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Edward Snowden : lanceur d’alerte, fugitif, espion et cætera

Edward Snowden – qui a révélé l’existence de programmes de surveillance de l’agence américaine NSA – a déclenché une discorde médiatique et populaire. Traitre, héros, fugitif, espion ? Quels mots employer pour désigner ses actes ?

Si le jeudi 6 juin 2013, lorsque Glenn Greenwald publie son article concernant les écoutes de la NSA, l’opinion se concentre sur l’information [fr] en elle-même, le sujet de conversation dévie rapidement lorsque le lundi 10 juin 2013, le journal révèle l’identité de sa source. L’homme dépasse alors les données révélées, et Edward Snowden devient un élément du débat [en].

Le dimanche 23 juin 2013, en quittant Hong Kong [fr] pour Moscou, le lanceur d’alerte excite les foules : il devient un fugitif pour certains, un espion pour d’autres. Il fuirait le mandat d’arrêt émis deux jours plus tôt par les Etats-Unis, et contribuerait à livrer des informations à la Russie.

Nombreux se posent la question, comme ici le journaliste Blake Houndshell :

@blakehounshell: OK @ggreenwald and @attackerman is Edward Snowden still a ‘whistleblower'?

@blakehounshell : Alors @ggreenwald et @attackerman Edward Snowden est-il toujours un ‘lanceur d'alerte’ ?
Edward Snowden. Capture d'écran de la vidéo de son entretien via

Edward Snowden:  Capture d'écran de la vidéo de son entretien par Laura Poitras

Devant l’absence d’une définition officielle, chacun – journalistes inclus – désigne les actes d’Edward Snowden de manière subjective. Il n’est pas uniquement l’homme qui a dévoilé un système de surveillance, il est également celui qui met tout individu face à son rôle de citoyen. La vie de Snowden devient alors son propre message.

Lancer l’alerte : un acte moral, non-institutionnel

Etre lanceur d’alerte – ou ‘whistleblower’, terme inventé par Ralph Nader dans les années 70 pour contourner un vocabulaire à connotation négative : « taupe », « informateur », « balance », etc. – c’est être témoin de méfaits gouvernementaux et prendre la décision d’en alerter le public.

En témoigne Edward Snowden dans une session de questions-réponses avec le quotidien britannique Guardian [en] :

It was seeing a continuing litany of lies from senior officials to Congress – and therefore the American people – and the realization that that Congress, specifically the Gang of Eight, wholly supported the lies that compelled me to act. Seeing someone in the position of James Clapper – the Director of National Intelligence – baldly lying to the public without repercussion is the evidence of a subverted democracy. The consent of the governed is not consent if it is not informed.

C'était de voir une continuelle litanie de mensonges des officiels devant le Congrès – et donc le peuple américain – et de réaliser que ce Congrès, particulièrement le Gang des Huit, soutenait entièrement ces mensonges qui m'a forcé à agir. Voir quelqu'un de la position de James Clapper – le Directeur de la National Intelligence – mentir sans détours au public sans répercussion est la preuve d'une démocratie subvertie. Le consentement des gouvernés n'en est pas un s'il n'est pas informé.

Dans cette perspective citoyenne, l’auteur et expert en cryptographie Bruce Schneier argumente sur son blog [en] en faveur des lanceurs d’alerte :

Whistle-blowing is the moral response to immoral activity by those in power. What's important here are government programs and methods, not data about individuals. I understand I am asking for people to engage in illegal and dangerous behavior.

Lancer l'alerte est une réponse morale à une activité immorale par ceux qui sont au pouvoir. Ce qui est important ici ce sont les programmes et les méthodes du gouvernement, pas les données des individus. Je suis conscient que je demande aux gens d'avoir un comportement illégal et dangereux.

Le lanceur d’alerte se met en porte-à-faux vis-à-vis d’une institution de pouvoir. Il s’extrait d’un système qu’il estime injuste et le désigne comme tel. Cet acte en lui-même est un message : il rappelle qu’un système démocratique de gouvernement n’est pas le fait d’un groupe de personnes restreint mais de toute la population. Il rappelle que chacun a son rôle à jouer.

Edward Snowden explique [en] avoir agi selon sa conscience :

Citizens with a conscience are not going to ignore wrong-doing simply because they'll be destroyed for it: the conscience forbids it.

Les citoyens avec une conscience ne vont pas ignorer un méfait simplement parce que cela les détruirait : la conscience l'interdit.

 

Recevoir l’alerte

Le lanceur d’alerte est défini dans sa relation avec le public. Il lui faut un auditoire dont le rôle est d’appréhender l’information. Un auditoire qui réagit selon ses propres perspectives et se pose en juge.

D'abord, intérêt est porté aux données révélées. Celles-ci appellent un type d'expertise et un travail de médiation de la part de journalistes qui jugent de la validité des informations. Cette même perspective motive l'attention des gouvernements. En accusant Edward Snowden d’espionnage [en], les Etats-Unis invalident ce message que questionnent les pays impliqués. Le Nouvel Observateur cite un responsable européen :

Si c'est vrai que les Américains ont espionné leurs alliés, il y a aura des dégâts politiques. Cela dépasse de loin les besoins de sécurité nationale. C'est une rupture de confiance et on est parti pour quelque chose de très sérieux.

Ensuite, l'intérêt se tourne vers le messager et ses efforts déployés pour divulguer les données. Ce que dit Edward Snowden naît également de sa démarche. Pourquoi a-t-il révélé ces informations-là ? Pourquoi agit-il dans l'illégalité ? Fuit-il ? Où ? Pourquoi le soupçonner d'espionnage ?

Ces questions contribuent à l'éducation de l'attention citoyenne. Ce que révèle le « fuiteur » ne se limite pas aux données libérées : sa démarche et la manière dont le public receveur le désignent fait partie de l’alerte.

Dans une tirade sur l'espionnage normalisé d'Internet, Jacques Gaillard écrit sur Bakchich [fr] :

Mais l’abolition de nos jardins secrets est de nature à modifier à terme notre conscience de nous-mêmes, exactement comme un nouvel homme a surgi lorsque les miroirs ont été capables, enfin, de renvoyer une image très fidèle de notre visage (et même de notre nuque, si on a deux miroirs).

Je ne vois qu’une solution pour déjouer les pièges cumulés du business et de la National Security Agency : fabriquez-vous un « faux moi » sur les réseaux a-sociaux, faites des fautes d’orthographe pour laisser croire que vous êtes inculte et pauvre, exhibez des goûts de chiotte et inscrivez des morts au nombre de vos followers.

 

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