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Arménie – Azerbaïdjan : Le journal sur Facebook de la BBC en Azerbaïdjan

[Les liens sont en anglais, sauf mention contraire]  Dans le cadre du programme BBC Superpower dédié aux nouveaux médias, le bureau de la BBC en Azerbaïdjan a demandé au responsable de Global Voices Online pour le Caucase de se joindre à la réflexion menée dans ce programme sur le pouvoir d'Internet. Dans le status quo amer entre les deux pays concernant le territoire disputé du Haut-Karabagh [en français], la BBC azerbaïdjanaise était spécialement intéressée par le rôle que les médias sociaux en ligne pouvaient jouer pour rapprocher les deux pays.
Ce qui suit est la première partie d'une série, publiée à l'origine en azeri le 24 mars,  et traduite (ou reprenant des extraits originaux en anglais). Deux autres parties sont venues compléter la série les jours suivants.

La BBC Superpower Season a lieu en mars.  Le pouvoir d'Internet et son influence sur la vie quotidienne sont le sujet de ces programmes.

Internet a amené de grands bouleversements dans la vie quotidienne de la population aussi bien au niveau des relations personnelles que des relations professionnelles.  Les nouveaux médias n'ont pas offert de nouvelles voies qu'aux journalistes.  Ils ont aussi permis plus de liberté de pensée et d'activisme social tant aux internautes qu'à la société civile.

L'adoption des médias sociaux a modifié les valeurs culturelles et politiques partout dans le monde.  Tout le monde veut communiquer, participer et partager ses idées.

Ce nouveau projet en ligne mis en place par le bureau azerbaïdjanais de la BBC durant cette saison de notre programme s'appelle Le journal sur Facebook.

Chaque jour, les participants suivront les médias sociaux comme Facebook et Twitter et partageront leurs observations avec les lecteurs de ce site.

La première partie de notre Journal sur Facebook s'appelle Les média sociaux et la résolution des conflits.

La principale raison pour laquelle Facebook est utilisé sont les opportunités d'échanges qu'il offre aux utilisateurs des médias sociaux tout autant que le fait qu'il est un support pour groupe de réflexion.

Quelles opportunités les média sociaux amènent-ils aux partisans de la paix en Arménie et en Azerbaïdjan ? Est-ce que ces nouveaux médias médias peuvent faire évoluer la situation ? Quels sont les aspects négatifs des médias sociaux quand les nationalistes les utilisent pour organiser des attaques sur “l'ennemi”?

Des réponses à ces questions seront données par les journalistes qui écrivent dans “Les média sociaux et la résolution des conflits” : Arzu Qeybullayeva d'Azerbaïdjan et Onnik Krikorian d'Arménie.

Ne vous attendez cependant pas à ce que cette réalité soit représentée par les média locaux dans ces deux pays.  Pour le moment, il s'agit d'un mouvement virtuel, visible en ligne uniquement.  Bien sûr, le négativisme est encore présent mais nous parlerons plus de cela en avançant dans notre sujet.

arzu_bbc
Arzu Qeybullayeva est analyste régional à Bakou : elle a un blog et dirige des formations sur les médias sociaux.

Se concentrer sur l'aspect positif

En lisant les mises à jour des statuts sur Facebook, je suis tombée sur des nouvelles d'un de mes amis azéri qui avait publié un lien en tant que statut.  Ce que ce lien disait m'a aussi interpelée : “L'organisateur de cet événement est mon ami, je vous présente l'ashkhatavor (grand travailleur) Georgi Vanyan !

C'est juste l'un des nombreux exemples trouvés sur Facebook, l'un des plus populaires des réseaux sociaux en ligne, qui compte des millions d'utilisateurs. Un autre aspect de ce nouveau phénomène est que les réseaux sociaux comme Facebook sont devenus une plateforme où les Azéris et les Arméniens partagent leur similarités et leurs différences, parlent de politique, de culture, de la vie, de l'art etc.

L'adoption de Facebook, Twitter et des blogs au Caucase, et spécialement en Arménie et en Azerbaïdjan, a ouvert de nouvelles opportunités pour les jeunes qui vivent dans ces deux pays.

Je me suis inscrite à Facebook en 2005, à l'époque où c'était réservé aux étudiants qui vivaient et étudiaient en Angleterre, en Europe et aux États-Unis. Si on m'avait dit à ce moment là que j'organiserai des formations sur les médias sociaux, je ne l'aurais probablement pas cru et trouvé l'idée un peu ridicule.

Néanmoins, cinq ans plus tard, je ne peux pas nier mon enthousiasme chaque fois que j'en parle devant une audience de jeunes en Azerbaïdjan, en Arménie ou en Géorgie, que je partage toutes les expériences positives que j'ai eues et que je mentionne toutes les retombées positives que m'apportent mes efforts pour ouvrir un dialogue entre les pays.

Grâce à cela, j'ai rencontré beaucoup de brillants jeunes Arméniens et j'ai aussi participé à un voyage improvisé dans un village majoritairement azéri en Géorgie avec le journaliste arménien d'Erevan, Onnik Krikorian.  Nous avons ensuite partagé notre expérience sur Facebook, nos blogs personnels et bien sûr sur Twitter.

La quantité de réactions positives que nous avons reçues a été incroyable, cela montre que les choses peuvent s'améliorer, et que non seulement les Azeris et les Arméniens peuvent travailler ensemble, mais qu'ils peuvent aussi co-exister.

onnik_bbcOnnik Krikorian est le responsable régional de Global Voices Online pour le Caucase, il est par ailleurs journaliste et photographe indépendant à Erevan, en Arménie.

Le facteur humain : la communication personnelle entre arméniens et azéris en ligne

Internet a bouleversé des vies tout autour du monde, spécialement en facilitant l'accès à l'information, mais la situation est particulière dans le sud du Caucase.  Bien que les choses soient en train d'évoluer lentement, être en ligne a longtemps été réservé à un groupe assez restreint et la connexion se faisait principalement par les lignes téléphoniques.  Malgré cela, le coût reste prohibitif pour beaucoup, spécialement dans les régions les moins développées des trois pays qui composent le sud du Caucase.

Minés par les tensions de l'instabilité politique et du conflit ethnique, surtout entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan qui revendiquent tous deux le territoire du Haut-Karabagh, ceux qui avaient déjà accès à Internet sont aussi ceux qui allaient probablement continuer à l'utiliser pour poursuivre la guerre en ligne plutôt que soutenir la paix. Pourtant, si par le passé Internet a été utilisé par les deux camps pour diffuser une propagande négative et parfois de la désinformation sur l'autre camp, il est maintenant envisageable que l'opposé se passe.

Les lignes téléphoniques sont peut-être bloquées ou surveillées, mais les Arméniens et les Azéris qui veulent communiquer peuvent le faire quotidiennement par email, blog et sur des plateformes de micro-blogs comme Twitter. Ils peuvent aussi se parler, grâce à Skype.  Longtemps sous l'influence de nouvelles rarement objectives et souvent nationalistes diffusées par les médias locaux, Facebook, en particulier, permet à chaque camp  d'entrevoir la vie de l'autre, sans stéréotypes négatifs.

C'est vrai, les nationalistes des deux côtés continuent à se servir des mêmes outils à des fins opposées, mais ils n'ont plus le monopole de la diffusion de propagande partisane, surtout depuis l'augmentation de la pénétration d'Internet dans les deux pays.

Durant les jours qui viennent, Arzu Geybullayeva et moi étudierons les aspects positifs et négatifs de l'utilisation d'Internet dans le cadre des relations entre Arméniens et Azéris.  Depuis que nous avons fait connaissance en ligne il y a un an et demi, il est de plus en plus évident que les outils en ligne offrent une opportunité sans précédent de briser les barrières de l'information et de restaurer une communication ouverte entre les deux côtés.

Le meilleur moyen de commencer est sans conteste de regarder Facebook, le chouchou de tous le monde, ainsi que le petit nouveau  de la classe, Twitter.  Les opposants à la paix ont sans doute créé d'innombrables groupes d'incitation à la haine sur Facebook,  mais ils n'ont pas pu contrer la progression massive des relations personnelles et de la communication entre utilisateurs par le biais de pages personnelles.  Le même phénomène se retrouve sur Twitter où de nouvelles voix alternatives ont noyé les propagandistes.

Ces deux approches ont aussi réussi à rappeler une réalité oubliée par beaucoup depuis les accords de cessez-le-feu entre les deux pays en guerre, signés 1994.  A savoir que les Arméniens et les Azéris ont plus en commun que certains veulent bien l'admettre.

Par exemple, Novruz, une fête célébrée en Azerbaïdjan, en Iran et en Turquie comme dans d'autres pays, pour marquer le début du printemps, a lieu ce weekend.  Non seulement beaucoup d'Azéris ont mentionnés ces festivités via leur statut sur Facebook ou en publiant des photos marquant cette fête, mais beaucoup d'Arméniens en ont fait autant, spécialement ceux qui reconnaissent l'influence perse sur les deux cultures.

L'une d'entre eux était Liana Aghajanian, une Irano-arménienne vivant maintenant aux États-Unis.

[…] être arménien ne veut pas dire être membre d'un club inclusif où des traditions d'une seule origine sont observées et un seul langage est parlé.  Nous sommes un groupe incroyablement diversifié, d'origines très anciennes, qui avons au cours du temps influencé et été influencé par des cultures magnifiquement riches et attirantes, et le nier serait nous faire du tort. […] Je crois que ce que j'essaye de dire c'est que, pour les choses simplement, la diversité est une bonne chose.  Soyons en fiers. […]

Ce billet a généré une brève conversation avec un internaute azéri sur Twitter, pour souligner les similarités entre Novruz et Trndez, une fête arménienne, qui partage certainement les mêmes origines, mais qui avait été radicalement modifiée pour être intégrée dans le calendrier religieux quand l'Arménie est devenue chrétienne en 301.  Cette réalité est la parfaite réponse aux propos du président arménien [de 1998 à 2008 ] Robert Kocharian, en 2008, déclarant qu'arméniens et azéris étaient “ethniquement incompatibles.”

Il y a un an, des échanges si ouverts étaient à peine imaginables, mais aujourd'hui, les exemples se multiplient de discussions civiles, polies et amicales sous la forme de commentaires sur des billets de blogs, de tweets et sur les pages Facebook d'abonnés qui partagent la même ouverture d'esprit.  Et ce sera bien le message que Arzu et moi partagerons avec notre audience lors de notre présentation le mois prochain à une conférence sur les média sociaux qui aura lieu à Tbilissi, en Géorgie.

Le texte original en azéri est disponible sur le site de BBC Azerbaïdjan. Tous nos remerciements à Konul Khalilova pour nous avoir autorisé à publier la version anglaise.  Plus d'informations sur la collaboration entre la BBC et Global Voices Online pour la Superpower Season ici.

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