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Les élections locales au Portugal confirment le discrédit des partis

The electoral campaign was marked by various highs and lows which revealed the distrust in the political parties. The best example was the success achieved by the Facebook page Tesourinhos das Autárquicas, which satirises various election posters and other moments of the campaign, followed by more than 127,000 people.

La campagne électorale a connu diverses péripéties qui ont révélé le discrédit des partis politiques. Pour preuve, le succès obtenu par la page Facebook page Tesourinhos das Autárquicas (Petites perles des élections locales), avec plus de 127.000 abonnés, qui se moque des diverses affiches électorales (ici, l'affiche du  PSD sur des bacs à ordures) et autres moments de la campagne.

[Tous les liens mènent à des pages en portugais, sauf mention contraire.]

Si la plupart des médias nationaux et internationaux ont surtout vu dans les élections locales portugaises la défaite du parti social-démocrate actuellement au pouvoir (PSD), le grand perdant est réalité la totalité des partis politiques.

Un examen des résultats généraux révèle quelques chiffres intéressants, comme le taux d'abstention de 47,36%, le plus élevé jamais atteint dans des élections locales. Et quant aux votants, 3,86% des bulletins étaient blancs, 2,95% étaient nuls et les votes pour les candidats indépendants ont atteint 6,66%.

Numbers from the Local Elections shared by Paula Montez on Facebook.

Les chiffres des élections locales, partagés par Paula Montez sur Facebook. “Abstentions : 47,36%, Votes blancs : 3,86%, Votes nuls : 2,95%. Total : 54,17%. 4.679.063 électeurs n'ont voté pour personne ! Et les partis disent tout de même qu'ils ont été élus à la majorité.”

Etonnamment, aucun des chefs de partis n'a mentionné dans ses déclarations d'après-résultats le fait que le système électoral partisan a eu le soutien de pas même la moitié de la population.

Le Ministre de la Défense Aguiar Branco a été le seul à mettre en garde :

É muito perigoso pensar que a democracia pode viver sem partidos.

Il est très dangereux de penser que la démocratie peut vivre sans partis.

Ces résultats ne semblent pas inquiéter les principales personnalités des partis politiques, mais n'est-il pas temps de repenser le système électoral, qui poursuit sa détérioration. En 2011, le Président portugais Aníbal Cavaco Silva a été élu dans un scrutin où 53,37 de l'électorat s'était abstenu, et 41,24% des électeurs avaient boudé les législatives de la même année. Le nombre des bulletins blancs et nuls a doublé depuis les dernières élections locales de 2009.

Electeurs et candidats délaissent les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux aussi, “le désintérêt pour la campagne de presque deux semaines était net”, a écrit le journal Público. L'article de Hugo Torres souligne “la dangereuse indifférence politique” des électeurs, le fait que les “candidats n'ont pas su utiliser Facebook pour augmenter l'intérêt des électeurs”, avant d'ajouter que “l'absence de débats télévisés a pu être le principal facteur du silence des internautes”.

Les chaînes de télévision avaient choisi de ne pas fournir de couverture de la campagne électorale à cause de leur interprétation d'une instruction de la Commission électorale nationale (CNE), disposant que tous les candidats, quel que soit leur pouvoir ou influence, doivent recevoir un traitement égal de la part des médias.

La CNE a aussi imposé des limites à la propagande, y compris sur les médias sociaux, qu'elle émane de candidats ou de citoyens ordinaires, sous peine d'une amende ou de jusqu'à six mois de prison :

No dia e na véspera da eleição autárquica é proibido fazer propaganda, independentemente do meio utilizado, conforme prevê o artigo 177.º da Lei Eleitoral.

Le jour et la veille des élections locales, il est interdit de faire de la propagande, quel que soit le moyen utilisé, conformément à l'article 177 de la loi électorale [qui date d'avant l'ère des médias sociaux en ligne].

Spoilt vote shared on Twitter by Manuel Portela (@ManuelP264)

Bulletin nul partagé sur Twitter par Manuel Portela (@ManuelP264). L'électeur a inscrit le nom d'un footballeur et son équipe.

Ce qui explique peut-être que le jour du scrutin, sur Twitter, le mot-dièse #autárquicas2013 (élections locales 2013) n'est apparu en tendance que lorsque les résultats ont commencé à sortir. Ce qui n'a pas empêché des utilisateurs, indifférents au résultat de l'élection, de critiquer l'utilisation du mot-dièse.

D'autres sont allés sur Facebook pour discuter de la validité du système politique, comme l'économiste Vitor Lima :

O problema aqui é o sistema e não o governo que dele emana. Alguma coisa estava em vias de mudar com estas autárquicas? Creio que não. E por isso não votar ou votar branco/nulo é uma das escassas possibilidades de nos manifestarmos contra o sistema e a classe política, TODA ela unidinha na manutenção do sistema.

Le système est le problème, et non le gouvernement qui en émane. Ces élections locales allaient-elles changer quelque chose ? Je ne le crois pas. Et c'est pourquoi ne pas voter ou voter blanc/nul fait partie des possibilités limitées de nous manifester contre le système et la classe politique, TOUTE unie dans le maintien du système.

Gagnants et perdants

Il est indéniable que le PSD sortant a obtenu ses pires résultats en 20 ans aux élections locales, mais il l'est tout autant que le parti socialiste (PS), principal parti d'opposition, a perdu plusieurs de ses plus importantes municipalités, comme Braga, Matosinhos, Évora et Beja.

Rappelons qu'il y a eu un nombre record de 80 candidats indépendants. Treize d'entre eux ont été élus, mais un grand nombre étaient précédemment associés à un des partis ou étaient déjà maires par le passé. Le cas le plus en vue est celui de Rui Moreira, qui a emporté le district de Porto, deuxième ville du pays. Il était soutenu par le Parti populaire (CDS-PP), un des partis de l'actuelle coalition de gouvernement, et dont les candidats ont été élus dans certaines municipalités du nord (généralement plus conservateur), un à Madère où l'électorat vote traditionnellement pour le PSD, et un autre dans les Açores.

Intéressantes aussi, quelques victoires importantes de la coalition CDU composée du parti communiste portugais et des Verts, dont l'opposition ouverte aux mesures d'austérité était au centre de leur campagne. La coalition a réussi à regagner des villes importantes du sud du pays, comme Évora et Beja, perdue au profit du PS aux élections de 2009.

De l'abstention à l'euro-scepticisme

Ces élections locales étaient les premières depuis le plan de sauvetage de 78 milliards d'euros et l'arrivée au Portugal de la “troïka”, composée du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la Commission Européenne*. Les résultats de ces élections sont une claire démonstration du refus par la population portugaise de l'attitude des partis politiques, et particulièrement de ceux qui sont favorables au plan de sauvetage et à l'austérité.

Les hauts fonctionnaires de l'UE et du FMI examinent la réalisation des objectifs fixés et réclament encore plus de réductions ; on parle de la nécessité d'un nouveau sauvetage. Ce qui prolongerait une récession qui dure déjà deux ans et demie et a causé une augmentation du chômage qui atteint un record officiel de plus de 17%.  Le taux dépasse 27% si on compte ceux qui ne sont pas inscrits dans les agences pour l'emploi, ce qu'on appelle le chiffre réel du chômage. Le chômage des jeunes, selon les dernières données, dépasse déjà 42%.

Les élections au Parlement européen de mai 2014 seront très probablement le test le plus important de participation électorale des citoyens. Ce sont traditionnellement les élections à la participation la plus faible. En 2009, le taux d'abstention était de 63,22%, signe non seulement de désaffection pour le système des partis, mais aussi d'un gênant euroscepticisme.

*Mise à jour : dans une précédente version de ce post, l'Union Européenne, au lieu de la Commission Européenne, était mentionnée de façon erronée comme composante de la ‘Troïka’.

1 commentaire

  • […] pourquoi leur métier est le plus méprisé d’après les sondages d’opinion dans de très nombreux pays. Et comment ils vivent coupés de leurs électeurs, les chances d’une réflexion sur leur rôle […]

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