pays. Image reproduite avec l'aimable autorisation de Revolution News.

Sur la banderole : “Trop souvent nous avons peur. Peur de ce que nous ne serions pas capables de faire. Peur de ce que les gens pourraient penser si nous essayions. Nous laissons nos peurs faire obstacle à nos espoirs. Nous disons Non quand nous voulons dire Oui. Nous restons silencieux quand nous voulons hurler. Et nous crions sur les autres quand nous devrions nous taire. Pourquoi ? Après tout, on ne vit qu'une fois… Il n'y a vraiment pas le temps d'avoir peur. Alors stop !”

En visite officielle à Bruxelles le 27 juin, le premier ministre bulgare avait déclaré n'avoir aucune intention de démissionner [anglais] à moins d'un vote du parlement en ce sens. Questionné sur la nomination de Peevski, un député du MDD, le premier ministre Plamen Oresharski avait reconnu une bévue politique, qui, selon ses mots, “n'est pas un motif suffisant de démission”.

Entre-temps, dans les coulisses des manifestations, les responsables de la police bulgare ont résolu de ne plus publier le nombre des participants [bulgare], afin, disent-ils, de ne pas provoquer de conflits politiques.

De leur côté, les médias alternatifs en ligne contestent énergiquement les précédents communiqués de la police sur l'ampleur des manifestations. En riposte, un nombre important de protestataires se sont écartés de leur trajectoire déjà routinière vers le siège du gouvernement, pour se déverser dans les rues dimanche (7 juillet), vingt-cinquième jour des manifestations, avec l'objectif défini de remplir les trois kilomètres qui séparent Orlov most (le pont des Aigles), au centre de Sofia, et l'hôtel Pliska. Les jours précédents, “Remplissons l'espace entre le pont des Aigles et l'hôtel Pliskal” était l'un des slogans populaires relevés sur Facebook.

A sea of protesters fill the 3 kilometer distance from the Rectorate at Orlov most to the Pliska hotel; photo courtesy of From the Rectorate to Pliska Hotel Facebook fan page.

Une mer de manifestants remplit les trois kilomètres séparant le rectorat, pont Orlov, de l'hôtel Plskal. Photo avec l'autorisation de la page Facebook “Du rectorat à l'hôtel Pliska”.

Offnews rapporte que des dizaines de milliers de personnes [bulgare] se sont agglutinées au long de la route vers l'hôtel Pliska. Les chiffres repris par cet article et d'autres médias alternatifs contredisent ceux donnés par le Ministère de l'Intérieur d’à peine 3.000 personnes [bulgare] dans les rassemblements. Offnews précise qu'en soirée 15.000 manifestants se trouvaient à 22h15 sur le seul pont Orlov. Une banderole en bordure de la chaussée proclame : “La Bulgarie est à nous, la facture est à vous.”

Lundi, après quelques récits des événements de la veille, les média ont rapporté que la manifestation #ДАНСwithме (“danse avec moi”), un mot-clé populaire de la contestation, a été la plus grande à ce jour. La Radio nationale bulgare a rapporté [bulgare] :

Хора, занимавали се с охрана на масови мероприятия, заявиха, че според тях са присъствали между 30 000 и 40 000 души.

Des gens qui ont l'expérience de la sécurité des événements de masse ont indiqué que selon eux il y avait entre 30.000 et 40.000 présents.

Une page du nom de “Le vagabond bulgare” (“vagabond” est devenu le sobriquet répandu en Bulgarie d'un député socialiste, Hristo Monov, qui avait traité les manifestants de “vagabonds” [anglais]) a été lancée sur Facebook pour ridiculiser les écarts entre les sources officieuses et l'information officielle.

Le journaliste Tony Nikolov a écrit sur l'édition en ligne du magazine Kultura :

Масовият протест на гражданите би трябвало да се възприеме от властта в България като въпрос, на който тя дължи незабавен отговор. Никакъв отговор обаче няма – повече от 20 дни, с което се стигна до ситуацията „парламент под обсада”.

La manifestation citoyenne de masse devrait être comprise par les autorités comme une question qui mérite une réponse immédiate. Pourtant il n'y a aucune sorte de réponse – plus de 20 jours, qui ont mené à une situation de “parlement assiégé”…

La situation à laquelle on a abouti nous autorise à tirer les conclusions suivantes. En premier lieu, ceux qui nous gouvernent ne se soucient pas de règles démocratiques, pour leur dignité, ni ne respectent la dignité de ceux qui les ont envoyés au parlement ou aux sommets du pouvoir. Ils préfèrent gouverner à l'abri des rangs policiers. Faire comme s'ils étaient aveugles et sourds. Avec pour seul espoir de rester un petit peu plus au pouvoir au nom de petits intérêts partisans, personnels et professionnels.

L'écrivain bulgare Zacharie Karabachliev a écrit sur Facebook ce qu'il pense de la réaction du pouvoir :

Те съзнават, че не биха могли да устоят на пряк конфликт. Изплашени са. Затова го избягват на всяка цена. Ще има извинения, прошки, рокади, размествания, решения, протакане, имитации, няколко глави ще бъдат хвърлени на улицата…

Il [le pouvoir] sait qu'il ne résisterait pas à une épreuve de force directe. Il est effrayé. Voilà pourquoi il l'évite à tout prix. Il y aura des excuses, du pardon, des roques, des échanges de places, des décisions, de la montre, des imitations, quelques têtes jetées en pâture à la rue…

Dans un des articles les plus commentés sur les réseaux sociaux, initialement publié par le journal Standartnews, le jeune journaliste Raiko Baichev écrivait :

А сега протестите имат нужда от едно: постоянство. Най-трудното е. Погледнете всички по-лекички избухвания на недоволство през последните години. Тия пичове с властта му знаят тактиката – чакат. Чакат като луди. Да прощавате за тъпото сравнение, но протестите май са като любовта и имат същите фази – разгар, пик и угасване. В момента ви чакат да идете на море. Надеждите им са във вашия петък вечер, вашата планина, вашитe палатки и плажове. Чакат ви да се изповлюбите…

A présent, les manifestations ont besoin d'une chose : de la persévérance. C'est la plus difficile. Voyez toutes ces explosions plus légères de mécontentement des dernières années. Ces mecs au pouvoir connaissent la tactique – ils attendent. Ils attendent comme les fous. Excusez cette comparaison bête, mais les manifestations ressemblent à l'amour avec les mêmes expressions : monter, culminer et s'éteindre. En ce moment ils attendent que vous alliez à la mer. Leurs espoirs ce sont votre vendredi soir, votre montagne, vos tentes et vos plages. Ils attendent que vous tombiez amoureux…

A ballet dancer performing on the streets in a sign of solidarity with the Sunday protests; photo by Ivo Mirchev, used with permission.

Une danseuse de ballet se produit dans la rue en solidarité avec les manifestations de dimanche. Photo Ivo Mirchev. Utilisée avec permission.

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