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En Ukraine, une loi pour étouffer la liberté de parole et la contestation

An anonymous image circulated online. The inscription reads [ru]: "Now EVERYTHING is prohibited"

Une image anonyme qui circule en ligne : “Maintenant TOUT est interdit” [en russe]

Ce billet fait partie du dossier spécial de Global Voices sur les manifestations #Euromaidan d'Ukraine.

Au 57ème jour des manifestations de masse pro-Europe et anti-gouvernement en Ukraine, le parlement vient d'adopter une loi qui limite la liberté de réunion, restreint celle de la presse et sévit contre la libre expression.

La loi No. 3879 [ukrainien] instaure un arsenal de dispositions “pour la protection de la sécurité des citoyens.” Les députés ont adopté la législation pendant la première session parlementaire de 2014, le 16 janvier. 

La loi survient alors que des milliers de contestataires continuent à remplir une place centrale de Kiev. Les manifestations d'Euromaidan, comme on les a surnommées, ont débuté comme des rassemblements pro-UE pacifiques, avant de se transformer un un mouvement anti-gouvernemental à grande échelle quand la police a déchaîné une répression [anglais] brutale contre les manifestants ; quelques violents passages à tabac par la police ont été filmés.

L'ONG Kharkiv Human Rights Protection Group juge la loi répressive, et en cite les dispositions centrales [anglais] :

Une loi “adoptée” dans son intégralité par la majorité parlementaire le 16 janvier criminalise la diffamation, classe et restreint les associations civiques recevant des fonds de l'étranger comme “agents étrangers”, impose et augmente substantiellement le risque juridique pour toutes formes de contestation. Si le projet de loi est signé par le président du parlement Volodymyr Rybak et le président Viktor Ianoukovytch, il renverra la démocratie d'Ukraine des années en arrière.

Maxym Savanevsky de Watcher.com.ua a noté que ces mesures avec d'autres, comme l'obligation pour les citoyens de montrer une pièce d'identité pour acheter ne serait-ce qu'une carte SIM prépayée, équivalent à une montée de la censure [ukrainien] de l'expression des journalistes et des internautes, tout comme le contrôle et surveillance accrus des systèmes de télécommunications et des sites de médias sociaux, sous couvert de lutte contre l'extrémisme et les émeutes :

Сьогодні більшість у Верховній Раді прийняла закон, яким фактично вводиться цензура в інтернеті.

Aujourd'hui la majorité à la Verkhovna Rada [le parlement] a adopté une loi qui essentiellement instaure la censure sur l'Internet.

L'avocat Dmytro Nazarets a publié plusieurs billets d'analyse rapide [russe] mentionnant la nouvelle exigence d'enregistrement de tous les sites et agences d'information Internet auprès des autorités :

Теперь уже новости на сайте не попишешь без надзора и регистрации

Dorénavant vous n'écrirez plus d'informations sur votre site sans enregistrement et surveillance

Le journaliste Mustafa Nayyem a souligné [russe] sur Facebook la virulence avec laquelle les auteurs de la loi s'en sont pris aux médias sociaux :

Les médias sociaux [sont] vilipendés dans la note explicative du projet de loi controversé adopté par le parlement ukrainien. Les auteurs insistent que les médias sociaux sont utilisés comme outil pour propager ces idées et alimenter l'hostilité, et que les appels à changer le pouvoir et la constitution par la violence y deviennent de plus en plus fréquents.

Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie Centrale de Human Rights Watch, a résumé [anglais] en quelques mots les nombreux points communs avec la Russie :

Ce que la Russie a fait en 60 jours après l'investiture de Poutine, l'Ukraine l'a fait en 20 minutes : loi sur les “agents étrangers”, limites aux manifestation, criminalisation de la diffamation, etc

Pugilat budgétaire

Le même jour, le parlement votait aussi le budget annuel de l'Etat. Un texte hautement controversé dont l'opposition critique [ukrainien] les multiples points noirs, comme l'augmentation draconienne des crédits pour les services de maintien de l'ordre aux dépens de domaines comme la santé. Les députés d'opposition avaient promis de bloquer la Rada et d'empêcher le vote par tous les moyens. Les choses ont d'abord semblé se passer conformément à leur plan [anglais].

Mais l'opposition n'a pas tardé à perdre le contrôle, et la majorité gouvernementale a voté en faveur du budget en contournant la procédure normale de vote.

Rédacteur en chef d'une publication en anglais basée à Kiev, le Kyiv Post, Christopher Miller tweetait :

Et… le Parlement de l'Ukraine adopte le budget 2014. Ni discussion, ni débat. Un vote à la va-vite, et c'était plié. Le Parti des Régions a le pouvoir.

Un pugilat s'en est suivi en pleine séance, quand l'opposition a tenté d'empêcher physiquement ses adversaires d'utiliser le système de vote électronique. Mais la majorité présidentielle y a rapidement renoncé et a continué à voter, à main levée.

A screenshot of the live broadcast from the Ukrainian Parliament. Pro-Presidential majority adopts the laws by raising hands. January 16, 2014.

Capture d'écran de la retransmission en direct de la séance de la Rada ukrainienne. La majorité présidentielle adopte les lois à main levée. 16 janvier 2014.

Le député d'opposition Andriy Shevtchenko a commenté [ukrainien] les violations de la procédure de vote :

Sous les yeux du pays entier, la septième Verkhovna Rada [le parlement] cesse d'exister. P… de honte… #Рада7

Roman Shrayk, journaliste indépendant et auteur du satirique Durdom Portal, a qualifié le vote parlementaire de ces lois de mascarade, et mis en ligne une vidéo [russe] du scrutin sur son blog de l'Ukrainska Pravda :

20 минут, которые уничтожили остатки украинской демократии

20 minutes qui ont anéanti les restes de la démocratie ukrainienne

“L'acte de décès de la démocratie”

Le même jour, le président Viktor Ianoukovytch signait les cinq lois, dont la loi ouvertement anti-contestation N° 3879, déclenchant l'indignation de la communauté des internautes ukrainiens.

Le blogueur anglophone de Kiev Taras Revunets a tweeté :

IANOUKOVYTCH DONNE FORCE DE LOI AU TEXTE DE DICTATURE. Bienvenue dans l'Union Douanière [avec la Russie] !

L'utilisateur de Twitter Igor Shevchenko est allé encore plus loin dans sa comparaison [ukrainien] :

Maintenant nous sommes la Corée du Nord. Et nous avons notre Vik Fed Yan [Viktor Fedorovytch Ianoukovytch]

Néanmoins, de nombreux autres utilisateurs de médias sociaux se sont moqués des nouvelles mesures, dont ils ont pointé l'absurdité.

Le mouvement civique “Tchesno” [‘honnêteté”] a publié cette photo, en précisant [russe] que ce qu'elle montre est déjà “interdit” par la nouvelle loi :

Civic movement "Chesno"  depicting an activity technically illegal under new legislation. Photo by Hanna Hrabarska. Used with permission.

Le mouvement civique “Tchesno” dépeint une activité techniquement illégale sous la nouvelle législation. Photo Hanna Hrabarska. Utilisée avec permission.

Тем временем, вот мы – иностранные агенты, офис движения ЧЕСТНО, группа больше пяти лиц, В МАСКАХ!

En attendant, nous voilà – agents étrangers, bureau du mouvement TCHESNO, un groupe de plus de cinq, MASQUÉS !

Ce billet fait partie du dossier spécial de Global Voices sur les manifestations #Euromaidan d'Ukraine.

Tetyana Bohdanova a écrit ce billet avec Tetyana Lokot.

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