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ANA TELE : une école de langue tatare en ligne

Скриншот стартовой страницы проекта "АНА ТЕЛЕ"

Capture d'écran de la page d'accueil du site Ana Tele.

[Billet d'origine publié en russe le 16 août 2016] Comme on le sait, la Russie est un pays multinational. En accord avec l'article 68 de la Constitution de la Fédération de Russie, la langue officielle sur le territoire fédéral est le russe. Conformément à l'article 2 de cette même constitution, les républiques de la Fédération sont en droit d'établir leur propre langue nationale. Ce qui, malheureusement, ne veut pas dire que tous les représentants de nombreux peuples de Russie parlent couramment leur langue natale.

Dans leur ouvrage «Comment et pourquoi préserver les langues des peuples de Russie», les chercheurs К. Zamiatine, А. Passanen et Y. Saarikivi notent que la situation des langues nationales en Russie, sans être catastrophique, n'est pas particulièrement rassurante. En effet, la théorie et la pratique ne coïncident pas toujours. Dans les faits, seuls quelques rares entités parmi les 83 sujets de la Fédération de Russie proposent un enseignement dans leur langue nationale. Dans ces «écoles nationales», les cours sont souvent dispensés en russe, la langue locale étant circonscrite au cours où elle est étudiée. Il n'est donc pas possible d'acquérir à l'école les compétences permettant de débattre de sujets d'actualité dans cette langue, ni de s'entraîner à l'utiliser à l'écrit. L'enseignement des langues minoritaires n'a droit, le plus souvent, qu'à quelques heures dans la semaine, souvent facultatives et reléguées à la fin de la journée de cours. Si la langue n'est pas pratiquée à la maison, ce n'est pas avec un tel enseignement qu'on l'empêchera de disparaître. Quant à recevoir une formation professionnelle dans une langue minoritaire, c'est pratiquement impossible — à l'exception de la formation des professeurs qui se destinent à enseigner cette langue.

Cependant, comme le notent les auteurs du livre, il existe quelques régions où la situation de l'enseignement des langues minoritaires est notablement meilleure que dans le reste du pays. Dans les républiques du Tatarstan et de Bachkirie, on peut suivre une scolarité dans la langue locale (respectivement le tatare et le bachkir) et même, dans certains établissements, dans la langue d'autres minorités telles que Maris et Ourdmoutes. Ce qui n’empêche pas que même là où un enseignement scolaire est disponible dans d'autres langues que le russe, de nombreux écoliers issus des minorités nationales fréquentent une école où les cours se font en langue russe.

Poupée en costume national tatare. Illustration fournie par le site russiandolls.ru.

Il faut rappeler qu'une part significative des peuples de Russie vit hors de son territoire national. Il n'y a alors aucune possibilité d'apprendre sa langue maternelle, même en tant qu'objet d'étude. Dans certains cas, c'est une écrasante majorité qui réside en dehors de la République dont elle a la nationalité : 60% des Tatares et des Mordves, par exemple.

Si l'on se fie aux données de 2010 sur le recensement de la population dans toute la Russie, il est clair que l'appartenance à une nationalité ne signifie pas toujours que l'on en possède la langue. La langue tatare est la deuxième en termes de répartition dans la Fédération de Russie, elle est maîtrisée par 6% du nombre total de Russes possédant d'autres langues, et elle arrive en troisième position après le russe (99%) et l'anglais (5%). Dans toute la Russie, les Tatares sont en moyenne 68,5% à parler leur langue maternelle, sachant que la connaissance de la langue est très variable selon les régions du pays. En tête, les sujets (régions administratives) du District fédéral de la Volga : Tatarstan, République de Tchouvachie, oblast de Penza, Mordovie, République des Maris, oblast de Nijni-Novgorod, oblast d'Astrakhan. La maîtrise de la langue tatare y est supérieure à la moyenne pour la population tatare, et atteint presque 93% au Tatarstan. Ceux qui connaissent le plus mal leur langue nationale sont les Tatares qui vivent dans le District fédéral d'Extrême-Orient (kraï de l'Amour, région autonome juive, kraïs du Kamtchatka et du Primorié, oblast de Sakhaline), au nord (région autonome de Nénétsie) et dans les régions occidentales (oblast de Kaliningrad). Bon dernier, le kraï de Khabarovsk, où seuls 23% des Tatares maîtrisent la langue tatare.

Si la langue nationale est parlée en famille, c'est plus simple, car elle sera ainsi apprise dès l'enfance de façon naturelle. Mais comment faire quand la langue maternelle n'a jamais été apprise et qu'on veut l'acquérir à l'âge adulte ?

C'est justement à ces personnes-là que s'adresse le projet évoqué dans ce billet, un projet mis au point par l'école de langue anglaise EF English First et le ministère de l’Éducation et de la Science de la République du Tatarstan : l'école en ligne de langue tatare «АNA TELE» (tatare «langue maternelle»), qui a ouvert en février 2013. L'école a été fondée à la demande du président du Tatarstan R. N. Minnikhanov après les nombreuses réclamations d'habitants du Tatarstan, d'autres régions ou de personnes résidant à l'étranger.

L'école «ANA TELE» ne ressemble pas aux écoles traditionnelles avec tableau noir, pupitres et manuels scolaires. Évidemment, l'apprentissage d'une langue ne se conçoit pas sans exercices (il y en 3.000 au programme), mais «ANA TELE», c'est aussi 54 vidéos, 10.000 enregistrements audio et 5.000 photos. Chaque cours commence par une leçon en vidéo et se termine par un exercice en rapport avec celle-ci, ce qui permet de fixer les notions apprises – et d'éviter l'exercice supplémentaire du vocabulaire à écrire et à apprendre. Sont aussi prévus des cours de conversation avec l'enseignant, une option que l'école elle-même signale aux étudiants (par téléphone ou par mail). A noter aussi la qualité de l'équipement technique: pas un seul problème technique en plusieurs mois. Sans parler de confort d'utilisation : on peut pratiquer n'importe où et n'importe quand, il suffit d'avoir accès à internet.

D'ailleurs, le succès du projet dépasse les frontières russes:

Cher Roustam Nourgaliévitch ! Un grand merci à vous pour le programme “ANA TELE” ! J'apprends le tatare depuis l'Amérique, et cela m'est très utile.

Depuis que le projet existe, plus de 30.000 personnes en ont bénéficié. L'école accueille chaque année 10.000 nouveaux utilisateurs. Rejoignez-nous vous aussi! Рәхим итегез! (Bienvenue!)

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