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L'assassinat d'une ancienne Miss Venezuela relance le débat sur l'insécurité

El hermano de Monica Spear al frente de la procesión que lleva el ataúd de la joven actriz fallecida. 10 de enero, 2014. Foto por Carlos Becerra, Copyright Demotix

Le frère de Mónica Spear mène le cortège en portant le cercueil de la jeune actrice. 10 janvier 2014. Photo de Carlos Becerra, Copyright Demotix

[Liens en espagnol] Que s'est-il passé pour que dans un pays qui compte 24 763 morts violentes en l'espace d'un an, le thème de l'insécurité se soit invité dans les discussions publiques, tant chez les citoyens qu'au plus haut niveau de l'Etat ?

Il semble qu'une telle violence, qui augmente d'année en année, doive affecter une figure publique pour que ce sujet tabou (cela fait dix ans que les sources officielles n'ont pas donné de chiffres concernant les assassinats) soit mentionné par le président Nicolás Maduro sur la chaîne nationale et les médias officiels, qui n'ont pas couvert le sujet depuis des années.

L'actrice Mónica Spear, son ex-mari, Thomas Berry, et leur fille de 5 ans Maya Berry, ont été attaqués par des malfaiteurs armés alors qu'ils attendaient les secours après que leur voiture eut heurté un objet placé par les criminels sur une autoroute, forçant les conducteurs à s'arrêter. Mónica Spear et son ex-mari ont été tués tandis que leur fille a été blessée par balle.

La nouvelle, qui s'est répandue le matin suivant, a immédiatement occupé les conversations sur les réseaux sociaux et dans les différents médias vénézuéliens et étrangers. La raison de ce crime, plus que le crime lui-même, intensifie la peur des Vénézuéliens de faire partie des statistiques.

José Urriola, dans son billet “Rojo sobre negro“, publié sur le blog Rostros de Viento, expose sa vision de l'impact de ce fait divers :

Muchos venezolanos dentro y fuera de las fronteras. Nos quedamos en shock. Mudos. Indignados. Presos de pánico, dolor y frustración. Tan descolocados que no había (no hay) palabras para expresarlo. El asesinato de la actriz, modelo y ex Miss Venezuela, Mónica Spear, junto con su marido y en presencia de su pequeña hija de 5 años -quien resultara herida en una pierna cuando unos maleantes abalearon  el auto donde se habían quedados accidentados- fue como una bomba de realidad, asco y miedo que nos estalló en la cara. No significa que esta muerte pese más que las otras 25 mil que anualmente cobra el hampa en Venezuela, no se trata de que importe más porque se trate esta vez  de una figura pública querida dentro y fuera del país, sino que encaramos una muerte especialmente significativa, un símbolo más del horror impronunciable al que estamos sometidos nosotros y los nuestros en una sociedad descompuesta.

De nombreux Vénézuéliens à l'intérieur et hors de nos frontières sont sous le choc. Muets. Indignés. Pris de panique, de douleur et de frustration. Tellement désarçonnés qu'il n'avaient (n'ont pas) de mots pour exprimer leur ressentiment. L'assassinat de l'actrice, mannequin et ancienne Miss Venezuela, Mónica Spear, et de son mari, en présence de leur petite fille de 5 ans – touchée à la jambe par des malfaiteurs qui tiraient sur la voiture accidentée – a été comme un retour à une réalité ignominieuse et effrayante qui nous explose au visage. Cela ne signifie pas que cette mort pèse plus que les 25 000 autres que compte chaque année le Venezuela, peu importe qu'elle concerne une figure publique appréciée ici et à l'étranger, mais nous sommes confrontés à une mort très significative, un symbole d'une horreur indescriptible à laquelle nous-mêmes et les nôtres sommes soumis dans cette société décomposée.

Pendant ce temps, plusieurs blogueurs et utilisateurs de Facebook ont rapporté leurs expériences personnelles et celles de leurs communautés pour montrer que la délinquance est présente partout dans le pays.

Víctor Hugo Majano partage une observation sur Facebook concernant l'assassinat de l'actrice, en corrélation avec ce qui se passe dans sa communauté:

El hecho es que no se trata de una situación aislada: en todo el país funcionan y crecen grupos delictivos con poder de fuego y suficiente locura para matar a la primera. Y además legitimados artística, cultural y socialmente. Basta con ver la cantidad de carajitos y carajitas que se toman fotos exhibiendo armas con el rostro descubierto. 

Esta mezcla de acceso a enormes recursos financieros, dirección especializada por policías corrompidos, drogas sin límite y arrojo juvenil ha conformado una maquinaria gigantesca de muerte y destrucción en todo el país. Sin duda es el momento para hacerle frente.

Le fait est que ce n'est pas un cas isolé : des groupes délictueux opèrent et se développent dans tout le pays, avec une puissance de feu et assez de folie pour tuer pour un oui ou pour un non. Justifiant, en outre, l'aspect artistique, culturel et social de leur action. Il suffit de voir la quantité de carajitos et carajitas (termes offensants désignant les jeunes) qui se prennent en photos, exhibant leurs armes, à visage découvert.

Ce mélange d'accès à d'énormes ressources financières, de direction spécialisée dans les policiers corrompus, de drogues illimitées et d'intrépidité juvénile a constitué une machinerie gigantesque de mort et de destruction dans tout le pays. Le moment est venu d'affronter ce problème.

Monica Spear era embajadora de Asodeco (Asociación para el Desarrollo de Educación Especial Complementaria), una Asociación Civil sin fines de lucro que trabaja con jóvenes y adultos con discapacidad. Jóvenes de Asodeco hablan en el funeral de Mónica Spear.

Mónica Spear était l'ambassadrice d'Asodeco (L'Association pour le Développement de l'Education Spéciale Complémentaire), une association à but non-lucratif qui travaille avec des enfants et adultes handicapés. Les jeunes d'Asodeco se sont exprimés lors des funérailles de Mónica Spear. 10 janvier 2014. Photo de Carlos Becerra, Copyright Demotix

Aussitôt après l'assassinat de l’actrice vénézuélienne, des rassemblements se sont formés pour exiger des différentes autorités publiques des actions visant à freiner la délinquance. La polarisation au Venezuela étant forte, les artistes qui soutiennent le gouvernement ont demandé à ne pas politiser ce fait divers depuis le Palais de Miraflores (le siège du pouvoir exécutif).

Bien que pour la plupart des gens, le gouvernement est responsable de l'absence de contrôle de la violence, pour d'autres le problème est partagé par la diffusion de contenus et d'images violentes dans les médias. C'est ainsi ce que relate Jorge Acosta dans son texte “Perdón por lo que les voy a decir (Pardon pour ce que je vais leur dire) le cas Mónica Spears)”.

Aquí les va la primera razón para que me crucifiquen, la que a nadie le gusta oír, la que a nadie le agrada, y es que esa televisión que a usted y a sus hijos tanto le gusta, esa pantalla plana de no sé cuantas pulgadas que obtuvo y que pagó bien caro, es culpable en buena medida de la violencia que vive no solo Venezuela, sino el resto de las sociedades del mundo entero, con muy pocas excepciones, las cuales respondieron a este problema sin tanto vericueto. Duras legislaciones son las que han logrado reducir a su mínima expresión este flagelo. ¿Estamos preparados para ellas? ¿Estamos preparados para una pena de muerte con el poder judicial que aún tenemos? 

Les aseguro que todos, en el fondo, estamos conscientes del papel perturbador y nocivo que tienen la gran mayoría de las series, telenovelas, películas, etc sobre nuestra sociedad, niños sobretodo. Es un hecho científicamente comprobado. ¿Y entonces?

Voici la première raison qui me crucifie, celle dont personne ne veut entendre parler, celle qui ne plaît à personne, cette télévision que vous et vos enfants aimez tant regarder, cet écran plat de je ne sais combien de pouces que vous avez payé si cher, est en grande partie coupable de la violence qui règne non seulement au Venezuela, mais aussi dans le reste des sociétés du monde entier, avec très peu d'exceptions, qui répondent à ce problème sans détour. Des législations sévères pourront parvenir à réduire ce fléau à sa plus simple expression. Sommes-nous prêts pour ça ? Sommes-nous prêts pour une peine de mort avec ce pouvoir judiciaire que nous possédons encore ?

Je vous assure que tous, au fond, sommes conscients du rôle perturbateur et nocif qu'ont la grande majorité des séries, téléfilms, films etc. sur notre société, en particulier sur les enfants. C'est un fait scientifiquement prouvé. Et maintenant ?

Crime résolu

Les coupables ont été interpellés en moins de deux jours, un chiffre record si l'on considère que le taux d'impunité du pays est supérieur à 90%. Une action qui répond aux directives des forces de sécurité chargées d'enquêter sur les homicides dans le pays, transférées exceptionnellement sur le lieu du drame, à Caracas.

Le ministre de l'Intérieur, de la Justice et de la Paix a survolé la zone en hélicoptère et a causé l'indignation sur les réseaux sociaux, les internautes affirmant que le reste des homicides ne sont pas traités avec la même importance.

Luis Carlos Díaz (@LuisCarlos) en témoigne à plusieurs reprises sur son compte Twitter :

Maintenant, vous devez élaborer des stratégies pour que vos morts ne passent pas inaperçus aux yeux des autorités.

Luis Carlos écrit également sur Facebook:

Es un insulto para el pueblo, sobre todo el más pobre, ver cómo el poder le da celeridad a un caso por su impacto mediático. Encienden la tele y ven un despertar ficticio al tema de la violencia, pero no por su familiar. Mañana pasará y tampoco habrá justicia ni reparo en su humilde caso.

C'est une insulte pour le peuple, en particulier pour les plus pauvres, de voir comment le pouvoir accélère la résolution d'une affaire à cause de son impact médiatique. Allumez la télévision et vous verrez réveil fictif sur le thème de la violence, mais pas pour votre famille. Le lendemain, la justice n'aura toujours pas résolu votre modeste cas.

Pour sa part, Víctor Amaya (@victoramaya) assure à travers un tweet que l'impunité est due au manque de volonté de l'organisme chargé d'enquêter sur les homicides :  

Aujourd'hui le Cicpc a démontré que lorsqu'un assassinat n'est pas résolu, c'est simplement parce qu'il ne s'en donne pas les moyens. En deux jours ils ont capturé toute la bande

Mónica Spear et Thomas Berry ont été enterrés le 10 janvier à Caracas. De nombreux fans de l'ancienne miss et actrice sont allés lui rendre un dernier adieu au cimetière.

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