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Pourquoi les Facebookers russes adorent Donald Trump

Image edited by Kevin Rothrock.

Montage photographique de Kevin Rothrock.

Fin juillet, RuNet Echo a publié les réflexions d'une douzaine d'intellectuels connus, au sujet de l'indifférence apparente au rôle supposé de la Russie dans le piratage du Comité National Démocrate avant la convention nationale du parti la semaine précédente. Dans le présent article, Yulia Savitskaya se tourne cette fois vers les nombreux internautes russes qui s'intéressent de fait à la course présidentielle états-unienne et plus particulièrement à la candidature de Donald Trump.

Si vous avez sur Facebook beaucoup d'amis russes politiquement engagés, vous aurez déjà remarqué qu'ils s'intéressent fortement à l'élection présidentielle américaine. Probablement bien plus que vous-même ne suivez les prochaines élections parlementaires en Russie. Pour certains d'entre eux, elle est un substitut à l'inexistante compétition politique de haut niveau dans leur pays, tandis que d'autres s'en servent pour parler d'eux-mêmes et de leurs opinions. Apparemment (et cela n'étonnera pas tout le monde), un grand nombre de ces utilisateurs russes soutiennent Donald Trump, ou au moins professent une sympathie pour lui.

Le premier, le plus vaste (et probablement le moins intéressant) groupe de sympathisants russes de Trump, ce sont ceux qui ne sont pas réellement investis dans la campagne présidentielle états-unienne. Ils n'ont pas suivi les primaires, les débats, les conventions, mais ont probablement entendu Vladimir Poutine qualifier Trump de “personnalité talentueuse et colorée”. Ils ont aussi vu, voire feuilleté les livres malfamés de Trump sur sa vie de milliardaire et ses succès dans les affaires. Et ils l'ont aussi vu sortir avec des participantes aux concours de Miss Univers : ce type a tout pour plaire ! Les citations de Trump sur l'argent, la réussite, les affaires et les femmes sont répétées jusqu'à plus soif par des centaines de communautés de développement personnel sur Vkontakte, le plus gros réseau social de Russie. (On s'en doute, la moitié de ces citations sont inventées.)

Le second groupe est plus complexe et très divers. Des utilisateurs qui n'aiment pas forcément tant que ça Trump, mais ils haïssent férocement Hillary Clinton, de sorte qu'ils souhaitent la victoire de Trump rien que pour contrer les Démocrates. Par exemple, Ivan Yakovina, un journaliste russo-ukrainien qui soutenait Bernie Sanders dans la première phase de la course présidentielle américaine. Quand Bernie a donné son appui à Hillary, Yakovina l'a accusé de trahison—tout comme certains partisans américains de Sanders d'ailleurs. Le 26 juillet, le journaliste parlait de Trump sur Facebook comme d'un “populiste”, tandis que Mme Clinton, selon son opinion, est “une conne terne, menteuse et complètement corrompue”. L'humour du candidat présidentiel républicain séduit Ivan : le 27 juillet, Yakovina admettait que Trump est “un bon troll.” Yakovina ne deviendra peut-être pas un véritable supporter de Trump, mais il a dit qu'il serait content de voir perdre les Démocrates après “l'injuste éjection” de Bernie Sanders de la course.

Dmitri Olchanski. Photo: Facebook

Dmitri Oltchanski, un éditorialiste du tabloïd pro-Kremlin “Komsomolskaïa Pravda,” n'a rien en commun avec Ivan Yakovina, mais leurs idées sur Trump les rangent dans le même groupe. Olchanski a récemment décrit Hillary Clinton comme “l'incarnation du mal”, et comparé Donald Trump, “par contraste”, à la “brise fraîche d'une fenêtre ouverte dans une chambre qui n'avait pas été aérée depuis les années 1970 de Nixon”. Trump aime apparemment encourager les patriotes russes auto-proclamés comme Oltchanski, à en juger par sa toute dernière déclaration sur la Crimée.

Le troisième groupe paraît suivre assidûment la course qui se déroule aux Etats-Unis. Professionnels des média en majorité, ces utilisateurs russes de Facebook s'intéressent particulièrement à la couverture médiatique américaine des élections, et ce qu'ils voient leur déplaît : on trouve des exemples récents de journalistes russes fustigeant leurs confrères états-uniens. Alexeï Kovalev est un ancien rédacteur en chef d'InoSMI, dont le dernier en date des projets personnels “Laptchesnimalotchnaïa” (“ôteur de nouilles”) se consacre à révéler les mensonges de la propagande d'Etat russe et à déboulonner les faux des médiatiques. Kovalev n'aime pas davantage la “campagne anti-Trump” que semble mener certains médias des Etats-Unis.

Alexeï Kovalev. Photo: Facebook

Il a récemment accusé Slate de “xénophobie et orientalisme” après la publication par le site d'un article sur le plagiat par Melania Trump d'un discours de Michelle Obama. Dans cet article, Rebecca Schuman supposait que Melania Trump avait plagié ce discours parce qu'elle était une immigrante de première génération ignorante de la “voie américaine de la réussite”. Le même jour, un article plus théorique sur le même sujet, évoquant la culture de la fraude universitaire de l'Europe de l'Est comme terreau du plagiat de Melania, paraissait dans le Washington Post, sévèrement réfuté par des universitaires de cette région. Après avoir lu des dizaines de textes de cet acabit, Kovalev a écrit qu'il souhaitait que les Américains élisent Trump pour rendre fous les “connards qui prennent leurs lecteurs pour des imbéciles”.

Alexandre Gorbatchev, un ancien rédacteur en chef d'Aficha qui travaille à présent pour Meduza, s'est énervé contre un article du New York Times intitulé “Pourquoi les hommes veulent épouser des Melania et élever des Ivanka”. “Chaque fois que je lis quelque chose de ce genre, j'espère que Trump va gagner”, conclut le journaliste dans un billet Facebook. Alexeï Kovalev a plus tard ajouté que l'Amérique “mérite Trump” parce que le média pro-démocrate états-unien est si “peu convaincant“.

Alors que se répandent les rumeurs du soutien de Poutine à Trump, de nouveaux utilisateurs russes de Facebook sont entrés dans la discussion. L'historien Ilya Yablokov, expert en complotologie, a écrit : “Certaines des idées qui éclosent dans les articles d'opinion liant Poutine et Trump me rappellent les allusions utilisées par les maccarthystes dans les années 1940-50. Mais l'ironie est qu'aujourd'hui, ce sont les intellectuels de gauche qui les diffusent”.

Deviner ce qui se passera dans les mois qui viennent n'est pas difficile : Trump continuera à “troller” les médias, et le lectorat internet russe politisé gardera les yeux fixés sur lui, avec de courtes pauses pour parler du scandale de dopage, du non-fonctionnement de l'évacuation des eaux de pluie pendant les orages à Moscou, et autres affaires et controverses intérieures. Pour les uns, l'élection états-unienne est un événement important digne de leur attention. Pour les autres Russes, c'est une diversion bienvenue aux nouvelles dérangeantes plus proches de chez eux.

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