Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Pour les internautes chinois, la loi sur la protection de l'enfance sur Internet est une violation des droits de l'Homme

China released the draft of cyber security law on 6 July. Remix image.

La Chine a dévoilé son projet de loi sur la sécurité informatique le 6 juillet. Image créée par Oiwan Lam.

L’Administration du cyberespace chinois (CAC) est en train de lancer un nouveau projet de loi qui exigerait que les fabricants de matériel informatique installent à l’avance des logiciels de surveillance sur les appareils de communication et qui légaliserait certaines démarches pour gérer l'addiction à Internet, dans le but de protéger les enfants.

Les réglementations encouragent les secteurs industriels et sociaux à s’investir davantage sur les problèmes liés à la protection de l'enfance sur Internet. Elles le font par le biais d’avertissements, de coupures, de logiciels de censure et de surveillance installés à l’avance, par la légalisation et la promotion des traitements de l’addiction à Internet et par la vérification de l’âge pour les jeux en ligne. Publiées le 30 septembre, les réglementations sur la protection des mineurs en ligne étaient ouvertes aux commentaires du public jusqu’au 31 octobre 2016.

Beaucoup s’inquiètent que les possibilités de surveillance introduites dans le matériel informatique ou installées à l’avance soient utilisées à d’autres fins. D’après les articles 11 et 12 des réglementations :

    第十条 国家鼓励并支持研发、生产和推广未成年人上网保护软件。
国家网信部门会同国务院工信等部门组织制定未成年人上网保护软件研发、生产和推广的政策并组织实施。

第十一条 学校、图书馆、文化馆、青少年宫等公益性场所为未成年人提供上网设施的,应当安装未成年人上网保护软件,避免未成年人接触违法信息和不适宜未成年人接触的信息。
第十二条 智能终端产品制造商在产品出厂时、智能终端产品进口商在产品销售前应当在产品上安装未成年人上网保护软件,或者为安装未成年人上网保护软件提供便利并采用显著方式告知用户安装渠道和方法。

Article 11. Tous les services d’accès à Internet des écoles, librairies et centres culturels et de jeunesse doivent installer des logiciels pour protéger les mineurs et les empêcher d’accéder à des informations illégales ou inappropriées.

Article 12. Les fabricants et les importateurs de tout équipement informatique doivent s’assurer que des logiciels pour la protection des mineurs sont installés sur leurs produits, ou fournir des instructions claires quant à l’installation de ces logiciels pour la protection des mineurs, ce avant que les produits ne soient mis sur le marché.

Un blogueur installé à Guangzhou, qui a choisi de ne pas dévoiler son identité, craint qu’après le passage de la législation tous les téléphones portables et ordinateurs fabriqués en Chine soient équipés de logiciels de surveillance pré-installés et qui ne pourront plus être désinstallés.

Ces logiciels pourraient être utilisés pour espionner toutes sortes d’activités, en ligne ou hors ligne, sur l’appareil de l’utilisateur. Ils pourraient aussi servir à perturber le fonctionnement des outils de contournement. Le blogueur a aussi indiqué que par le passé, les technologies de surveillance trouvées dans le matériel informatique fabriqué en Chine possédaient des portes dérobées, les laissant vulnérables aux pirates malveillants.

« Green Dam-Youth Escort » est-il de retour ?

En 2009, le gouvernement chinois avait tenté de forcer les constructeurs d'ordinateurs chinois et étrangers à installer à l’avance un logiciel de filtrage connu sous le nom de « Green Dam-Youth Escort » [Barrage vert, protecteur de la jeunesse, NdT], qui bloquait l'accès à des sites interdits en connectant chaque appareil à une base de données. Comme les internautes chinois trouvaient de plus en plus de failles dans le logiciel, le programme fut interrompu.

La règlementation actuelle ne spécifie pas quels types de logiciel pourraient être installés afin de pouvoir empêcher efficacement les mineurs d’accéder aux « informations illégales et inappropriées » telles que définies par la loi chinoise. Mais elle explique bien que tous les logiciels seront tôt ou tard reliés à une base de données centralisée et contrôlée par le gouvernement ou les autorités du parti. L’article 10 dit clairement que la CAC et le Ministère de l’industrie des technologies et de l’information seront responsables du développement, de la fabrication et de l’implémentation du logiciel et de ses règles. C’est pour cette raison que de nombreux internautes ont déclaré le retour du « barrage vert ». Toutes les discussions sur le sujet ont été effacées par les censeurs du web chinois.

Sur l’ « addiction à Internet »

Les discussions en ligne sur la légalisation des traitements de l’addiction à Internet ont été moins censurées. Alors que la communauté psychiatrique internationale continue de débattre pour décider si l’addiction à Internet est un vrai problème, le gouvernement chinois semble prêt à développer un système d’évaluation et de soumettre les mineurs concernés à un traitement dit de « conversion ». D’après le projet de règlement :

第二十条 教育、卫生计生等部门依据各自职责,组织开展预防未成年人沉迷网络的教育,对未成年人网络成瘾实施干预和矫治。
县级以上人民政府及其教育行政部门应当为中小学校配备专门教师或提高教师专业水平,增强对未成年人沉迷网络的早期识别和干预能力,并可以通过购买服务等方式提供预防和干预未成年人沉迷网络的教育或服务。
国务院卫生计生部门会同有关部门推动出台网络成瘾的本土化预测和诊断测评系统,制定诊断、治疗规范。

Article 20 : Les départements de l’éducation et de la santé doivent s’organiser et implémenter des programmes d’éducation et de traitements médicaux pour empêcher les mineurs de tomber dans l’addiction à Internet, ainsi que de convertir les mineurs déjà dépendants.

Le gouvernement du peuple et les autorités éducatives au niveau du comté et au-dessus doivent munir les écoles primaires et secondaires d’enseignants spécialisés dans ce domaine ou améliorer les compétences professionnelles des enseignants afin de détecter et d'intervenir sur le problème de l’addiction à Internet chez les mineurs au plus tôt. Les écoles peuvent aussi acheter des services aux organisations spécialisées dans la prévention et l’intervention contre l’addiction à Internet chez les mineurs.

Le Ministère de la santé et du planning familial travaillera avec les autres autorités pour développer une détection et un système d’évaluation de l’addiction à Internet et pour développer un code dans le but de diagnostiquer et de traiter de l’addiction à Internet.

En Chine, certains psychologues cliniques sont devenus très actifs dans la promotion du traitement de l’addiction à Internet. Yang Yongxin en est une figure emblématique, car il a promu un test pour évaluer l’addiction à Internet et utilise les électrochocs pour soigner ses patients. En 2006, Yang a établi le premier Centre de traitement de l’addiction à Internet du pays à l’Hôpital psychiatrique de la ville de Linyi, dans la province de Shandong.

Depuis que la Chine a reconnu l’addiction à Internet comme un trouble clinique en 2008, des centaines de camps de redressement ont été mis en place pour traiter le problème de l’addiction. La majorité de ces camps force les enfants à accomplir des exercices physiques extrêmement pénibles. Il y eu quelques cas d’enfants décédés soudainement pendant leurs séjours. En 2014, une jeune fille de 19 ans fut torturée à mort pendant un séjour dans un camp de redressement organisé par son école dans la province de Henan.

Bien que la législation puisse être perçue comme un effort pour « standardiser » le traitement contre l’addiction et pour prévenir les morts durant le traitement, la plupart des internautes chinois s’attendent à ce qu'elle cause encore plus de tort aux mineurs.

Sur Twitter, @acgtyrant affirme :

J’ai regardé le projet de règlement sur la protection des mineurs en ligne, il ne met pas l’accent sur le devoir des institutions médicales de garantir la sécurité personnelle des mineurs. Si cette loi passe, il est très probable que davantage de mineurs mourront [durant ces traitements], c’est vraiment ironique.

Sur un site similaire à Twitter, Sina Weibo, de nombreux internautes se sont exprimés contre le traitement de l’addiction à Internet dans les commentaires d’un fil d’information, certains se référant aux traitements par électrochocs de Yang Yongxin :

杨永信要合法了?领导是不是有山东临沂人?

Yang Yongxin sera légal ? Je me demande si les dirigeants sont de la ville de Shandong Linyi ?

网瘾是关乎青少年精神的问题,但是如此粗暴草率的议案还不知道会引发什么样其他的重大问题。当然了这样一个对杨永信这么久视而不见的政府能做出来什么样的事情我们也不知道,让我们拭目以待。

L’addiction à Internet est un problème qui concerne la santé psychologique des mineurs, mais une législation si brutale va sans doute conduire à d’autres problèmes plus sérieux encore. Nous n’avons aucune idée de ce qu’un gouvernement qui a laissé agir Yang Yongxin pendant si longtemps est capable de faire. Il faudra voir.

谁起的草案让杨永信电一年我就同意你们谁敢?

Si les rédacteurs se font passer à l’électrochoc par Yang Yongxin pendant un an, je les laisserai faire.

我小学就开始玩电脑,现在才成年了,所谓的网瘾还是没见识过,出去一个月不碰电脑一点事都没有,什么叫瘾?烟瘾算吗?怎么治?电击啊

Je joue aux jeux vidéos depuis l’école primaire. Je suis maintenant adulte et n’ai aucun problème d’addiction. Je pourrais me passer d’ordinateur pendant un mois. Comment définit-on l’addiction ? Et l’addiction au tabac ? Comment la traite-on, à l’électrochoc ?

Dans un autre fil, les internautes ont soulevé la question des droits de l’homme :

干预、限制人的自由,其法律依据是什么?认定为疾病、需要戒瘾的依据是什么?

Quelle est la base juridique pour une telle restriction de la liberté personnelle ? Quelle est la base [médicale] pour définir [l’addiction à Internet] comme une maladie qui requièrt un traitement ?

所以说网瘾怎么治,电击?打? 这是想怎么地阿,人权还有吗?为了保护下一代,真的,还是不要生了

Comment traiter cette addiction, à l’électrochoc ? Au tabassage ? Avons-nous encore des droits ? Pour protéger la génération suivante, il faudrait arrêter de se reproduire.

最重要的是,你怎么证明你没有网瘾?我可不想以后走路上莫名其妙被以有“网瘾”的名义被拉去进行所谓的“治疗”!

Le problème, c’est comment prouve-t-on que l’on est dépendant ? Peut-être qu'un jour, on me déclarera accro à Internet et on me détiendra de force pour un « traitement ».

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
Non merci, je veux accéder au site