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Corruption : la nouvelle guerre d’Ukraine ?

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L'une des plus grandes manifestations de l'Union pro-européens en dehors de Kiev ont eu lieu au monument Taras Shevchenko à Lviv via Helgi CC-BY-30

Après un conflit meurtrier à l'Est (dont le dénouement n'est toujours pas joué), l'Ukraine continue sa descente aux enfers dans un style plus feutré, mais non moins destructeur. En effet, un règlement de comptes général fait rage depuis le début de l'année 2015, sous couvert d’une chasse à la corruption qui prend souvent les traits d'une lutte sans merci pour le pouvoir. La guerre des oligarques a tous les aspects d'une mauvaise farce qui se joue au détriment d'un peuple ukrainien exsangue.

L'inflexible volonté du « peuple de Maïdan » a été saluée dans tous les pays à l'Ouest de l'Ukraine. Bravant le froid et la sourde répression, les Kiéviens ont obtenu chèrement le départ d'un président Ianoukovitch plus intéressé par le luxe que par le souci de ses concitoyens. Déjà héroïques en 2004 lors de la Révolution Orange, les plus fervents défenseurs de la démocratie sont en passe de vivre une nouvelle déception encore plus cruelle que celle de l'ère Tymoshenko-Iouchtchenko. Etat en voie de décomposition, corruption plus importante que jamais et économie proche du black-out ne laissent rien présager de bon, pour un pays qui n'a déjà que trop souffert depuis son indépendance en 1991.

L'hydre de la corruption

Des premières heures de l'indépendance à aujourd'hui, l'Ukraine a dû affronter le démon de la corruption. Lourd héritage du passé soviétique, incapacité à appréhender l'économie de marché, perte de repères moraux… La corruption s'est nourrie des faiblesses de la société ukrainienne pour en devenir une des composantes principales. Les anticorps de Maïdan ne suffisent visiblement pas et les tentatives isolées qui ont précédé cette page d'Histoire n'ont eu que des effets marginaux malgré toute la bonne volonté des hommes qui ont travaillé à son éradication.

Même sous la présidence du peu fréquentable Viktor Ianoukovitch, certains ont essayé de s’attaquer au monstre de la corruption. Ainsi, le ministre des Revenus Oleksandr Klymenko a fait passer des lois contre ce fléau. Peine perdue. Comme d'autres avant lui, son action sera sanctionnée par ceux qu'il a gênés, la tempête anti-corruption de Maïdan devenant ironiquement le prétexte pour abattre tous les édifices – bons ou mauvais – érigés sous la présidence Ianoukovitch. Obligé d'aller se réfugier en Russie (autre ironie), Klymenko est victime d'une cabale de la part des oligarques qu'il a voulu faire entrer dans le rang. Aujourd'hui, la justice a donné raison à l'ancien ministre, mais l'atmosphère de règlement de comptes a de quoi refroidir les envies de retour.

A quoi joue Porochenko ?

Identifiée depuis bien longtemps comme le problème numéro un d'une société malade, la corruption est depuis plusieurs semaines le nouveau cheval de bataille du président Porochenko. Incapable de gagner une guerre mal engagée contre les pro-Russes, le président et son gouvernement tentent de calmer les esprits en s'attaquant à cette fameuse corruption. Une réussite dans cet âpre combat pourrait presque faire oublier la désintégration des territoires à l'Est du pays. Sauf que les dernières semaines portent un message plutôt négatif dans ce domaine.

En conflit larvé depuis plusieurs mois, Porochenko et l'oligarque Igor Kolomoïski sont désormais en conflit ouvert. Gouverneur de la région de Dnipropetrovsk, frontalière de la région séparatiste prorusse de Donetsk, Kolomoïski est l'homme fort de l'Etat ukrainien dans l'Est du pays. Une force qui s'exprime par la levée d'une armée privée mieux formée et équipée que l'armée régulière et qui combat donc avec une efficacité redoutable contre les pro-Russes. La donne a toutefois changé il a peu, Porochenko obtenant le 24 mars dernier le départ d'un rival devenu encombrant, l’accusant d’utiliser des milices privées pour promouvoir ses intérêts.

La lutte contre la corruption sert ainsi de prétexte parfait pour faire un ménage de printemps. Dans le même ordre d’idée, le 25 mars dernier, les Ukrainiens ont eu la surprise d'assister en direct à la télévision à l'arrestation de deux personnages de l'exécutif. Le directeur du service d'État pour les situations d'urgence, Serguii Botchkovski et son adjoint Vassyl Stoïetski, ont eu la surprise d'être arrêtés par la police en plein Conseil des ministres, alors que les caméras de télévision étaient encore présentes.

Opération de communication préparée avec soin, l'affaire a pour but de montrer à une population de plus en plus mécontente que la lutte contre la corruption est au cœur de l'action gouvernementale. Mais la ficelle est un peu grosse, et derrière les images spectaculaires se cache une guerre plus triviale entre oligarques (Porochenko en est un lui-même). Blasés par ces guéguerres à l'impact économique néfaste, les Ukrainiens n'auront pas forcément la mansuétude de pardonner leurs dirigeants, alors que les conditions de vie plongent dans des abysses sans fond.

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