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“Lire le Russe, lire la Russie” : un blog de traductions sur les débats qui agitent la Russie

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Le blog de Thomas Campbell, The Russian Reader.

Toutes les histoires ne font pas la une des journaux, et nombreuses sont celles qui restent cachées derrière les barrières linguistiques. L'écrivain et activiste Thomas Campbell, à Saint-Pétersbourg, cherche à réduire ce fossé avec son blog “The Russian Reader“. La semaine dernière, Campbell s'est rendu à l'Université de New York pour faire part de son expérience dans la gestion de son site internet et dans la veille sur la blogosphère russe.

Quand Campbell a commencé The Russian Reader, il a d'abord porté son attention sur l'art et la culture underground à Saint-Pétersbourg. Mais au fil des ans, son blog s'est politisé. Campbell cite les manifestations de la place Bolotnaya fin 2011 et leurs conséquences comme le moment charnière dans la transformation de son travail. Il a été particulièrement fasciné par le cas d'Alexeï Gaskarov qui, selon Campbell, a été personnellement visé pour être lié au mouvement activiste de gauche. (En 2014, Gaskarov fut reconnu coupable d'incitation à des manifestations de masse et condamné à trois ans et demi de colonie pénitentiaire.)

Même si The Russian Reader fournit des commentaires politiques sur l'activisme, les mouvements populaires et les débats politiques en Russie depuis 2012, Campbell n'a présenté de feuille de route que très récemment. Son objectif est de “donner aux gens un aperçu de la société russe, qui est intelligente, courageuse, indépendante d'esprit, forte, et prête à prendre quelques coups sur la tête (ou pire) pour construire un pays démocratique, égalitaire, respectueux de la communauté LGBTQI, vigoureusement environnementaliste, urbaine progressiste, anti-xénophobe, pro-immigrants, et beaucoup d'autres bonnes choses.” Pour Campbell, c'est cette face de la Russie qui est souvent omise dans les médias occidentaux et leur description typiquement unidimensionnelle de la Russie.

The Russian Reader est principalement constitué de traductions de textes originellement écrits en russe. Campbell sélectionne des récits dont il pense qu'ils sont trop peu représentés dans les médias occidentaux, ou pas couverts du tout. Certaines de ces histoires sont juste trop insignifiantes pour les grands médias (à la fois pour ceux de Russie et pour ceux des pays occidentaux), mais Campbell insiste sur le fait que même les récits de petite ampleur font partie de l'histoire contemporaine de la Russie. Certains de ces “petits” récits incluent par exemple le cas de Valeri Brinikh, qui fut condamné pour incitation pour avoir écrit une pièce de théâtre intitulée “Le silence de l'agneau” sur les difficultés à convaincre les gens de manifester, et l'histoire d’Oleg Shevkun, le rédacteur en chef aveugle de VOS radio, qui fut licencié pour avoir exprimé son désaccord sur les actions de la Russie en Crimée.

Campbell traduit également des tribunes qui selon lui mettent en lumière les intenses débats qui agitent la Russie, bien qu'ils soient largement méconnus en Occident. Par exemple, il a traduit un ensemble de textes d’Ivan Ovssiannikov sur le thème de la gauche et du nationalisme, ainsi qu'un article sur l'autocensure écrit par Victoria Lomasko. Etant donné le nombre de textes (The Russian Reader a publié 220 posts en 2015),  Campbell demande rarement aux auteurs la permission de traduire leurs textes, les récupérant souvent sur les réseaux sociaux. Il veut mettre en place un noyau d'”éditeurs et chroniqueurs non volontaires” et s'appuyer sur le caractère convaincant de leurs commentaires.

Le travail de Campbell est avant tout éditorial. Ce n'est pas vraiment à travers sa propre écriture qu'il raconte des histoires, mais en organisant l'information déjà disponible. Dans ce qu'il appelle des “pièces de collage”, il capture l'esprit du temps en combinant des articles et des éditoriaux à des captures d'écran de discussions qui se sont déroulées sur les réseaux sociaux — comme ce post sur un jardin d'enfants qui a célébré le Jour de la milice en montrant des photos d'enfants avec des armes, à la façon d'EI.

Campbell rassemble aussi des textes sur des sujets particuliers. Son dossier sur la “sondage-cratie” (poll-ocracie en anglais, dans les études sociologiques) et son utilisation des enquêtes comme outil de propagande cherche à démystifier l'idée que les Russes soutiennent unanimement le gouvernement. Il a aussi traduit un ensemble d'articles sur les travailleurs migrants afin d'humaniser ces personnes qui sont généralement traitées avec beaucoup d'hostilité en Russie. Il y a aussi des textes sur le mouvement populaire de préservation urbaine de Saint-Pétersbourg, où les activistes débattent sur des sujets qui les amènent souvent à devenir des contestataires politiques.

Campbell dit qu'il a cherché à faire grandir ce blog en embauchant d'autres traducteurs, mais qu'il a découvert un “fossé idéologique” avec “des jeunes qui veulent la pluralité d'opinion”. Campbell ne cache pas ses tendances gauchistes et refuse de donner la place aux écrivains et journalistes qu'il considère nationalistes, comme la journaliste Ioulia Laynina et l'activiste anti-corruption Alexeï Navalny. Ici, les choix éditoriaux sont plus forts que l'esprit du temps.

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