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Chine : “La fondation d'une république”, un film de propagande ou le triomphe du second degré ?

Trois jours seulement après sa sortie dans les cinémas chinois, le film La fondation d'une République avait déjà engrangé 55 millions d'euros de recettes[en anglais]. Naturellement, le film a créé un vif émoi dans la communauté des internautes chinois. Un indice parlant est qu'il détient la première place dans la liste Google Trends de la Chine [en chinois] depuis sa sortie. En moins d'un mois, La fondation d'une République est bien parti pour devenir le film chinois le plus célèbre de tous les temps du cinéma chinois.

Pourquoi  ce film a-t-il tant de succès ? Il ne faut bien sûr pas oublier que 176 acteurs chinois célèbres ont participé, ce qui a presque donné à sa bande-annonce un air de présentation Power Point du cinéma chinois. Le fait qu'un tel casting demeurerait à jamais unique a généré un énorme buzz. Kai Pan de CNReview a commenté [en anglais ] :

Allez, c'est vrai, parce que – croyez-le – les spectateurs s'attendent déjà à ce que le film soit de la propagande. Il sont très conscients des circonstances autour de ce film, et pour eux, la plus grande question est : combien de célébrités peuvent-ils voir et identifier ?

Plusieurs blogueurs ont trouvé une autre raison à ce succès, encore plus simple : que le film n'est pas mal du tout ! Ce n'est pas un de ces  films de propagande nuls, avec lesquels les spectateurs chinois ont été élevés par le passé. A ceux qui s'attendent déjà à ce que le film soit de la propagande, Kai Pan répond :

…J'ai le plaisir d'écrire que si quelques événements ont été dépeints d'une manière notablement biaisée, heureusement, rares — sinon inexistantes — sont les réécritures évidentes ou outrageuses de l'histoire (en excusant la licence dramatique et artistique). En fait, le film a été beaucoup plus bienveillant dans son traitement de Chiang Kai-Shek et des nationalistes du KMT que je ne m'y attendais. (Bien sûr, c'est parce que j'attendais le pire de ce film, et à présent je dois probablement au Parti Communiste Chinois commanditaire de ce film une once de respect pour, disons, ne pas avoir matérialisé mes craintes.) A la différence de tant de films mineurs produits en République Populaire de Chine et de spectacles télévisés situés à l'époque de la guerre civile chinoise, Chiang Kai-Shek et le KMT n'ont pas été ici grossièrement vilipendés. Ils ont été dépeints, à mon avis, plutôt respectueusement, comme des êtres humains aux multiples facettes, avec leur grandeur, leurs taches et leurs erreurs humaines.

Markringo, utilisateur du site IMDB, qui vit probablement hors de Chine, a aussi fait l'éloge du  film d'un point de vue cinématographique [en anglais].

Je pense que Han (le réalisateur) a vraiment été excellent cette fois. Kaige Chan est parfait dans le seigneur de la guerre Feng Yuxiang, Jet Li en héros et Andy Lau en général d'aviation, Jackie Chan en journaliste… quelle sacrée équipe… Le rôle le plus inoubliable à mon sens est Jiang Wen en Mao Renfeng. En réalité, c'est une histoire personnalisée de Han lui-même – le scénario colle à Zhang Guoli et Chen Kun du début à la fin. Le bain de sang de la bande de Shanghai est la scène la plus honnête du film, tout à fait dans le style de Han. Si vous avez vu quelques-uns de ses films, vous ne pourrez que le constater. Il ne s'agit absolument pas, comme l'affirment d'obscurs médias, d'un film de propagande du gouvernement.

Par contre, ce même commentaire souligne un autre facteur du succès du film La Fondation : le soutien assuré de la part de l'état chinois durant les cérémonies du 60ème anniversaire de la République Populaire de Chine [en anglais]:

Normalement, le gouvernement n'investit pas d'argent dans les films commerciaux, et quand il le fait,  le film doit illustrer au moins le niveau le plus haut de qualité de production du pays. John Woo a fait un film dans lequel cinq pigeons s'envolent, alors que Han a fait celui ci, où presque 5000 pigeons s'envolent quand un coup de fusil est tiré, voilà la différence !

La présence de l'État se fait partout sentir, et pas seulement dans le domaine des ressources matérielles ou du soutien financier. Par exemple, les 176 vedettes de cinéma sont toutes, dit-on, “bénévoles”, ce qui veut dire que, comme pour un film de bienfaisance, elles ont toutes décidé de ne recevoir aucun cachet quelle que soit leur participation. Ceci a aidé à limiter le budget à moins de 10 millions de dollars,un exploit stupéfiant aux caractéristiques chinoises avec lequel le reste du monde pourra difficilement rivaliser.

Il n'est pas surprenant alors que le film suive la ligne du parti Communiste, malgré une peinture sincère de l'histoire chinoise et une stratégie marketing très agressive. Kai Pan a affirmé :

Mao Zedong et les communistes sont décidément représentés sans presque aucune faiblesse ou défaut, sauf d'être beaucoup plus pauvres que les nationalistes du KMT. Pendant que Chiang Kai Shek et les Nationalistes sont montrés plusieurs fois se promenant dans des voitures chic et en train de méditer sur la précarité de leur gouvernement dans de grandes villas, Mao et compagnie sont blottis dans des huttes de boue, stockent des bougies et rient parce qu'ils ne peuvent manger du ragoût de viande que deux fois par mois. Bien sûr que cette juxtaposition sert à montrer  Mao et sa bande de joyeux communistes comme des David farouches,bagarreurs, et d'une patience à toute épreuve, qui à la fin ont fini par défaire Goliath.

Le film en lui même n'est pas mauvais, et on peut laisser hors de la discussion pour un moment son odeur forte de  propagande, mais il reste une ironie encore plus grande : si l'histoire de la fondation de la République Populaire de  Chine est une lutte pour la prospérité, l'égalité et la démocratie pour tous, comme la présente le film, quel est alors le résultat ?

Dictée par le sujet même du film, une analyse correcte impliquerait de considérer sérieusement le passé et le présent de la Chine, après quoi, la plupart trouveraient que quelque chose ne va pas. La République Populaire est aujourd'hui encore loin d'être la nation que ses fondateurs ont imaginé. C'est une promesse pas encore réalisée. Il s'agit d'une longue, longue route tortueuses, dont on ne voit pas le bout. Han Han, le célèbre sportif, par ailleurs blogueur, se demande avec son habituelle ironie [en chinois] :

我很怀疑导演是在用反讽的手法来拍摄这部电影。看着那些开国元帅们纵情唱着国际歌,毛泽东说,我们永远要团结。我看到了这部电影成为一部真正的优秀电影的 潜质——那就是它不在1949年结尾,而是以1976年结尾。在1949年的时候,诚挚的人民诚挚的望着诚挚的毛泽东和诚挚的新中国,然而六十年后,人们 依然没有一米自己的土地,大家都是寄生而已。以前我们的旧社会由很多的阶级组成,现在简单了,只有四个阶级,那就是穷人,房奴,富人和富豪。

Je soupçonne le metteur en scène d'utiliser l'ironie dans sa méthode. Prenez pour exemple la partie où les généraux fondateurs chantent à pleine voix l'Internationale, et quand Mao Zedong dit “nous  devrions rester toujours unis”. (A ce moment), j'ai senti le potentiel qu'a ce film pour devenir un vrai classique : si l'histoire ne finissait pas en 1949, mais plutôt en 1976 ! En 1949, les gens soutenaient sincèrement Mao Tsé Toung et la Chine Nouvelle. Malgré cela, 60 ans plus tard, les gens ne sont toujours pas propriétaires d'un seul mètre carré  de leurs terres. Nous ne sommes tous que des locataires. Avant, notre “vieille société” était composée de  nombreuses différentes classes. Maintenant, c'est simple, il y en a seulement quatre : le pauvre, l'esclave de l'immobilier[en anglais], le riche et l’ obscènement riche.

从 另外一方面来讲,建国大业是一部爱情文艺片,它委婉的讲述了穷小子追求富家女的故事,当时的共产党就是穷小子,新中国是待嫁的富家女,国民党是订了婚的情 敌,各民主党派和社会名流是富家女的朋友,穷小子成功的秘诀就是一开始要有理想,谈未来,许承诺,拉拢朋友,乱开空头支票,当然,会打架是排在第一位的。 最终终于成功的娶了新中国。当然婚后的生活就和在座的各位当年花言巧语的男同志们的婚后生活差不多。
你们泡妞时的承诺都做到了吗?

D'un autre côté, La Fondation d'une République est un peu comme une histoire d'amour. Dans une forme artistique, il raconte l'histoire d'un garçon pauvre qui courtise la fille d'une famille riche. Le Parti Communiste est le pauvre jeune, la Nouvelle Chine est la fille qui sera mariée, le KMT est le fiancé officiel de la jeune fille, et tout les autres partis démocratiques et indépendants sont les amis de la jeune fille. Le secret du garçon pour gagner est d'avoir des rêves, de vanter un futur meilleur, de  réseauter sans cesse, et de faire plein de promesses creuses. Bien sûr, ne pas avoir pas peur de se battre est  la chose la plus importante. Finalement, il se marie avec la Nouvelle Chine. Apparemment, la vie après le mariage  n'est pas si différente de votre vie après votre mariage. 

Est-ce que vous avez tenu les promesses que vous aviez faites à votre fiancé(e) ?

Traduction éditée par Suzanne Lehn

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