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Zimbabwe : Féministes sur Internet, sans tabous

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices Objectifs du Millénaire 2011.

[liens en anglais] Dans un pays généralement décrit comme conservateur, où on rappelle aux femmes leur place en leur disant de quoi elles peuvent ou non parler ouvertement, une société que beaucoup voient toujours coincée dans la faille spatio-temporelle africaine, Internet  offre une plate-forme précieuse où discuter de questions qui resteraient sinon taboues. Après tout, on est au Zimbabwe, pays dont le président est connu dans le monde entier pour ses idées bien arrêtées contre l'homosexualité entre autres.

Les blogueuses et surtout les utilisatrices de Facebook ont adopté ces plates-formes pour discuter de questions relatives à leur sexualité et de tout ce qui ferait sans doute rougir le Président Mugabe. Elles y ont tout créé, depuis leurs courriers du coeur du cyber-espace jusqu'au décorticage de la place des femmes dans la politique et l'économie.

Internet offre une plate-forme précieuse où discuter de questions qui resteraient sinon taboues. Source de la photo : page Facebook de la Makhox Women's League .

La blogueuse Delta Ndou qualifie son blog de “méditations d'une féministe,” une affirmation audacieuse pour le Zimbabwe. Delta Ndou est devenue une célébrité du net avec son blog où elle traite de tout, frottis, mariage, sexe, maris infidèles. Dans un billet de blog sous le titre “L'exemple Hillary,” elle évoque la future Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton et la façon dont elle s'en est sortie avec son mari Bill et le scandale Monica Lewinsky.

A propos des frottis, Ndou écrit dans un de ses billets de blog :

Je trouve que si les femmes peuvent rester assises 5 heures pour se faire tresser les cheveux ; avec le temps que nous sacrifions au salon de coiffure pour être belles – nous pouvons bien garder quelques heures pour faire inspecter notre col de l'utérus. A noter qu'ayant fait le frottis, le prochain ne sera pas avant 2 ans, alors le confort et la tranquillité d'esprit valaient la peine. Faites-vous ce plaisir… si cela implique de vous dissimuler, d'aller dans une autre ville où personne ne vous connaît, ou que sais-je – faites-vous faire un frottis.

C'est le genre de chose qui attire les lectrices vers son blog. Et de poursuivre :

Vous en avez besoin et c'est gratuit. Pendant que des thèmes comme la circoncision masculine ont été largement mis en avant dans les médias, la nécessité des frottis reste une question de santé publique laissée dans l'ombre et pourtant urgente. Cet article est donc une modeste contribution pour corriger cette négligence. Les hommes vont se faire circoncire. Les femes vont se faire faire un frottis.

Elle n'est pas seule à dire son fait en ligne. La blogueuse Fungai Machirori porte le “discours féministe” un cran plus haut. Elle écrit sur les vagins et tout ce qui est susceptible d'abasourdir un individu moyen au Zimbabwe, et pratique ce qui fait l'essence du blogging : la libre expression.

Dans un de ses billets, Fungai Machirori demande, avec son culot tranquille, A quoi ressemble un vagin ?”:

De quoi a l'air un vagin ‘normal’ ?

La question peut vous surprendre, mais à y réfléchir elle est tout à fait pertinente.

Il y en a de toutes formes et couleurs, mais nous n'osons jamais y voir de plus près…

A la différence des hommes qui connaissent les pouces et centimètres moyens de leurs appendices, nous femmes ne savons pas grand chose de nos organes sexuels…

Nous femmes regardons rarement nos vagins, et encore moins ceux des autres – alors comment pourrions-nous savoir ?! Au contraire des hommes qui touchent leurs pénis chaque fois qu'ils urinent ou changent de sous-vêtements, nous les femmes faisons à peine attention à nos vagins. De toute façon, ça n'a rien d'évident de les voir en entier. Ça nécessite des miroirs et des positions tordues, ce qui ne fait qu'ajouter à la difficulté d'essayer de mieux connaître son propre corps.

Et malheureusement, la seule fois où beaucoup de jeunes femmes prennent conscience de l'apparence du vagin est quand elles sont forcées à lui faire perdre son état naturel.

La blogueuse Shonavixen vient de débuter un marathon de blogging de 30 jours dans ce qui ne manquera pas d'être considéré comme une production prodigieuse par ses copines internautes.

Facebook est une aubaine pour les femmes qui ont créé leur propre groupe appelé Makhox Women's League (Ligue des Femmes Makhox).

Les billets sont généralement écrits en langue locale SiNdebele, signe peut-être que l'usage des langues locales pour donner voix et espace à tous gagne du terrain dans le cyberespace. C'est ici que les femmes permutent leurs rôles dans le courrier du coeur, et ces échanges n'ont pas de prix. Le groupe se veut le lieu d'expression personnelle que n'ont pas réussi à être les médias traditionnels, avec des échanges dont la nature leur interdirait de voir le jour dans un “journal pour la famille.”

Le dernier thème en date sur leur page s'énonce :

Quels sont les inconvénients d'être une belle-mère ou y a-t-il des avantages ou du bon ou du mauvais…. Parlons-en makhosikazi. RM.

Facebook est vraiment devenu un forum où les femmes du Zimbabwe affrontent les sujets “tabous”. Dans un de ses billets de blog, Machirori évoque les femmes qui sortent avec des hommes beaucoup plus jeunes qu'elles, et des femmes qui amènent ce discours à ce qui est véritablement devenu le léviathan du réseautage social mondial, Facebook. Machirori pose la question, “Si les Zimbabwéennes sur Facebook disent qu'un homme plus jeune ne les dérange pas, les temps seraient-ils en train de changer ?”
Ce qui est d'autant plus intéressant que c'est un domaine que la société traditionnelle zimbabwéenne rechigne à discuter ouvertement, puisque ce sont les hommes qui normalement épousent des femmes beaucoup plus jeunes ! Ces blogueuses féministes ne font peut-être que mettre au jour les contradictions par le seul canal à leur disposition : la blogosphère et Facebook.
Les temps changent pour de vrai, comme le grattait en son temps Dylan sur sa guitare. C'est grâce à Internet et à la présence croissante des femmes du Zimbabwe sur la Toile.

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices Objectifs du Millénaire 2011.

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