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Pakistan : Une trêve avec les Talibans en échange de la Charia

Une guerre civile se déroule dans le district de Swat, dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest au Pakistan depuis plus de six mois entre l'armée pakistanaise et des groupes armés proches des Talibans qui opèrent dans cette région. Des centaines de personnes ont été tuées et des milliers de civils ont été déplacés à cause des combats en cours. Les groupes radicaux islamistes ont fermé toutes les écoles pour filles, interdit la présence des femmes sur les marchés, coupé les connexions des télécommunications, etc, en prétendant que c'est contraire à l'Islam.

Le gouvernement du Pakistan a signé le 16 février 2009 une trêve [en anglais] avec Maulana Sufi Mohammed du Tehreek-e-Nafaz-e-Shariat-e-Mohammadi [en anglais] (TNSM, Mouvement pour Mise en place de la Loi Islamique) en échange de l'instauration du Nizam-e-Adl , une législation islamique basée sur la Charia, en remplacement des lois actuelles [d'inspiration britannique], dans le district du Malakand de la Province de la Frontière du Nord-Ouest. Ces groupes armés du Swat soutenant les Talibans ont proclamé [en anglais] un cessez-le-feu de 10 jours, à la suite de négociations avec le gouvernement provincial, et affirmé que l'accord était imminent.

Chowrangi écrit a ce propos ce billet [en anglais], intitulé “Pourquoi la Restauration de la Charia n'est pas une Victoire des Talibans” :

Alors qu'elle est fêtée au Malakand et au Swat, les médias occidentaux ont fait part de leur inquiétude quant à la mise en place de la “Loi Islamique” dans la région, la considérant comme une victoire des Talibans, et une défaite pour le Gouvernement pakistanais.

Afin de corriger cette vision erronée, nous devons tout d'abord nous pencher sur les origines de la demande de l'instauration de la Charia. En 1969, les états de Swat, Dir et Chitral ont officiellement rejoint le Pakistan, et été annexés dans un district appelé Malakand, avec Saidu Sharif (dans le Swat) comme chef-lieu. Historiquement, les habitants de ces états suivaient leur propre système tribal de justice, connu précédemment sous le nom de Rewaj (Droit Coutumier) et plus tard comme Charia.

Après avoir été rattachés au Pakistan, les habitants du Malakand ont dû faire face au système judiciaire du Pakistan, basé sur le droit britannique, rempli de procédures complexes, qui sont lentes, coûteuses et sujettes à la corruption. Ils ont rapidement commencé à demander à revenir à leur système juridique précédent, indépendant. Le gouvernement pakistanais a refusé.

Cette insatisfaction a provoqué le développement du mouvement du TSNM de Maulana Sufi Mohammad en 1994. Plus tard, son beau-fils Maulana Fazlullah s'est séparé du mouvement et a commencé la lutte armée. [..]

Pour leurs débuts à la tête du gouvernement provincial, les dirigeants de l’ANP [en anglais] ont agi avec un bon sens diplomatique et politique, en relâchant d'abord Sufi Mohammad et en soutenant les éléments modérés de la région. À présent, en satisfaisant l'opinion publique, ils se positionnent pour isoler les éléments “Talibans” du Malakand, qui ont perdu leur soutien populaire.

On peut espérer que le Swat connaîtra à nouveau la paix.

Manan Ahmed, explique sur Chapati Mystery [en anglais] que ceci n'est pas une nouveauté, dans la mesure où des accords du même type ont déjà été conclus auparavant :

Il y a une histoire, 1994, 1999, 2007, des tentatives d'instaurer le Shari-Nizam-e-Adl (Ordre Judiciaire Islamique) dans le Swat. On peut consulter mon billet précédent sur le Swat pour comprendre cette histoire.

Sultan-i-Rome dresse le tableau de la situation réelle du Swat dans un rapport [au format PDF, en anglais] publié par l’Institut d'Études sur la Paix et les Conflits [en anglais] :

Le Swat est à la croisée des chemins. Si les deux camps restent intransigeants et refusent de bouger de leurs attitudes et précautions affichées, ce sera vraisemblablement la ruine pour le Swat et ses habitants… Si le problème n'était pas réglé par des négociations, le sort du Swat pourrait être plus terrible que celui de l'Iraq.

Jauhar Ismail, sur All Things Pakistan [en anglais], ne sait pas si cet accord au Swat est une bonne ou une mauvaise chose :

À mon avis, le diable est vraiment dans les détails et dans la mise en place de cet accord. Mon impression à ce sujet est partagée. Il est difficile d'imaginer que la situation au Swat puisse être contrôlée seulement par des moyens militaires ; il doit y avoir une dimension politique.

The Acorn considère [en anglais] cet accord comme une capitulation :

Les tentatives de donner une explication satisfaisante à cette capitulation en la présentant comme comme un repli tactique sont des foutaises. À moins d'une transformation radicale des institutions militaires pakistanaises, il est improbable que le gouvernement soit un jour capable de récupérer les territoires perdus.

CHUP – Changing up Pakistan présente [en anglais] d'autres réactions à cet accord.

Ce même blog met également en lumière [en anglais] l'opinion de Ahsan Mirza, étudiant à Toronto, qui parle des problèmes humains derrière ce conflit :

Le cessez-le-feu est une tentative pleine de désespoir et sans issue de la part du gouvernement pakistanais pour restaurer la paix dans la vallée.

En janvier, BBC News a publié régulièrement le “Journal d'une Collégienne Pakistanaise” [en anglais], dans lequelle une jeune fille du niveau 5e du Swat a écrit ses réflexions alors que les Talibans annonçaient et mettaient en place l'interdiction de la scolarisation des filles dans cette Vallée. Lire ce témoignange ferait pleurer n'importe qui. Que deviendront ces écoles sous la nouvelle législation ? Pour moi, la fermeture de ces écoles pour filles est symptomatique de ce qui se passera sous un tel régime extrémiste.

Yasser Latif Hamdani, sur Pak Tea House, souligne [en anglais] les contradictions pakistanaises :

L'imposition d'une interprétation sélective et rétrograde de l'Islam comme système parallèle à la constitution et au système juridique du pays dans toute partie du pays est contraire à l'idée même du Pakistan en tant qu'état éclairé et moderne, comme l'envisageait son père fondateur. C'est une rupture avec la conscience nationale musulmane libérale, qui a conduit finalement à la création du Pakistan, et qui s'est construite sur les deux piliers jumeaux de la modernité et de la libération des femmes.

Faisal K., sur Deadpan Thoughts, considère [en anglais] que cette paix a un coût énorme: :

Ainsi donc, pour faire court, le gouvernement du Pakistan a abandonné le Swat aux loups, et nos respectés politiciens sont plus que contents de chanter victoire à propos des vies sauvées et ainsi de suite, insistant lourdement sur la longue marche sans objectif indentifiable de leur char.

CHUP -Changing Up Pakistan commente une toute dernière information [en anglais], celle du meurtre d'un journaliste de GEO News, Mosa Khankhel, tué dans la ville de Matta Town dans la Vallée du Swat le 18 février 2009 après avoir couvert une marche pacifique conduite par le dirigeant du TNSM, Maulana Sufi Mohammed :

L'assassinat horrible de Mosa Khankel de GEO aujourd'hui est une indication de mauvais augure que l'accord de paix ne mettra pas fin miraculeusement à la violence au Swat.

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