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Ukraine : La Journée mondiale de la liberté de la presse ouvre le débat sur l'état des média

Le 3 mai a été déclaré Journée mondiale de la liberté de la presse [en anglais] par l'ONU, pour une meilleure prise de conscience de l'importance de la liberté des média autour de la planète.

En Ukraine comme dans de nombreux autres pays, les journalistes annoncent traditionnellement lors de cette journée les résultats d'un anti-palmarès des “Ennemis de la presse libre.” Cette année, l'Institut de l'information de masse et le Syndicat ukrainien des Médias Indépendants ont inscrit le Président ukrainien Victor Ianoukovych et le Premier Ministre Mykola Azarov en tête de la “liste noire”. Parmi les incidents [en ukrainien] qui ont valu au président Ianoukovych de figurer sur la liste, on comptait la disparition des critiques envers le régime du reportage de la télévision “1+1” sur ses 100 premiers jours en fonction, une interdiction de photographier le cortège présidentiel faite aux journalistes du Vechirni Visti, et sa conférence de presse conjointe avec le Président russe Dmitri Medvedev où il n'était pas permis de poser des questions.

La Journée mondiale de la liberté de presse a aussi été l'occasion de nombreuses discussions en ligne sur l'état des média en Ukraine et les possibles raisons du rétrécissement de la liberté de la presse dans le pays.

Sur son blog de Ukrayinska Pravda, le journaliste Serhiy Lechtchenko a décrit [en ukrainien] la différence entre la Journée officielle ukrainienne du Journaliste et la Journée mondiale de la liberté de la presse :

Il existe en Ukraine un jour férié [artificiel] – la Journée du Journaliste –, célébré le 6 juin. Il a été instauré par l'Etat et créé par décret présidentiel. […] C'est par un cynisme particulier que dès avant la Journée officielle des Journalistes le 6 juin, différents députés et responsables d'Etat tentent de saluer les rédactions pour leur “jour férié professionnel”. L'apogée de cette absurdité est une photo du gouvernement décernant diverses distinctions à des représentants des médias loyaux pour leur “mérite”.

On peut comparer cela à, disons, un boucher saluant une vache lors d'une Journée du Boeuf.

La véritable Journée des Journalistes dans le monde normal est le 3 mai : la Journée mondiale de la liberté de la presse. C'est une journée où les journalistes ne célèbrent rien du tout, mais se souviennent de leurs collègues assassinés, des hommes politiques qui s'ingèrent dans leur travail, et des gouvernements qui institutionnalisent la censure.

Zoryana Byndas, rédactrice en chef d'un journal Internet, Pohlyad, a raconté [en ukrainien] le scepticisme dominant qu'elle rencontre de la part de l'industrie des médias ukrainienne quant à la liberté de la presse :

J'ai assisté récemment à une réunion avec un annonceur potentiel. Nous avons discuté de ses services et de la meilleure façon de les présenter à nos lecteurs, et clarifié les détails. A la fin de la réunion, cet homme m'a interrogée sur le propriétaire du journal Internet Pohlyad. J'ai répondu que tout était indiqué sur notre site web. L'annonceur potentiel a eu un sourire en coin et dit, “Bon, d'accord, c'est vous la responsable ici, mais à qui ça appartient, qui vous finance, quel parti politique.” J'ai à nouveau expliqué. L'homme a commencé à s'agiter et m'a dit comment ce journal-ci était financé par ce type, qui possédait aussi une chaîne de télévision. Et comment ce journal-là couvrait en continu les activités d'un certain parti, ce qui signifiait qu'il possédait l'organe. L'homme était persuadé qu'un petit groupe d'enthousiastes, comme mes amis et moi, ne feraient pas fonctionner un journal Internet, puisque de tels organes étaient uniquement créés pour [élever certains et en discréditer d'autres aux yeux du public].

“Bien,” me suis-je dit, “cet homme a raison”. La presse indépendante aujourd'hui n'a [pas de précédent]. Même si elle existe encore quelle que part, on est tenté de demander, quel est le piège ?

Sur le réseau social politique ukrainien Politiko.ua, l'abonné Serhiy Trehoubenko critique [en ukrainien] les média ukrainiens, constatant que la liberté de la presse ne suffit pas à elle seule à l'Ukraine :

La presse ukrainienne poursuit les fonctions de la presse soviétique : sur le papier, elle soutient le développement, mais les résultats démontrent qu'elle est pire que la peste communiste.

Dans les pays civilisés certaines choses vont de soi, mais dans les pays post-soviétiques elles doivent être négociées. La liberté de la presse n'est pas suffisante pour nous, il nous faut aussi créer une presse intelligente et responsable qui soit capable d'expliquer les choses comme elles sont et de proposer des améliorations.

Sur Vikna.if.ua, la blogueuse Viktoriya Iadochtchouk a écrit [en ukrainien] que les raisons pour lesquelles la Journée mondiale de la liberté de la presse ne peut pas être considérée comme une simple formalité en Ukraine :

Certes, depuis la révolution orange, la société ukrainienne s'est démocratisée grâce à la presse. Mais cela ne suffit pas parce que la pleine liberté d'expression en Ukraine [n'a pas été atteinte]. De plus, depuis l'arrivée au pouvoir [du président] Yanoukovych, selon l'organisme de surveillance Freedom House, la liberté d'expression a en réalité décliné. […]

Comme nous le voyons, la situation est critique : les Ukrainiens ont une fois de plus peur de dire la vérité, parce qu'ils craignent pour leur vie. Je pense que la société elle-même doit traiter ce problème. Si la nation s'unissait pour dire la vérité, cela secouerait le gouvernement et l'inciterait à [reconsidérer son action]. Laissons de côté peur et doutes, restons honnêtes et ne permettons pas à ceux au pouvoir de détruire la valeur suprême : la liberté, liberté de choix, liberté de pensée, et liberté d'expression !

A l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Freedom House a publié un rapport mettant en évidence [en russe] le déclin continu de la liberté de la presse en Ukraine – une information très largement partagée par les blogueurs et twitteurs ukrainiens. Au début de l'année, l'organisation a également dégradé [en anglais] la note de l'Ukraine de “libre” à “partiellement libre”.

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