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Où en est la Macédoine qui exige un “nouveau départ” ?

Skopje, Macedonia. 17th May 2015 -- Tens of thousands of protesters take to the streets of Macedonia's capital on Sunday, waving Macedonian and Albanian flags and calling for the government to resign. Photo by Aitor Sáez. Copyright Demotix

Skopje, Macedonia. 17th May 2015 — Tens of thousands of protesters take to the streets of Macedonia's capital on Sunday, waving Macedonian and Albanian flags and calling for the government to resign. Photo by Aitor Sáez. Copyright Demotix

Sauf mention contraire, tous les liens mentionnés dans cet article renvoient vers des pages en anglais.

La Macédoine semble bouillir de mécontentement, peu après la révélation par des politiciens d'opposition du contenu d'enregistrements secrets. Ces documents audio laissent à penser que les services de renseignement du pays ont mis sur écoute, de manière illégale, des fonctionnaires, des politiciens, des journalistes, des rédacteurs en chef et des représentants diplomatiques étrangers.

C'est Zoran Zaev, le leader du Parti Social-Démocrate, qui a porté à la connaissance du public ces enregistrements, au début du mois de février 2015. Il affirme que les écoutes ont été menées à l'initiative du Premier ministre conservateur Nikola Gruevski et de membres de sa famille.

Les cassettes qui ont fuité porteraient sur quatre ans d'enregistrement et semblent confirmer, entre autres révélations, les soupçons de fraude électorale lors du vote de 2014 – le parti du Premier Ministre, le VMRO-DPMNE en était sorti vainqueur. Les suspicions d'une couverture par le pouvoir du meurtre de Martin Neshkovski, par un policier, en 2011, semblent également validées.

La révélation de possibles malversations dans l'affaire Neshkovski a poussé les Macédoniens à descendre dans la rue un peu partout dans le pays, début mai. Le 5 mai, ce qui n'était qu'une manifestation pacifique à Skopje dégénère lorsque la police commence à disperser la foule à l'aide de canons à eau, de grenades fumigènes et de coups de bâton.

Les manifestations font désormais partie du quotidien des plus grandes villes de ce pays, l'un des plus pauvres en Europe. La Macédoine, qui faisait partie de la Yougoslavie, souffre des effets de l'inégalité sociale, et son gouvernement est habitué aux accusations d'incompétence et de corruption. Mais ces phénomènes violents sont nouveaux, et préoccupants.

Lors d'une seconde journée de protestation, un groupe de femmes a formé un cordon au devant des forces de police ; afin d'apaiser les tensions entre les lignes de forces de l'ordre et des “supporters de football” masqués et lançant des projectiles sur le bâtiment du parlement et la police.

Le journaliste Vlado Apostolov (@apostolov80) a posté une vidéo de l’événement:

Le premier jour de manifestation, une manifestante en particulier a créé la sensation après avoir été prise en photo par un photographe Reuters en train d'utiliser un bouclier de police anti-émeute comme miroir, pour rajouter du rouge à lèvres.

 

“La manifestante au rouge à lèvres”, une activiste et représentante du Comité d'Helsinki pour les Droits de l'Homme en Macédoine, a expliqué à Global Voices ce que les Macédoniens qui descendaient dans la rue espéraient obtenir:

Il y a beaucoup trop de supputations, dans les médias, sur la crise politique qui en serait la cause. Mais ce que la société civile demande, c'est un nouveau départ, reprendre tout à zéro. J'aime comparer cela au fait de formater nos ordinateurs. Vous cliquez sur “formater le disque” et recommencez, cette fois en prenant en compte les demandes des différents mouvements, et l'intérêt des citoyens, que j'ai mentionné dans la première question. Notre peuple mérite un pays construit sur des principes de paix, de justice et de solidarité sociale. Notre peuple a besoin d'une nouvelle chance pour pouvoir vivre en liberté et dans la prospérité. Personne ne sait à quoi s'en tenir concernant la généralisation des manifestations, parce que la crise politique et sécuritaire évolue rapidement. Au moment où je vous parle, les choses changent vite, mais la population doit rester fidèle à ses exigences concernant la démission du gouvernement et de responsabilité de tous.

Des médias menacés

Le Parti Social-Démocrate, qui boycotte les les sessions parlementaires depuis les élections de 2014, déclare que la surveillance du gouvernement a ciblé des dizaines de milliers de membres de l'opposition, de journalistes, d'employés d'ONG, de militants politiques indépendants, ainsi que des employés du Parti Social-Démocrate lui-même. Ces employés étaient officieusement désignés par le gouvernement par le terme de “traîtres”.

La liberté de la presse a longtemps été l'objet de pressions visant à la limiter. Le plus haut responsable du renseignement au sein du Ministère de l’Intérieur, Sasho Mijalkov, accusé d'avoir dirigé les opérations de mise sur écoute, a également joué un rôle central dans les pressions financières sur un magazine hebdomadaire macédonien reconnu, dans le cadre de poursuites pour diffamation en 2014. Cet épisode avait débouché sur la fermeture du magazine et de fortes amendes pour son rédacteur en chef et ses journalistes.

En avril 2015, Borjan Jovanovski, un célèbre présentateur de journal d'information macédonien, avait reçu une couronne funéraire portant le message “Adieu”. Jovanovski travaille pour le site d'information indépendant Nova TV et est un critique connu du gouvernement de Gruevski

Dans une tribune publiée dans Balkan Insight en mars, la journaliste d'investigation Meri Jordanovska raconte son sentiment lorsqu'elle apprend qu'elle est l'une des journalistes ciblées par les écoutes:

Je comprends maintenant clairement que quelqu'un savait sur quel article je travaillais. Suffisamment pour que je puisse en conclure que mes sources étaient en danger. Que les centres de décision avaient la capacité d'agir avant que l'article soit publié. Que certains étaient au courant, même si je l'avais toujours soupçonné, des problèmes de mes plus proches relations, des gens qui avaient partagé des informations personnelles avec moi, au téléphone.

Une crise politique

Une semaine avant la divulgation du contenu des écoutes, le Premier ministre Gruevski avait accusé Zaev et d'autres membres de l'opposition de conspiration avec l'étranger dans le but de renverser le gouvernement. Depuis le début des manifestations, les ministres du l'Intérieur (Gordana Jankuloska), des Transports (Mile Janakieski), et le chef des renseignements Mijalkov ont tous démissionné.

Après une fusillade mortelle entre Macédoniens de culture albanaise et la police, en mai, dans laquelle 22 personnes ont trouvé la mort, des représentants de l'Union Européenne ont servi de médiateur dans des pourparlers entre Zaev et Gruevski, afin de résoudre la crise politique dans ce pays candidat à l'entrée dans l'Union. Mais les négociations n'ont pour l'instant pas permis de résoudre les problèmes politiques de la Macédoine.

La Constitution du pays protège de manière claire le droit à la vie privée, mais suite à des réformes récentes, les autorités ont demandé à ce que les opérateurs télécoms intègrent des “backdoors” dans leurs technologies, pour que le Service de Sécurité et de Contre-espionnage, connu sous le nom d'UBK, puisse écouter les conversations de n'importe quelle personne qu'il choisit de cibler.

Bien que la Constitution exige que l'UGK obtienne un mandat d'un juge avant de procéder à des écoutes, la nouvelle politique et les nouvelles pratiques montrent que cette exigence n'a pas été respectée. Un comité d'analyse de la Commission Européenne a vivement conseillé à la Macédoine de combler “ce fossé considérable entre la loi et les pratiques”.

Pour plus d'informations:

Sur Twitter, les conversations sont à suivre avec les hashtags #протестирам (protestiram, “je proteste”, [tweets en macédonien, NDT]) et #ЗбогумНикола (#zbogumnikola, “Au revoir, Nikola”, [tweets en macédonien, NDT])

 

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