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Irak : Six ans déjà

La guerre d'Irak a six ans et si les blogueurs se souviennent du passé, il semble qu'il n'y en ait guère pour tourner leurs regards vers l'avenir.

Le blogueur pionnier Salam Pax, qui a lancé le phénomène des blogs en Irak, regarde six ans en arrière, au début de la guerre. Dans une suite de billets [tous les liens sont en anglais], Salam dévoile des notes jusque là inédites venant des jours où il n'avait pas d'électricité pour bloguer. Son souhait de rompre avec le passé est évident lorsqu'il écrit :

Dans trois semaines ce sera le 6ème anniversaire de la chute/libération de Bagdad.

Bagdad est tombée / Bagdad est libérée : ce ne sont que des mots. La réalité, c'est que notre vie en Irak telle que nous la connaissions a pris fin ce jour-là.

Depuis le début de la guerre en 2003 nous avons dù déménager trois fois pour des raisons diverses…

En cherchant dans les cartons de nos affaires, j'ai trouvé le cahier, avec des journaux, des photos et les prospectus que j'avais conservés. Alors que cinq années ont passé et que nous entrons dans la septième de notre vie d'après-guerre/après Saddam, je me suis dit que ce serait bien de parcourir ces notes et de partager avec vous ce qui me reste de cette période… Je vais mettre tout cela en ligne et jeter mes feuilles de papier. Il y en a assez d'être suspendu à tout ça depuis six ans.

Pour Sunshine, la guerre coïncide avec le temps du lycée. A la fête d'adieu de son école, elle se souvient des bons et mauvais jours au lycée pendant les six années passées :

Mon meilleur souvenir, [c'était] quand j'ai demandé à mes amies de faire une surprise à notre amie R qui avait perdu son papa et plusieurs de ses proches. Je me suis dit qu'elle avait besoin qu'on lui fasse plaisir, alors j'ai décidé de lui acheter un ordinateur, mes amies ont participé avec leurs économies et j'ai acheté l'ordinateur, l'ai emballé et ai apporté le cadeau au lycée. Les élèves, les professeurs, et R ont été sidérés, c'était le plus beau des cadeaux d'anniversaire…

A côté de toutes ces bonnes choses, il y a eu des souvenirs très douloureux, quand R a perdu son papa et plusieurs de ses proches, quand M a perdu sa mère, chaque fois qu'un camarade de classe a dù quitter l'Irak, ou a reçu des menaces, il y a eu des batailles terrifiantes près de l'école, une fois, un obus de mortier est tombé, trop de voitures piégées ont explosé, des mines, etc… Souvent nous devions marcher entre les chars ; le chemin de l'école est dangereux pour nou.

Je me souviendrai toujours des événements heureux et cela me fera rire, quant aux moments difficiles, ils ne feront que me donner de la force et de l'énergie, me laissant prête à toutes les difficultés que je pourrais rencontrer à l'avenir.
Sunshine.

Laith passe en revue ses rêves et la réalité :

Quand l'armée américaine a lancé ce qu'ils appelaient l'opération Liberté pour l'Irak, je me suis senti vraiment heureux pour une seule raison. J'ai cru que l'Irak serait à nouveau libre et que nous aurions un véritable gouvernement avec des hommes politiques se souciant réellement de l'avenir de l'Irak et de son peuple. J'avais vraiment grand espoir que les services publics seraient à nouveau les meilleurs et que nous vivrions de nouveau heureux. Je n'aurais jamais cru que nous nous mettrions à nous entretuer pour le compte d'étrangers, ou à nous kidnapper les uns les autres pour de l'argent, mais je faisais erreur. J'étais persuadé que l'administration américaine avait très bien préparé l'étape de l'après-guerre, mais là aussi je me trompais. Rien n'a vraiment changé en Irak au bout de six ans. Pour être honnêtes, il y a un grand changement. A présent, nous avons des centaines de partis politiques qui ne font rien pour l'Irak, et la seule chose dont ils se soucient, ce sont leurs intérêts. Après six ans, les Américains ont reconnu qu'ils sont venus sans avoir le moindre plan, car la plupart des Irakiens sont toujours pauvres et privés des droits humains les plus élémentaires. Les gouvernements irakiens et l'administration américaine ont complètement échoué à remettre l'Irak sur la bonne voie.

Je dois admettre que six ans après l'invasion, POUR TOUS MES REVES, AUTANT EN EMPORTE LE VENT.

Loin d'Irak depuis des années, Attawie ne peut penser qu'à ce qui lui manque :

J'ai quitté ma chère Bagdad que j'aime tant. J'ai quitté ma famille et de mes amis. Je suis loin de la terre où je suis née ; loin du sol sur lequel j'ai fait mes premiers pas, loin de la maison où j'ai été élevée, loin de mes voisins, je suis loin… mais…ni en esprit ni dans mon âme.

La guerre, le chaos, la perte d'innombrables personnes et objets, le chômage, le système corrompu, les énigmes, le chagrin, l'enchaînement du mal, les rêves perdus, les maisons calcinées, l'odeur de la mort, les veuves, les orphelins, les larmes, les histoires tristes, les souvenirs cruels… Est-ce tout ce qui nous reste ?… Je ne veux pas avoir l'air anéantie. Je ne veux pas me montrer desespérée. Je veux seulement vous dire que le tableau n'est pas agréable à voir. Il a besoin de beaucoup de réparations. Ce qui se passe en ce moment même est injuste.

J'ai perdu le fil de mes idées et ne trouve plus mes mots. Je ne suis pas sûre que cela veuille dire quelque chose. Mais c'est tout ce qu'on peut avoir “un jour comme aujourd'hui“. La vie est figée… l'horloge est cassée. Les prières que vous récitez restent sans réponse aujourd'hui…O Irak, revenir est devenu le rêve qui me fait garder le moral. Ton souvenir adoucit cette vie amère. Tu es le son des rires, la musique de fond pour cette vie bruyante, le baiser d'une mère sur un front, la menotte d'un bébé qui se serre.

Faiza écrit un long billet sur ses sentiments après six ans de guerre et d'occupation, et conclut :

Je souris, au sixième anniversaire d'occupation de l'Irak, malgré la tristesse qui pèse sur mon coeur, mais je ne renoncerai jamais à l'espoir, jamais ; à l'espoir que l'Irak reviendra à son peuple, qu'une direction nationaliste honnête arrivera à son tour, une direction qui ne voudra rien d'autre que l'intérêt de l'Irak, négociera le départ des occupants, et retirera tous les pouvoirs de l'occupation.
Quand ce jour viendra-t-il ?
Dieu seul le sait… Mais il viendra, sans aucun doute… car telle est la loi de Dieu sur terre…

Et, dans le style inimitable de Layla Anwar, un texte comparant la création d'un nouvel Irak à une mère qui accouche aux forceps d'un bébé mutant :

C'était un bébé monstrueux. Une hydre aux cent têtes et cent crânes, une pieuvre aux cent bras, une face déformée aux centaines d'yeux, protubérants… une peau de croûtes écailleuses, un corps visqueux, un reptile invertébré, sans pattes pour se mettre debout, et sa bouche bavait, non de gazouillis, mais d'une écume brûlante et caustique…

Voilà déjà six ans qu'il continue à ramper, reniflant tel un chien enragé, flairant…restant avec la racaille, et en chasse pour plus de sang frais… plus de viande…

Cela fait six ans jour pour jour, et elle est toujours étendue dans cette salle d'accouchement qui ressemble maintenant à une morgue trop utilisée et puante… noyée dans son sang, momifiée dans les slogans et le jargon… son sein et sa bouche remplis d'articles de journaux et d'analyses… de mots…remplis d'une mort oubliée qui se tait, comme les murs oubliés et ravagés de cette ville, où grouillent furtivement les rats et les cafards, se nourrissant des vomissures et des excréments du monstre…se nourrissant de cendres et de poussière.

Et sur cette dernière note, à vous de vous forger votre opinion : six ans après, la guerre en Irak valait-elle vraiment la peine ?

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