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Egypte : le projet “Explorer les tabous” autour des Mutilations Génitales Féminines

[Liens en anglais et en arabe] Le blogueur Ahmad Awadalla organise régulièrement des ateliers de formation à l’éducation sexuelle en Égypte, et utilise également son blog pour partager ses expériences dans ce domaine. En tant que membre du projet“Exploring Taboos”, Ahmad Awadalla enrichit régulièrement de ces expériences son blog A Rebel with a Cause, où il a publié des articles sur des débats entre ses élèves et lui autour des Mutilations Génitales Féminines (MGF). Il cite une étude récemment menée sur ce sujet en Égypte, qui « examine cette pratique ignoble, et rassemble des opinions diverses sur le sujet, tant celles des hommes que des femmes ».

En organisant de tels séminaires de formation sur l’éducation à la sexualité, il prend de nombreuses précautions vis-à-vis des participants, car « ces jeunes gens sont appelés à débattre publiquement des questions liées à la sexualité pour la première fois de leurs vies (bien sûr, dans un cadre sanitaire !).

L’une des techniques utilisées par Ahmad Awadalla est une sorte de jeu de partage d’informations, au cours duquel des phrases (affirmatives) sont préparées à l’avance et divisées en 2 parties. Chaque apprenant reçoit une partie de chaque phrase et se doit de retrouver l’autre partie qui la complète et lui donne un sens. Ahmad Awadalla écrit d’ailleurs :

Une des phrases disait : « Les Mutilations Génitales Féminines (MGF) peuvent engendrer des écoulements de sang, l’infertilité et la perte de la libido (berood ginsi) ». Une fois que chacun a trouvé le bout de phrase complétant le morceau qu’il/elle avait, j’ai demandé à chacun d’entre eux de lire la phrase à haute voix. L’une des filles a lu la phrase à haute voix et, juste après, secoua la tête et déclara : « je ne suis pas convaincue, comment cela peut-il être possible ? ».

Je me suis mis à lui expliquer que les conditions (dans lesquelles les MGF étaient pratiquées) et les méthodes employées lors de telles opérations pouvaient être fatales. Je lui ai également expliqué le rôle du clitoris dans le corps humain, et comment le fait de le couper entraîne la perte du désir sexuel chez la femme.

« Mais ne serait-ce pas une bonne chose (la perte du désir sexuel) pour les femmes ? », s’exclama la jeune fille. J’ai été surpris de devoir être honnête. Bien que j’aurais dû m’y attendre, j’avoue que ça me surprend tout le temps, en particulier lorsque ce genre de commentaire est tenu par une femme. Je crois que la raison est qu’elle n’est probablement pas encore sexuellement active, et d’un côté c’est bien, car étant désormais sensibilisée, elle ne fera pas subir à ses enfants cette horrible pratique !

Ahmad Awadalla a consacré deux blogs aux MGF, qui contiennent des statistiques d’une recherche sur la démographie et la santé menée en Égypte en 2008. Elles dévoilent que la prévalence de cette pratique chez les femmes âgées entre 15 et 49 ans est de 91%. Il découvre facilement certaines des raisons qui justifient la « popularité » de cette pratique/coutume, et certaines des idées reçues, telles que dévoilées par les participants à cet atelier de formation.

Certaines personnes pensent que, si le clitoris n’est pas coupé, il finira par grossir au point de devenir un pénis. D’autres le font juste par respect pour leur coutume. Mais, le plus souvent, elles prétendent le faire dans le but de contrôler les désirs sexuels des jeunes filles et de s’assurer de la fidélité des femmes mariées ; mais aussi d’augmenter les chances pour une jeune fille de se marier et d’être acceptée par son mari !

Il ajoute également ceci sur les idées reçues en vigueur dans la société :

Il est clair que la société ici perçoit le désir sexuel des femmes comme quelque chose de si démoniaque qu’à défaut de l’éliminer carrément, il faudrait au moins le contrôler. Certaines personnes vont même jusqu’à comparer une fille non excisée à un taureau en chaleur, jamais satisfaite par un seul homme ! Les hommes pensent qu’en épousant une femme non excisée, ils ne pourront pas être en mesure de satisfaire ses désirs sexuels.

Enfin, il reconnaît que des campagnes de sensibilisation [en arabe] ont été organisées contre cette pratique,  officiellement bannie par la loi en 2008. Toutefois, l’excision continue d’être pratiquée et est le plus souvent perpétuée par les femmes elles-mêmes. L’étude citée plus haut mentionne d’ailleurs que certaines femmes, les plus âgées en général, sont les principales personnes à encourager cette pratique. Ahmad Awadalla conclut :

Toutefois, ces campagnes sont limitées et nécessitent un bon nombre d’années pour commencer à porter des fruits. Les lois ne suffisent pas, notamment à cause du manque de stratégies d'application de celles-ci ici. La loi seule ne saurait changer les croyances et les habitudes des gens. Il n’est donc pas seulement question ici de faire prendre conscience aux gens mais de changer ces coutumes ancestrales.

Voici une photo de sensibilisation d’Amnesty International contre les MGF.

Noha Atef a contribué à la rédaction de cet article.

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