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République Démocratique du Congo (RDC) : Goma se refait une beauté pour la fête nationale

Le 30 juin, la République Démocratique du Congo a célébré le 49ème anniversaire de sa déclaration d’indépendance de la Belgique, ainsi que les premiers dirigeants du pays : le président Joseph Kasa-Vubu et le premier ministre Patrice Lumumba [anglais].

La fête nationale a été célébrée dans tout le pays, mais c'est dans la ville orientale de Goma (la capitale de la province du Nord Kivu province) que se sont déroulées les festivités officielles en présence du Président Joseph Kabila, ainsi que des présidents d'un certain nombre d'autres pays. Voici quelques réactions de blogueurs à cet anniversaire historique, célébré dans une ville qui était, il y a eu, une zone en guerre.

Photo de Patrick Butsapu

Photo de Patrick Butsapu

Colette Braeckman, une journaliste belge spécialiste de l'Afrique centrale Africa, a écrit sur le fait d'organiser la cérémonie à Goma :

Voici moins d’un an, qui aurait cru que l’indépendance du 30 juin, date mythique s’il en est, serait célébrée à Goma ? A l’époque, le chef rebelle Laurent Nkunda recevait toutes les télévisions du monde et devenait une star médiatique, entrant en concurrence avec les deux chefs d’Etat des pays concernés, le président Kabila et son homologue rwandais le président Kagame.

A l’époque, la peur régnait dans de vastes zones du Nord Kivu, à la merci d’attaques du CNDP […]

Pour Dawn Hurley, une expatriée américaine à Goma, qui blogue sur From Congo [anglais]c'était un choix risqué :

Ce n'était pas l'endroit le plus évident pour inviter des huiles de toute sorte à célébrer cette fête grandiose. C'est une ville incontrôlée tout au bout du pays. Mais c'est précisément cette réputation de Far-West sauvage (ou plutôt Far-East sauvage) du Congo qui a amené le Président à la choisir pour la célébration.

Pour Colette Braeckman, célébrer la fête nationale à Goma a une signification marquée :

Malgré les peurs des uns, les critiques des autres, il faut reconnaître que célébrer l’indépendance à Goma, hier terrorisée, assiégée et qui se sentait oubliée de Kinshasa, est un symbole fort. Le symbole d’un pays qui a entamé sa reconstruction et récupéré son contrôle sur toutes ses provinces, […] le symbole d’un géant convalescent, qui vacille encore un peu, mais qui, de manière décidée, s’est remis debout…

Dawn de From Congo a aussi commenté les travaux effectués à travers la ville pour les préparatifs des festivités officielles :

C'est ainsi que depuis un mois Goma est englouti dans la poussière. Les rues de Goma, qui sont perpétuellement dans un état de délabrement avancé, ont été ouvertes, délimitées, et attaquées à l'aide de toutes sortes de matériel routier. Des cantonniers sont apparus comme par enchantement et ont travaillé nuit et jours depuis un mois, pour transformer Goma en ville préesentable.

Boubol, le correspondant à Goma du populaire Congoblog, a lui aussi écrit sur la rénovation de Goma en vue de la cérémonie (en ajoutant quelques photos des travaux):

« Je n’ai jamais vécu une telle situation à Goma, qui donne l’impression de se trouver dans une cité industrielle » s’exclame Mzee Paul, un sexagénaire, rencontré le long du boulevard Kanyamuhanga. Ce tronçon, sur lequel s’effectuera le défilé, revêt une nouvelle couche de bitume. C’est depuis la dernière éruption survenue en 2002 qu’il était dénué.

Nombreux sont le badauds qui passent leurs temps admirer les pylônes qui poussent depuis peu sur les routes de la capitale touristique. Au total, 600 réverbères éclaireront Goma d’ici le 30 juin, à en croire un des superviseurs des travaux: « La ville de Goma sera la ville la plus éclairée, après la ville de Kinshasa qui compte seulement 300 pylônes en bon état » a-t-il ajouté.

Photo dYvez Zihundula

Photo d'Yvez Zihundula

Néanmoins, Boboul s'interroge sur la durabilité de cette remise en beauté :

S’ils se réjouissent en voyant ces travaux, les habitants de Goma ne se font pas d’illusion. Il faut attendre de voir s’il s’agit bien d’un élan de reconstruction ou si ce n’est qu’un embelissement temporaire, le temps de la fête.

Apparemment les festivités ont comporté un feu d'artifice, que certains ont pris pour une fusillade [anglais], comme en témoigne cette histoire sur From Congo [anglais] :

Argentine and Mapendo (deux des femmes SHONA) ont passé la soirée de hier à essayer de décider où se cacher. Elles ont entendu des tirs et ont supposé que la ville était attaquée. […]

En fait c'était un feu d'artifice. Hier, c'était la fête nationale au Congo et un spectacle de feux d'artifice a duré au moins une demie-heure hier soir. Je ne pouvais pas voir le feu d'artifice de chez moi, et apparemment, Argentine and Mapendo non plus, depuis leur cachette. Mais nous entendions tous les explosions, et je dois dire que c'était le spectacle le plus long et le plus bruyamment impressionnant que j'aie jamais entendu.

Quant à moi, cela ne m'étonne pas qu'un spectacle de feu d'artifice dans une région qui est encore en guerre puisse donner aux gens la frayeur de leur vie. On l'avait annoncé d'avance à la radio, mais beaucoup de gens, comme Argentine and Mapendo, n'ont pas entendu les avertissements et n'ont pu que supposer le pire.

Le journaliste Yves Zihindula, basé à Goma, qui a aussi remarqué les travaux impressionnants effectués dans sa ville, offre une réflexion quelque peu pessimiste sur le Congo après 49 ans d'indépendance :

Ceux qui ont vécu les années après le 30 juin 1960, parlent des bonnes choses du Congo et disent par exemple qu’un zaïre (monnaie locale de l’époque) équivalait à plus d’un dollar américain. Normal qu’un jeune de mon âge ait difficile à les comprendre. Pas de système d’éducation fiable, pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de routes dans la plupart des localités… voilà ce que nous vivons depuis notre enfance.

49 ans après l’indépendance, quel bilan faire ? Qu’est ce qu’il faut que je réponde ? Je n’ai rien vécu jusque là. J’attends vivre… et ferais un bilan le moment venu.

Dans la même veine, Espérance-Francois Bulayumi de Mbokamosika se demande :

Devrions-nous organiser ce mardi 30 juin 2009 une fête pompeuse pour célébrer la journée commémorative du 30 juin dans la situation où se trouve le pays actuellement?

John Passou propose cette réflexion sur le blog Aujourd'hui c'est Aujourd'hui :

L’indépendance du Congo est à reconquérir. Corriger aujourd’hui les vices du régime Mobutu, ce n’est pas, comme d’aucuns s’imaginent, l’œuvre d’un jour. Ce doit être l’œuvre d’une politique de longue haleine, habile et circonspecte. La domination néocoloniale a plongé la société congolaise dans un pourrissement tel qu’il nous faudra des années pour la purifier.

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