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Slovaquie : Peut-on comparer les revenus des Roms et ceux de leurs voisins ?

D'après les conseils de politique économique de la Banque Mondiale pour l'intégration des Roms dans la république slovaque [en anglais, .pdf], publiés en juillet 2012, “il y a environ 320.000 personnes ou 72.000 familles [roms] [en Slovaquie] et la croissance annuelle de cette population est estimée à 1,8%, ce qui revient à ce que quelque 1.200 nouvelles familles roms se forment chaque année.”

Cette large communauté en augmentation rapide est pourtant marginalisée, et sa situation est précaire, dans de nombreux cas comparable à celles qu'on trouve en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud :

[…] Chez les Roms 20% seulement des hommes en âge de travailler et 9% pour les femmes ont un emploi, contre respectivement 65% et 52% dans l'ensemble de la population slovaque. Ces pourcentages sont également bas pour les normes de la région, moins de la moitié de ceux de Bulgarie, République Tchèque et Roumanie. En outre, les niveaux de salaires chez les Roms qui ont un emploi sont en moyenne la moitié de ceux que touche la population générale. […]

[…] Les conditions de travail terribles des Roms marginalisés de Slovaquie se traduisent par un fossé inhabituellement large dans le PIB par tête entre Roms et population générale. Dans la population générale slovaque, le PIB moyen par tête est d'à peu près 13.000 Euros par an, ce qui place la Slovaquie parmi les 25% de pays les plus riches au monde. En même temps, le produit moyen par tête des Roms slovaques n'est que de 1.400 Euros par an. En termes de pouvoir d'achat, les niveaux de PIB relevés chez les Roms slovaques sont, une fois encore, équivalent aux niveaux observés dans des pays d'Afrique sub-saharienne et d'Asie du Sud appartenant aux 25% les plus pauvres dans le monde. Une autre image de ce fossé, est que le produit mensuel par tête dans la population générale slovaque est du même ordre de grandeur que le produit annuel par tête chez les Roms slovaques. […]

Les recommandations de la Banque Mondiale paraissent toutes simples. En deux mots, améliorer la situation, et cela ira mieux pour chacun :

[…] L'intégration des Roms est évidemment de l'intérêt économique national de la Slovaquie. Le PNB slovaque serait plus élevé de 3,1 milliards d'Euros si les Roms avaient les mêmes opportunités d'emploi et niveaux de salaires que les non-Roms. […]

Le 7 octobre, le quotidien SME newspaper a publié un graphique [en slovaque] du rapport (en page 14 du document pdf), avec la composition détaillée des revenus de ménages roms et non-roms voisins en Slovaquie :

Comparaison des sources de revenus de ménages voisins, roms et non roms. En bleu : revenus salariaux, rouge : indemnités de chômage, vert : pensions, violets : aide sociale, turquoise : allocations familiales, orange : revenus de travail non salarié. (Source: Recommandation de politique économique pour l'intégration des Roms en République Slovaque, Banque Mondiale.)

Le revenu mensuel d'une famille rom (qui a en moyenne plus d'enfants qu'une famille non-rom) est de 528 € – dont 172€ proviennent des allocations familiales, 132€ de l'aide sociale, 130€ des gains salariaux, 46€ des pensions, 44€ des indemnités de chômage et 4€ d'activités de travail indépendant.

Ses voisins non-roms ont un revenu familial mensuel de 773€, qui consiste en 488€ de salaires (le salaire minimum mensuel en Slovaquie est de 327€), 111€ de pensions, 101€ d'allocations familiales, 52€ d'aide sociale, 18€ d'indemnités de chômage, 1€ de travail non salarié.

La Banque Mondiale recommande entre autres de “maintenir un filet de sécurité solide” pour les individus les plus démunis. D'autre part, le rapport relève que “en République Slovaque, les perceptions que les chômeurs ne sont pas motivés pour trouver du travail sont particulièrement prégnantes, les deux tiers des personnes interrogées affirmant que les chômeurs ne veulent pas travailler. De plus, 40% disent que les prestations sociales rendent les gens paresseux.”

En janvier 2012, Global Voices publiait un texte sur le dilemme “travail ou argent” en Slovaquie [en anglais] : les commentaires d'internautes cités y reflétaient certaines des attitudes et réflexions usuelles sur les questions du chômage et de la protection sociale, tout en offrant un utile aperçu de la raison d'être dans la société slovaque de ces “perceptions” mentionnées dans le rapport de la Banque Mondiale.

Voici une nouvelle série d'opinions d'internautes sur les questions complexes soulevées dans le rapport de la Banque Mondiale, choisies dans le débat généré par l'article de SME du 7 octobre.

mum:

[…] il faut dire que nous qui sommes à la base n'avons aucune idée de combien de millions d'Euros des fonds européens et autres ressources analogues destinés aux Roms les politiciens se sont déjà mis dans leurs propres poches.

ius resistendi et contradicendi:

Que voulez-vous dire par là ? Qu'il faut leur en donner plus [aux Roms chômeurs], ou qu'il faut taxer davantage les familles normales qui travaillent ?

pepo:

Pour être clair, je suis un Tsigane [slovaque : Cigan]. Dans ma vie, Je n'ai pas demandé ni jamais reçu aucune aide financière. […] Toute ma vie j'ai eu à faire au moins deux fois plus d'efforts qu'un membre de la majorité.

KAROL:

Les chiffres disent que si on travaille on a 250 Euros de plus que si on ne travaille pas – ça n'est pas très motivant.

dagupan:

Donc, pour passer 320 heures par mois au travail ensemble (deux personnes qui travaillent) notre Etat donne un supplément de 240€ [la différence entre les revenus familiaux de Roms et non-Roms]. Ce qui fait, autant que je sache, 6 Euros par jour par travailleur. […] Pourquoi les asociaux iraient travailler dans ces conditions ? Il faudrait être idiot.

julius:

Il faut aussi tenir compte des charges, pas seulement des rentrées.
Loyer = 0, eau = 0, chauffage = 0, électricité = 0, gaz = 0, transports = 0, enlèvement des ordures = 0, impôts locaux = 0
J'en déduis qu'une famille slovaque moyenne a beaucoup moins d'argent pour la nourriture, l'habillement, l'hygiène etc… qu'une famille Rom moyenne. Et pourtant il leur faut travailler pour ça.

TimmyA:

C'est un raisonnement complètement faussé. Ce réseau de ‘secours’ est la cause de ce que beaucoup de femmes Rom douées ne reçoivent aucune chance d'étudier. Dès que la fille atteint ses 15 ans, papa décide qu'il faut rapporter et la fille est contrainte à procréer pour obtenir des allocations familiales.

Ma mère a enseigné toute sa vie et racontait qu'elle a eu quantité de filles Roms douées, mais quand elles arrivaient à l'âge de procréer, la famille les forçait, au lieu d'aller au lycée, à atterrir en congé de maternité. Soutenir quelque chose de la sorte est totalement contre-productif.

MilankoWww:

Statistique et préjugés racistes ont un fondement commun. Quand on dit “ils ont un revenu plus grand de par leurs enfants que du travail” – c'est supposé être les chiffres qui aident à comprendre le problème. Quand on dit “ils vivent de l'aide de l'Etat et des prestations sociales” – c'est du racisme et ne devrait pas en être, car cela ne prend pas en compte les individus.

2 commentaires

  • On se demande au final si les Roms sont-ils les bienvenues en Slovaquie ou non?

  • Non mais franchement, pourquoi taxer d’avantage des ménages ayant de tels revenus? Je trouve que dans ce cas, l’Etat abuse d’un côté. Il faudrait maintenir le taux de l’impôt à son niveau actuel et faire avec la somme qui est perçue. Ces familles font bien avec les petits revenus qu’ils ont alors l’Etat peut très bien se débrouiller lui aussi.

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