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Un procès historique pour les femmes au Guatemala

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Au Guatemala, les blessures qu'a laissé le conflit armé interne entre 1982 et 1983 restent vives et leurs porteurs avides de justice. Photo tirée du compte Flickr de Surizar. Sous licence Creative Commons.

Le 1er février dernier s'est ouverte une procédure judiciaire historique au Guatemala. C'est en effet la première fois qu'un procès se tient pour viol et esclavage sexuel dans des conflits armés dans ce pays. Onze femmes du peuple maya-q'eqchi’ cherchent à travers cette action en justice à faire condamner les militaires responsables des violences sexuelles et des traitements inhumains, cruels et dégradants qui ont été commis contre elles lors du conflit armé intérieur entre 1982 et 1983.

D'après Prensa Comunitaria, le rapport de la Commission pour l'éclaircissement historique des violations des droits humains au Guatemala indique qu'au cours de ladite période :

Las mujeres tuvieron que hacer turnos para lavar uniformes y cocinar a los soldados sin remuneración alguna, además sufriendo violaciones sexuales en repetidas ocasiones. Esta violencia sexual fue usada por el ejército como forma de control de cualquier mujer organizada percibida como “enemiga” o “subversiva”, ya que, según los relatos de estas mujeres, muchos de los esposos, hermanos o familiares suyos estaban organizados y luchando por su derecho a la tierra. Se entiende entonces que a las mujeres se les violó para “castigar a los varones” que reclamaron sus derechos y [para] aterrorizar a la población.”

Les femmes devaient se relayer pour laver les uniformes et cuisiner pour les soldats sans rémunération d'aucune sorte, et elles ont en outre subi des viols à de multiples reprises. Cette violence sexuelle a été utilisée par l'armée comme moyen de contrôle de toute femme organisée perçue comme « ennemie » ou « subversive », car selon les témoignages de ces femmes, beaucoup parmi leurs époux, frères ou proches étaient organisés et luttaient pour leur droit à la terre. On comprend alors que les femmes furent violées pour « punir les hommes » qui revendiquaient leurs droits et [pour] terroriser la population.

L'esclavage sexuel et domestique en question s'est déroulé dans les installations d'un détachement militaire situé dans la communauté Sepur Zarco, à El Estor, dans la zone de la Frange transversale du Nord. Les hommes accusés d'avoir dirigé et toléré les abus sont le colonel Esteelmer Francisco Reyes Girón et l'ancien commissaire militaire Heriberto Valdez Asig [N.d.T:  auxiliaire civil de l'armée chargé notamment d'opérer un contrôle strict de la population dans les communautés rurales], qui sont assignés à comparaître pour les crimes de guerre qui leur sont imputés.

Dans le communiqué publié par Mujeres Transformando el Mundo [MTM, Des femmes qui transforment le monde], l'une des organisations plaignantes, on peut lire ce qui suit :

Gracias a la valentía de estas mujeres y del arduo trabajo que por más de seis años, Mujeres Transformando el Mundo ha llevado a cabo a través de un litigio estratégico, estamos hoy ante un caso emblemático de trascendencia internacional, al ser el primer juicio de esta naturaleza que es presentado ante el sistema de justicia interno. Constituirá también un ejemplo para la aplicación de una justicia con enfoque de género que visibilice las desigualdades históricas y el continuum de la violencia patriarcal contra las mujeres específicamente en un contexto como el conflicto armado interno.”

Grâce au courage de ces femmes et au travail de longue haleine qu'a réalisé Mujeres Transformando el Mundo pendant plus de six ans à travers un litige stratégique, nous sommes aujourd'hui devant un cas emblématique avec des répercussions importantes à l'international, car il est le premier procès de ce type examiné par le système judiciaire national. Il servira également d'exemple pour l'application d'une justice avec une approche genrée qui mette en évidence les inégalités historiques et le continuum de la violence patriarcale contre les femmes, en particulier dans un contexte comme celui du conflit armé interne.

Depuis 2009, Mujeres Transformando el Mundo, en partenariat avec l'Union nationale des femmes guatémaltèques (Unamg pour son acronyme en espagnol) et l'Equipe d'études communautaires et d'action psychosociale (Ecap), a constitué l'Alliance pour rompre le silence et l'impunité pour accompagner les femmes guatémaltèques sur leur route vers la justice.

D'après la page Facebook de Juicio Sepur Zarco, les femmes survivantes de Sepur Zarco « restent déterminées à faire aboutir ce procès et obtenir une condamnation. »

Leurs voix vers la fin de la vidéo suivante illustrent leur force et leur persévérance :

[…] No podía decir lo que tenía decir.

Pero hoy estoy contenta porque ya estamos en otro proceso.

Pero ahora, ya no es un camino de miedo para mí.

Es momento de decir y hablar. Que se deje de sufrir todo lo que sufrimos.

Que mis nietas, que otras mujeres ya no sufran lo que nosotras sufrimos.
Hoy me siento contenta de que el juez haya aceptado la verdad que venimos a contar.

[…] Je ne pouvais pas dire ce que je devais dire.

Mais aujourd'hui je suis contente car nous sommes passées à une autre étape.

Mais, à présent, ce n'est plus un chemin de peur pour moi.

Le moment est venu de dire et de parler. Que l'on cesse d'endurer tout ce que nous avons enduré.

Que mes petits-enfants, que d'autres femmes n'endurent plus ce que nous avons enduré.
Aujourd'hui je suis contente que le juge ait accepté la vérité que nous sommes venues raconter.

Nos levantamos. Caminamos y fuimos a buscar la justicia.

Nous nous sommes levées. Nous avons marché et nous sommes allées réclamer justice.

Il ne fait aucun doute que ce procès témoigne de l'immense courage des femmes q'eqchie's. Comme le souligne la journaliste guatémaltèque et militante des droits humains Iduvina Hernández:

[…] A pesar del estigma social, a pesar del dolor y a pesar de la vergüenza, estas mujeres, verdaderas orquídeas de acero, se levantan sobre sus endurecidos pies y alzan el rostro en unidad y con dignidad. Habrán de enfrentar cara a cara a dos de sus verdugos. Serán vencedoras porque la violencia que les propinaron fue incapaz de aniquilarlas. Han estado en unidad, van todas juntas como una, con un solo corazón, van a compartir la comida de la fiesta de la justicia y al final se sentarán detrás de un solo fuego (chire jun chi xam) y detrás de una sola taza a compartir la bebida de la dignidad.”

[…] Malgré le stigmate social, malgré la douleur et malgré la honte, ces femmes, véritables orchidées d'acier, se dressent sur leurs pieds endurcis et lèvent la tête dans l'unité et avec dignité. Elles devront affronter en face à face deux de leurs bourreaux. Elles en sortiront victorieuses car la violence qu'ils leur ont infligée a été incapable de les anéantir. Elles ont été unies, elles sont toutes ensemble comme une, d'un seul cœur, elles vont partager le repas de la fête de la justice et s’assiéront à la fin devant un seul feu (chire jun chi xam) et devant une seule tasse pour partager la boisson de la dignité.

Suivez le déroulement du procès sur ce lien.

Les mises à jour du procès sont également disponibles sur la page Facebook de Juicio Sepur Zarco/Alliance pour rompre le silence et sur le compte Twitter Caso Sepur Zarco.

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