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Cameroun : Yaoundé fait le ménage avant la visite du pape

Le pape Benoît XVI se rend au Cameroun du 17 au 24 mars. Cela a conduit les autorités à prendre des mesures radicales de nettoyage, décrites par le blog de Griet,Thorsten, Jara and Lisa [anglais] :

1 Toutes les échopes, maisons, et étals de vendeurs qui n'ont pas l'air assez jolis sont détruits au bulldozer. L'engin passe, examine votre étal/maison/ou autre, et s'il ne plaît pas au conducteur, il le détruit tout simplement avec tout ce qu'il contient. Tout ça a commencé il y a une semaine au centre-ville. Tout d'un coup, les rues n'abritent plus de marchands ambulants, toutes les échoppes locales à la poste ont disparu, etc… A présent [l'opération] s'étend jusqu'à l'aéroport.
2 La route de l'aéroport a des réverbères flambant neufs. Mais seulement du côté qui mène au centre-ville.
3 Mardi, c'est sûr – pour les autres jours ça reste à confirmer – la route de l'aéroport au centre-ville sera fermée. Nota : le pape arrive dans la soirée, mais il faut que la route soit fermée dès le matin de bonne heure. De ce fait personne ne peut aller au travail ou en revenir, ni à l'école, etc…

Le billet a aussi un lien vers un autre blog, celui d'une famille d'expatriés, Sander Elke en Milan [néerlandais] qui montre des photos de la destruction des échopes au bord des rues à Yaoundé.

Ces démolitions ont suscité un débat entre les blogs de deux expatriés au Cameroun.  Συγκακοπαθησον, un blog [anglais] tenu par un missionnaire américain au Cameroun a écrit sur les transformations de l'aspect de Yaoundé résultant de la visite du pape.

Alors, quel est mon sentiment sur tout ça ? C'est bien que la ville y gagne un lifting – c'est sûr que ça fait paraître tout plus joli, et les grands réverbères rendent la conduite nocturne ou la recherche d'un taxi sur la route principale tellement plus faciles et moins dangereuses – mais c'est bien triste que ce nettoyage doive se faire par la destruction du mode de vie des gens. Malheureusement, ces gens étaient simplement ignorants des «règles», certains délibérément, et ils en subissent maintenant les conséquences. Ce qui est dommage, c'est qu'apparemment les autorités se satisfaisaient de laisser faire (peut-être depuis 10 ans ou même plus), jusqu'à ce qu'il se produise quelque chose d'important, comme la venue du pape. S'ils avaient enlevé ces structures au fur et à mesure de leur apparition, il n'y aurait pas à présent ce genre de destruction des moyens d'existence des gens. Encore une fois, je suppose que la loi reste la loi, même quand elle n'est pas appliquée.

Ce point de vue n'était pas, c'est le moins qu'on puisse dire, partagé par le coopérant d'origine britannique qui blogue sur Our Man in Cameroon. Sa réaction, dans un billet intitulé Missionnaire Impossible a été simple [anglais] :

Les étals de rue font partie du mode de vie ici. Il y en a partout. C'est facile de se borner à dire qu'ils sont illégaux, mais ils peuvent être des structures en dur. De plus, s'ils sont illégaux, j'imagine qu'ils n'ont été autorisés à se maintenir que parce que quelqu'un, quelque part, empoche un bakchich ordinaire de quelques milliers de francs. 
Les gens ici luttent. Vous pouvez être sûr que ces structures ne changent pas souvent de mains, et dans un pays où l'entreprise et l'entreprenariat sont si minimalistes… en voilà une façon de les encourager. Si vous êtes d'accord dans l'ensemble avec ce que j'ai écrit et que vous trouvez comme moi que le point de vue de ce missionnaire est celui d'un ignorant, veuillez laisser un commentaire. Pas ci-après, plutôt sur le blog du missionnaire.

Cependant, les lecteurs ont quand-même commenté cette histoire sur le blog Our Man in Cameroon. Les réactions en sont venues au point que Karis, l'épouse du misionnaire est entrée en lice pour défendre son mari [anglais] :

Houlà ! Je n'aurais jamais cru que mon mari pourrait provoquer autant de remous. Je pense que nous croyons parfois que seuls ceux qui nous connaissent lisent nos blogs, et ceux-là savent comment prendre ce que nous écrivons, au lieu de le réduire en morceaux ligne par ligne sans du tout nous connaître.

Trav, merci pour tes bonnes paroles. Papa A, merci pour l'humour. Tu réussis toujours à me faire sourire. Je voudrais que tous ceux d'entre vous qui ont fait des commentaires ici et sur son blog connaissent mon mari – vous ne seriez pas aussi durs qu'en décortiquant les phrases. Lui et moi avons beaucoup discuté à quel point c'est horrible qu'on enlève aux gens leurs moyens d'existence, tout ça pour une visite de quelques jours du pape. Quand nous étions en ville lundi et que nous avons vu jeter les trucs dans les camions, ça m'a donné la nausée. Plus d'une fois, nous avons dit : «Mais comment les gens vont-ils manger ce soir ? Et demain, et après-demain ?» Ça va même plus loin que ça… Et puis aujourd'hui, je l'ai vu aider les gens à déménager leurs machines à coudre, leurs tables, leurs sacs d'affaires plus loin sur notre route, tandis que les autorités passaient avec le bulldozer. Non, on n'a pas assez mis l'accent dans ce billet sur toutes nos discussions et nos actions, mais bon… ça ne veut pas dire que mon mari est indifférent aux gens d'ici ! Je pourrais peut-être le convaincre d'écrire un autre billet, mais je n'en suis pas sûre, parce qu'il vaut sans doute mieux s'arrêter là, pour ne pas se déchirer à nouveau. Une épouse qui soutient à fond son merveilleux mari n'est guère en mesure de faire changer les esprits.

Les échanges ne se sont pas arrêtés là. Cette visite papale prend des tours inattendus dans la blogosphère…

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