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Venezuela : Un dialogue entre le chanteur Rubén Blades et le président Maduro

Rubén Blades. Photo par Jaris Savoglou sur Flickr, sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)

Rubén Blades. Photo par Jaris Savoglou sur Flickr, sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0)

Hugo Chávez avait de bonne relations avec différents artistes latino-américains, surtout ceux qui s'identifiaient comme progressistes, mais il semblerait que Nicolás Maduro ait des réserves à ce sujet, surtout dans le contexte des manifestations actuelles. Le populaire auteur-compositeur-interprète panaméen Rubén Blades a exprimé son soutien à Hugo Chávez [espagnol, comme les liens suivants] à plus d'une occasion mais a récemment mis en ligne sur son site internet un billet controversé intitulé simplement « Venezuela ». En voici un extrait :

El país está tristemente polarizado y por eso hoy Venezuela duele. La aparente ausencia de una solución se debe a la falta de un liderazgo que establezca un propósito de lucha que unifique al país, en lugar de dividirlo. Si estás a favor de la oposición, eres un burgués parásito, agente de la CIA, vendido al Imperio. Si favoreces al gobierno eres un comunista, maleante, vendido a Cuba y a los Castro. Ninguna de estas definiciones habla de Venezuela y de su necesidad. Solo pintan el odio y la expectativa personalista de quien esgrime el argumento, impidiendo la posibilidad de un diálogo inteligente y patriótico.

Le pays est tristement polarisé, c'est pour cette raison qu'aujourd'hui le Venezuela souffre. L'absence apparente de solution est due à un gouvernement qui manque de propositions de lutte fédératrice pour le pays et ne fait que le diviser. Celui qui soutien l'opposition est un parasite capitaliste, un agent de la CIA, un vendu à la cause de l'empire. Celui qui soutient le gouvernement est un communiste, un mécréant, un vendu à la cause de Cuba et des castristes. Aucune de ces définitions ne parle du Venezuela ou de ses besoins. Elles ne font que dévoiler la haine et les aspirations égocentriques de ceux qui en font leurs arguments, entravant ainsi les possibilités d'initier un dialogue intelligent et patriotique.

 Il s'adresse ensuite aux étudiants vénézuéliens :

Ojalá que logren sentar las bases para la discusión del país que puede ser, y no el que hoy pretenden forzar dos bandos en conflicto de intereses. Que no les obliguen a escoger entre alternativas como el cáncer o el ataque al corazón. Que los estudiantes del país, desde El Guajiro hasta Cumaná, planteen su agenda de vida y se la presenten a los dos grupos que hoy se debaten en pugna por el Poder. Díganles cuál es el país que quieren, y aclaren que no aceptarán como únicas alternativas, las propuestas por los dos bandos en disputa.

Espérons que vous arriverez à établir les fondations d'une discussion sur le devenir du pays et non sur ce que deux factions en conflit d'intérêt prétendent vous imposer aujourd'hui. Qu'ils ne vous obligent pas à choisir entre le cancer et la crise cardiaque. Que les étudiants du pays, depuis El Guajiro jusqu'à Cumaná, proposent leur programme de vie et le présentent aux deux groupes qui débattent et luttent aujourd'hui pour le pouvoir. Montrez-leur quel est le pays que vous voulez, et qu'il soit clair que vous n'accepterez pas comme seules alternatives les propositions des deux factions rivales.

Comme il était à prévoir, le président vénézuélien Nicolás Maduro n'a pas tardé à faire entendre sa réponse lors d'une émission de télévision :

Quelques extraits de la réponse du président :

Hoy escribió un artículo influido en lo que ve en Univisión, TeleMundo y CNN, él cree el cuento de esas televisoras. Ruben yo te invito a que vengas a Venezuela, en privado si quieres, para que converses con nuestro pueblo […] pero no creas que se va a dar ese proceso que tú recomiendas aquí y que estos grupos fascistas que salen y que presentan Univisión, TeleMundo y CNN como unos corderitos, son la alternativa para nuestro país […] A esta revolución tu más bien deberías incorporarte, porque esta revolución se hizo con tu canto, de rebeldía contra el imperio, contra el tiburón que anda por ahí por las costas del Caribe venezolano […] En esta oportunidad te salió mal la letra

Aujourd'hui [Rubén Blades] a écrit un article influencé par ce qu'il a pu voir sur Univisión, TeleMundo et CNN, il croit aux histoires racontées par ces chaînes de télévision. Ruben, je t'invite à venir au Venezuela, en privé si tu le souhaites, afin que tu puisses parler avec notre peuple […] mais ne pense pas que les actions que tu recommandes puissent avoir lieu et que les groupes fascistes dans la rue représentés par Univisión, TeleMundo et CNN soient la seule alternative pour notre pays […] Tu devrais plutôt te joindre à cette révolution, parce que cette révolution est née de tes chansons, de la rébellion contre l'empire, contre les requins qui rôdent au large des côtes caribéennes du Venezuela […] En cette occasion tu as mal trouvé tes mots.

Mais l'échange ne s'est pas arrêté là. Rubén Blades s'est senti obligé de répondre au président Maduro après avoir été cité directement dans son discours, dans sa réponse il écrit :

Creo que su gobierno, Presidente Maduro, no posee la mayoría representativa que justifique lo que le está haciendo al país. Por otro lado, la oposición, mezcla de lo que existió en el pasado político de Venezuela y de lo nuevo que hoy lucha por hacerse respetar y considerar, no está formada por cuatro gatos fascistas, como se pretende hacer ver. Es una vital cantidad de personas.  […]

La Venezuela de hoy no es la Nación que todos sus habitantes desean, es una versión de país a la que sólo parece apoyar el 50% de la población, tomando en cuenta el total de los votos emitidos en las elecciones del 2013. Esa realidad determina la necesidad de considerar una modificación del rumbo presente, en busca de un balance que permita el desarrollo del argumento nacional en sus propios términos, más realista y menos agresivo; una Venezuela en la que no sean necesarios los gritos de “Patria o Muerte”, entre hermanos.

Je crois que votre gouvernement, président Maduro, ne possède pas la majorité représentative qui justifierait ce que vous infligez au pays. D'un autre côté, l'opposition, un mélange entre ce qui existait au Venezuela par le passé et quelque chose de nouveau, se bat aujourd'hui pour être respectée et prise en compte. Il ne s'agit pas juste de quelques minables fascistes, comme vous aimeriez nous le faire croire. Mais d'un nombre important de personnes. […]

Le Venezuela d'aujourd'hui n'est pas la nation que tous ses habitants désirent. C'est une version du pays que seuls 50% de la population semble soutenir, basée sur le nombre de bulletins déposés dans les urnes des élections de 2013. Cette réalité détermine le besoin de changer de voie, en quête d'un équilibre qui permettrait que le débat national se développe selon ses propres modalités, de manière plus réaliste et moins agressive ; un Venezuela où il ne serait pas nécessaire que des frères scandent des slogans tels que « la mère patrie ou la mort ».

Blades continue :

[E]n las presentes circunstancias, no resulta apropiado que su gobierno imponga sus deseos, o desconozca, o pretenda ignorar la validez de los argumentos planteados por sus críticos venezolanos. No creo que es a través de la represión, la censura, o el recurso demagógico que se produce la respuesta racional a una condición objetiva inobjetable. Tal actitud solo provocaría más violencia, que generaría la posibilidad de una ingobernabilidad, un vacío político que podría ser llenado con un golpe militar, la única institución con la capacidad de organización y poder coercitivo para enfrentar el caos institucional y civil resultantes.

Dans les circonstances actuelles, il est inapproprié de la part de votre gouvernement de nous imposer ses désirs, qu'il n'en soit pas conscient ou qu'il prétende ignorer la validité des arguments avancés par les critiques vénézuéliens. Je ne crois pas que ce soit au travers de la répression, de la censure ou de la démagogie qu'une réponse rationnelle à une situation objective incontestable puisse émerger. Une telle approche provoquerait plus de violence et générerait une situation ingouvernable qui laisserait un vide politique qui pourrait être comblé par un coup d'état militaire, la seule institution dotée de la capacité d'organisation et du pouvoir coercitif pour faire face au chaos civil et institutionnel.

Les lettres et réponses de Blades et Maduro ont suscité une frénésie de commentaires et de réactions sur le web hispanophone. Des auteurs de tous horizons politiques se sont exprimés sur les réseaux sociaux, dans les commentaires de blogs et sur divers sites internets où cet échange a pu être partagé.

La réflexion de Rubén Blades sur ce qu'il se passe au Venezuela est excellente.

Jouant la note médiatique contre le Venezuela, Calle 13, Rihanna, Arjona, Blades se sont tous exprimés. Qui détonnera encore plus de la réalité ?

#Blades : J'ai davantage confiance en les arguments des étudiants qu'en ceux du gouvernement et de l'opposition.

La lettre de RUBÉN BLADES qui a tant dérangé l'homme qui commet des CRIMES CONTRE L'HUMANITÉ EN ARMANT DES GROUPES D'EXTERMINATION NMADURO.

On a aussi pu voir d'autres réponses, soutenant le gouvernement pour la plupart.

Réponse de @delsasolorzano à @rubenblades au sujet de sa lettre au Venezuela.

Maduro à Blades: au Venezuela, c'est Pablo Pueblo [le peuple, également le titre d'une chanson de Rubén Blades] qui gouverne.

Nous menons des révolutions tous les jours avec beaucoup d'interruptions – Silvio Rodríguez à Rubén Blades

Le dernier épisode de la série est une réponse de Maduro à Blades. M. Maduro a déclaré lors d'une apparition télévisée qu'il a écrivait une lettre privée à Blades. Dans la même vidéo, il invite les artistes qui commentent la situation au Venezuela à visiter le pays et à venir en parler sur place.

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