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Zambie : Bloguer en direct sur un procès pour discrimination due au HIV

Priti Patel, avocate pour le projet VIH / sida du Centre de contentieux d'Afrique australe est à Livingstone, en Zambie pour y commenter en direct sur son blog un procès fondamental pour discrimination due au VIH [en Anglais comme tous les blogs cités ; billet d'origine publié le 19 mai 2009]

L'affaire, Kingaipe et autres contre le Procureur général, implique deux anciens employés des Forces Aériennes zambiennes (ZAF), Stainley Kingaipe et Charles Chookole, qui auraient subi à leur insu un dépistage obligatoire du VIH et été licenciés parce que séropositifs. Les deux hommes demandent leur réintégration ainsi que des dommages-intérêts pour dommage mental et émotionnel. Tous deux, ayant été embauchés à 21 ans, ont été employés par les ZAF plus de 13 ans. Ils n'ont jamais eu à combattre lors de leur carrière dans les ZAF. En 2001, ils auraient été soumis à un test VIH sans leur accord ou à leur insu et soumis à un traitement antirétroviral à leur insu.

En octobre 2001, à leur insu ou sans leur collaboration, un conseil de médecins a examiné leurs dossiers et les a déclarés définitivement inaptes au service. Ils ont tous deux continué à travailler aux ZAF durant une année entière après la décision du conseil, exécutant si bien leur tâche que l'un des demandeurs a été promu au cours de cette période. Aucun d'eux n'a pris ne serait-ce qu'un jour de congé-maladie au cours de cette année. En Octobre 2002, ils ont tous deux été licenciés.

Le centre sud-africain des litiges (SALC) est un organisme basé à Johannesburg, en Afrique du Sud, qui travaille sur les droits de l'homme au Malawi, en Zambie, au Botswana, en Namibie, en République démocratique du Congo, au Mozambique et au Zimbabwe. L'organisation s'engage dans des litiges afin de faire progresser les droits de l'homme et fournit une assistance juridique grâce à la formation.

Dans l'un de ses billets depuis Livingstone, en Zambie, Priti écrit : « … J'ai aussi l'espoir de donner aux gens la sensation de ce qui se passe dans une salle d'audience, en particulier dans un procès qui constitue une première, il s'agit plus ici d'une histoire humaine que d'un problème purement légal »,

Je suis arrivée à Livingstone le lundi 18 mai afin de suivre le tout premier procès en Zambie cherchant à déterminer si la discrimination par l'armée pour cause de séroposivité viole la Constitution du pays. L'affaire était censée être entendue le mercredi 20 mai.

Voici donc quelques petites choses à savoir avant les audiences:

* Je pense que le procès durera environ 3 jours. Pendant ce temps, Paul Mulenga, l'avocat passionné des deux anciens salariés, prévoit de faire témoigner, les deux hommes, leurs anciens collègues, un psychologue, un conseiller psycho-social, un expert du VIH, et un médecin.

* Je ne sais pas combien ni qui le bureau du procureur général pense appeler à la barre des témoins.

* D'autres pays de la région, dont la Namibie et plus récemment l'Afrique du Sud, ont rejeté la discrimination pour cause de séroposivité au sein de l'armée car aucune raison médicale ou politique ne justifie une telle pratique.

* Je vais tenter de régulièrement relater ce qui se passe dans la salle d'audience, mais cela dépendra de la connexion Internet à la Haute Cour. Je peux, au moins, vous promettre un compte-rendu quotidien à la fin de chaque journée.

Enfin, comme nous (SALC) sommes une organisation juridique et que je suis moi-même avocate, il y aura des discussions sur des questions juridiques et sur la stratégie de l'affaire. Mais j'ai aussi l'intention de donner aux gens la sensation de ce qui se passe dans une salle d'audience, en particulier dans ce procès qui constitue une première, car il s'agira moins de légalité et plus d'humains et de leur vie.

Dans un autre billet de « pré-couverture du procès », elle écrit :

Donc, le Lusaka Times Online a fait une dépêche sur l'affaire. L'histoire elle-même n'est qu'une mouture différente de notre communiqué de presse, mais les commentaires en rendent la lecture intéressante.

La couverture par Zambia Watchdog (“Chien de garde zambien”) a également généré d'intenses discussions .

Priti Patel a discuté avec Global Voices Online de leur intention commenter en direct / semi-direct sur leur blog (en fonction de la connexion Internet à la Haute Cour de Livingstone) du procès.

Question: Parlons d'abord de l'affaire. Pourquoi est-elle si importante?

Réponse: C'est évidemment une affaire d'intérêt public. Il s'agit du premier cas dans ce pays qui décidera si la Constitution protège les personnes vivant avec le VIH / SIDA contre discrimination et contre les licenciements abusifs. L'autre raison est qu'il est assez clair que le renforcement des droits de l'homme dans la société permet d'atténuer l'effet du VIH / sida. Cette affaire décidera donc des droits garantis par la constitution pour les personnes vivant avec le VIH / SIDA.

Q: Votre organisation est présente dans 10 pays d'Afrique australe. Est-ce la première affaire de ce genre dans la région ?

R: Il y a eu un cas similaire en Namibie. La Namibie avait mis en place une politique de dépistage du VIH lors des sélections d'embauche. L'armée refusait d'embaucher quiconque était séroposif. Le tribunal du travail a annulé cette disposition.

Q: De manière générale, quelle est la situation des droits humains dans la région ?

R: Elle diffère d'un pays à l'autre. Par exemple, vous avez des pays comme la République démocratique du Congo et le Zimbabwe où la situation des droits humains est très mauvaise, et puis vous avez le Botswana, où la situation est bien meilleure. Lorsqu'il s'agit des droits humains relatifs au VIH il ya beaucoup de travail à faire dans toute la région.

Q: Je crois que ce sera la première fois dans la région qu'un procès sera blogué (en direct ou semi-direct). Pourquoi le SALC en a-t-il décidé ainsi?

R: Une des principales raisons est que la plupart des gens ne voient jamais l'intérieur d'une salle d'audience. Ils ne savent pas ce qui se passe lors d'un procès. Nous espérons donc fournir une fenêtre sur ce qui se passe durant un procès. Une autre raison est que certaines de ces affaires ont lieu dans les villes où les grands médias n'y font pas attention. Rendre compte de ce procès permettra également d'aider les gens de la région à en apprendre davantage sur le VIH et les droits de l'homme. Nous n'avons pas l'intention de trop nous concentrer sur les questions juridiques, mais sur les personnes impliquées dans ce procès, sur leurs histoires et leurs expériences qui, je le sais, feront écho à celles de nombreuses autres personnes en Afrique australe.

Q: Est-ce que les blogs sont partie intégrante de la stratégie de communication du SALC?

R: Notre blog existe depuis un certain temps déjà mais ce sera notre première tentative de bloguer régulièrement et d'ainsi faire participer davantage de personnes de la région aux questions relatives aux droits de humains. Nous avons l'intention d'utiliser notre blog comme un espace pour des discussions et des conversations sur des questions juridiques et humaines.

Q: Comment sont les relations entre les médias grand public et des organisations des droits humains dans la région? Est-il facile de faire entendre votre voix à travers les grands médias?

R: Les principaux médias essaient de couvrir les questions de droits de l'homme. Mais, pas de façon pertinente dans de nombreux pays dans lesquels nous sommes présents. C'est pourquoi nous voyons l'opportunité et la nécessité pour les médias alternatifs de couvrir les droits de l'homme. Les outils des médias alternatifs que sont les blogs, twitter et les vidéo blogs vont certainement contribuer à combler le fossé.

Q: Qu'avez-vous d'autre en tête en termes d'utilisation des nouveaux médias en ce qui concerne les informations et les discussions relatives aux droits humains dans la région?

R: Nous réfléchissons actuellement à l'utilisation de Twitter pour, par exemple, informer sur les affaires qui passent en justice dans les différents pays d'Afrique australe, informer sur la décision de la cour, etc. Nous pensons qu'il sera utile d'explorer ces nouvelles formes de communication pour le travail que nous faisons. Je sais que dans ce processus, nous allons encourager les autres organisations à commencer à réfléchir sur le fait de s'impliquer dans les échanges qui se déroulent sur Internet. Nous sommes une petite organisation, et si nous utilisons les nouveaux médias avec succès, d'autres organisations seront motivées et j'espère ainsi que les personnes travaillant sur les droits humains prendront également les nouveaux médias au sérieux.

Q: Existe-t-il, à l'heure actuelle, des espaces en ligne, avec des débats vifs sur les questions de droits de l'homme dans la région ?

R: La plupart des discussions en cours sur ces nouveaux médias concernent la politique et la technologie. Nous espérons fournir un forum pour que les personnes apprennent, discutent, et, à terme, militent pour les droits de l'homme dans leur pays.

Q: Qu'avez-vous appris de votre première expérience de l'utilisation des nouveaux médias lors des procès de Guantanamo ?

R: Cette expérience m'a permis de me rendre compte que le blog peut être un moyen vraiment utile de voir et de suivre un procès sans être physiquement présent dans la salle d'audience.

Q: Enfin, pensez-vous que les nouveaux médias avec leurs outils que sont les blogs, Twitter, les réseaux sociaux etc., vont conduire à des changements sociaux et politiques tangibles dans la région ?

R: Les nouveaux médias sont utiles lorsqu'il s'agit d'informer rapidement avec des ressources limitées, de sensibiliser, de faire prendre conscience, de susciter opinions, commentaires et réactions. En Afrique australe, nous sommes dans la première étape, qui est la sensibilisation en touchant le plus grand nombre. J'espère que nous allons bientôt passer à la deuxième étape, dans laquelle les gens posent ces questions aux décideurs politiques. C'est à ce moment, que nous allons dépasser les discussions et décider de faire quelque chose des informations que nous recevons. Mais cette première étape est très importante car nous avons besoin de savoir ce qui se passe et ce qui ne devrait pas arriver, alors seulement serons-nous en mesure d'agir. Nous n'en sommes pas encore là.

* Suivez le procès sur le blog du SALC.

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