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La Banque mobile explore les déserts bancaires

D'innombrables millions de personnes à faible revenu et dépourvues de compte en banque sont susceptibles, dans les années qui viennent, de bénéficier du développement des services financiers mobiles, et, qui sait ? de prospérer grâce à eux. Nombreux sont déjà ceux qui effectuent des paiements et des envois de fonds à l'aide de téléphones mobiles, et même déposent et épargnent de l'argent en les utilisant comme banque virtuelle. Et le nombre de gens en Afrique, Amérique Latine et Asie, qui n'ont pas de compte bancaire mais possèdent un téléphone mobile, atteindra 1,7 milliards en 2012, selon une étude récente du CGAP (Groupe Consultatif d'Assistance aux Pauvres) et l'association GSMA (GSMA). [les liens sont en anglais]

On compte de nombreuses success-stories sur les marchés d'Afrique et d'Asie, et beaucoup d'actions pour étendre, reproduire ou lancer des services similaires, mais dans de nombreux cas, la résistance opiniâtre des banques et des régulateurs a ralenti l'évolution. En Inde, par exemple, la Reserve Bank of India s'est opposée à l'autorisation de services financiers sur mobiles (avec un modèle non dirigé par les banques) au motif qu'il serait difficile de contrôler la création de crédit hors du système bancaire. Le Ministère indien de l'Intérieur a renchéri en exprimant ses préoccupations quant à des abus et de possibles implications pour la sécurité.

Il est peu probable que ce genre d'obstacles puissent retarder longtemps les progrès des services de la banque mobile, mais en attendant, il reste de nombreux défis technologiques, logistiques et de sécurité à aplanir pour rendre ces services financiers alternatifs plus intégrateurs pour les exclus du système bancaire. Qui plus est, une autre étude du GAP datant de février sur les deux réseaux de banque mobile au service des pauvres à la croissance la plus rapide – M-PESA au Kenya et GCash aux Philippines – ont révélé que malgré leur rapide expansion, ces opérateurs continuent à avoir du mal à faire des bénéfices ainsi qu'à verser des redevances durables aux petites boutiques et aux intermédiaires qui encaissent des commissions sur les transactions.

M-PESA au Kenya

L'une des success-stories les plus souvent citées de la banque mobile pour les exclus du système bancaire a été M-PESA de Safaricom au Kenya.

Depuis le lancement de M-PESA en 2007, ce service a influé les vies de nombreux Africains de l'Est, dont un nombre significatif restait jusqu'alors privé des services du système bancaire traditionnel. En mars 2009, M-PESA comptait déjà 6,8 millions d'utilisateurs enregistrés au Kenya et ce nombre croît de jour en jour.

Dans la vidéo ci-dessous, John, un chauffeur de taxi de Nairobi et client de M-PESA parle à Paul Lieshman et Seema Desai de la façon dont il utilise ce service et de l'impact qu'il a eu sur sa vie.

Les premiers à adopter M-PESA ont très probablement été des travailleurs migrants en tête d'un canal peu coûteux mais néanmoins fiable pour envoyer de l'argent “à la maison”. Cependant, les avantages de ce service n'ont pas tardé à attirer d'autres utilisateurs, jusqu'alors délaissés par le système bancaire traditionnel. Ce service financier innovant était un canal commode, facile d'accès et plus économique, que le système bancaire ‘distant’, traditionnel qui a échoué à les inclure dans sa sphère.

Explorer des options d'avenir pour les exclus

Partant de l'exemple des Philippines, l’étude CGAP-GSMA d'évaluation du marché de l'argent mobile offre des aperçus supplémentaires des différents besoins de ce segment exclu de la banque. Elle constate :

Les gens qui sont utilisateurs des systèmes de paiement sur mobile ne sont pas tous identiques. Un tiers d'entre eux ne font aucun envoi d'argent au pays, démentant l'image prédominante de ce service. Un groupe non négligeable utilise l'argent mobile tout à fait fréquemment : plus de 4 fois par mois, avec plus de la moitié de leurs transactions allant à autre chose que l'envoi ou la réception d'argent – comme les recharges d'unités téléphoniques ou les achats par porte-monnaie électronique dans les magasins. Etonnamment, 12 % des utilisateurs de moyens de paiement mobiles à faibles revenus ne possèdent pas leur téléphone. Ces derniers représentent des sous-segments de population qu'il vaudrait la peine d'explorer davantage.

Les opérateurs devraient explorer des services autres que les envois de fonds et les recharges d'unités téléphoniques. L'épargne est particulièrement prometteuse car c'est un service fortement demandé. Lorsqu'on leur demande quels services supplémentaires ils seraient susceptibles d'essayer à part le paiement électronique, les utilisateurs à faibles revenus ont cité avec enthousiasme l'épargne (65%). Un utilisateur sur dix d'argent électronique sans compte en banque accumule déjà une moyenne de 31 dollars sur son porte-monnaie mobile, soit un quart des économies du ménage.

Dans leur article d'octobre 2009 “Scénarios pour la banque sans agences en 2020”, Mark Pickens, David Porteous et Sarah Rotman indiquent que les forces qui façonneront l'avenir de la banque sans agences sont les transformations démographiques, le volontarisme des gouvernements, les préoccupations de sécurité, les capacités de navigation sur internet et la crise financière mondiale. Selon leurs conclusions, le câblage de l'infrastructure de paiement électronique au détail est un objectif mondial d'importance, mais qui ne suffira pas à lui seul à réduire la pauvreté.

Katrin Verclas, co-fondatrice et rédactrice en chef de MobileActive.org. – un organe de média citoyen qui suit les évolutions dans ce domaine, a l'impression qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire avant que les transferts d'argent sur les mobiles par la banque mobile bénéficie réellement aux plus pauvres d'entre les pauvres. Dans un billet de blog de 2008, elle écrivait :

Les transactions financières sur mobiles atteignent les plus pauvres d'entre les pauvres dans deux domaines à présent : 1. la micro-finance, où les services financiers sur mobiles sont explorés en tant que moyen de faciliter le transfert instantané de prêts et de remboursements par mobile, et 2. l'aide en espèces (paiements en espèces par mobile) par des pays donateurs et des organisations humanitaires qui apportent des secours dans les zones de famine ou d'après-conflits.

A l'évidence, l'avenir est brillant pour le transfert d'argent par mobiles dans beaucoup de pays en développement et à revenu moyen, mais en étendre le bénéfice aux plus pauvres d'entre les pauvres reste hors d'atteinte. Des études récentes, dont les plus notoires émanent du programme InfoDev de la Banque Mondiale et de l'Agence britannique de développement DFID, indiquent qu'il n'y a guère de preuves que les services de banque mobile tels qu'ils existent aujourd'hui aient été “transformateurs”…

En ce qui concerne le succès futur de la ‘banque mobile pour les exclus des services bancaires’, voici les observations de Katrin :

En bref, les questions autour de son adoption par les consommateurs et les régulations mal définies et complexes entravent pour le moment ce marché et l'idée potentiellement transformatrice de la banque mobile, qui requiert des approches réfléchies sur les deux fronts et un environnement favorable où puisse prospérer la banque mobile.

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