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L'Asie Centrale et la Corée du Sud : plus proches que ce que l'on pense

In Gwanghui-dong, Seoul, a Russian-speaking church of Koryo-saram members occupies the floor upstairs from a restaurant serving Kyrgyz cuisine. Koryo-saram refers to ethnic Koreans distributed across Central Asia. Many can no longer speak Korean and very few have moved 'back' to Korea. Photo taken from Wikipedia.

A Gwanghui-dong, Séoul, les membres Koro-saram d'une église russe se réunissent à l'étage,

[Sauf indication contraire, les liens dirigent vers de pages en anglais]

Quand on pense à l'Asie Centrale on pense souvent à une région sous influence russe ou, plus récemment, dominée par l'économie chinoise. Mais la Corée du Sud a aussi sa place en Asie Centrale et, de plus en plus, l'Asie Centrale en Corée du Sud.

Une vie meilleure pour les immigrés

Selon leurs gouvernements respectifs, on compte plus de 4.000 [ky] habitants du Kirghizistan et 14.000 [uz]  d'Ouzbékistan parmi les travailleurs immigrés en Corée du Sud. Ils sont nombreux à travailler en usine ou dans l'industrie poissonnière, mais certains dirigent de petites et moyennes entreprises qui fournissent des services de restauration à leurs compatriotes et aux coréens, sans compter ceux qui exportent des textiles coréens et des produits cosmétiques aux républiques d'Asie Centrale.

Korean socks and tights are exported to Central Asian countries. Photo by Zukhra Iakupbaeva

Des chaussettes et des collants coréens sont exportés dans les pays d'Asie Centrale. Photo de Zukhra Iakupbaeva

Sur Asiana, un forum de discussion depuis longtemps en place, les internautes  discutent sur les salaires des ouvriers d'Asie Centrale en Corée du Sud. En général, les salaires vont de 800$ à 1.200$, soit au moins le double du salaire moyen que les kirghizes, les kazakhs, les tadjiks, les turkmènes ou les ouzbèkes pourraient gagner en Russie, où est accueillie la majorité de la main d'oeuvre de ces pays.

Chala Manap, lecteur de Knews, journal local du Kirghizistan, explique [ky]:

россия и корея – две разные картины. корея – 800 долларов и заводская профессия, россия – 300 долларов и профессия дворника. лучше бы все кыргызы ехали в корею ( хотя в идеале лучше бы зарабатывали дома), по крайней мерестали бы ценными кадрами, когда у нас запустят заводы. и главное, все это без всяких таможенных союзов и прочих одкб… да и никто не требует сдать экзамен по корейскому языку и истории кореи

La Russie et la Corée sont deux choses différentes. La Corée paie 800US$ pour un travail en usine alors que la Russie paie 300US$ à un balayeur. Il est préférable pour un kirghize de se rendre en Corée (même si l'idéal serait qu'il puisse travailler dans son pays) où son travail sera valorisé. De plus, il n'y a pas d'union douanière ou de CSTO (Organisation du Traité de Sécurité Collective). Il n'est pas nécessaire de passer un examen de langue coréenne ou d'histoire de la Corée [comme c'est le cas en Russie].

Ce commentateur est mal informé, cependant. Nous avons appris que les immigrants kirghizes se rendant en Corée du Sud doivent passer des examens [ky] dans des centres spécialisés en langue coréenne situés dans les deux plus grandes villes du Kirghizistan. La procédure est la même au Kazakhstan et en Ouzbékistan, deux pays où les entreprises sud-coréennes ont des intérêts économiques stratégiques.

Un quartier d'Asie Centrale à Séoul?

The advertisement of remittance in Uzbek language. Photo by Zukhra Iakupbaeva

Une publicité pour des services de dépôts bancaires rédigée en ouzbèke. Photo de Zukhra Iakupbaeva

Dongdaemun est l'un des principaux endroits de Séoul où travaillent les kirghizes et les ouzbèkes.

C'est un “village d'Asie Centrale” dans la capitale où l'on peut trouver des restaurants de cuisine régionale, des magasins de vêtements et de produits cosmétiques, des juristes et des salons de coiffure. La plupart des enseignes des magasins sont en cyrillique. On y trouve même une succursale de banque coréenne qui fait de la publicité pour des services de transferts bancaires en ouzbèke.

Larisa, la propriétaire d'un restaurant kirghize “Ala-Too” (Haute montagne en kirghize) que nous avons interviewée, nous a parlé de l'ouverture de son restaurant:

Mes amis kirghizes de Séoul m'ont demandé d'ouvrir un restaurant qui cuisine nos plats nationaux au début des années 2000. Ils avaient remarqué que des restaurants servant la cuisine de différents pays ouvraient un peu partout dans Séoul mais qu'il n'y avait pas de restaurant kirghize. J'ai discuté avec Kalygul Turdaliev, le représentant de la communauté kirghize en Corée du Sud, et j'ai décidé d'ouvrir deux restaurants kirghizes.

Les coréens Koryo-Saram parlent mieux russe que coréen

Malgré un nom russe, Larisa est d'origne coréenne. Ses parents ont été déportés d'une région proche de la frontière de l'empire soviétique vers l'intérieur par Joseph Staline au début des années 1940. La famille de Larisa a été déportée en Ouzbékistan, et elle a été élevée en russe dans un environnement soviétique. Pour sa part Staline pensait que les coréens qui vivaient à l'extrême est de l'Union Soviétique pouvaient être utiles en cas d'invasion japonaise potentielle.

Après la chute de l'Union Soviétique, Larisa s'est rendue en Corée du Sud pour “apprendre le coréen”. Elle a épousé un coréen et a ouvert une boulangerie. Ses amis kirghizes n'ont pas eu de mal à la convaincre de se reconvertir à la restauration.

Kyrgyz restaurant "Ala-Too" is from the right. Photo by Zukhra Iakupbaeva

Une enseigne du restaurant kirghize “Ala-Too” à Séoul. Photo de Zukhra Iakupbaeva. 

Pendant près de 14 ans elle a nourri les kirghizes de Séoul de leurs plats nationaux, elle a organisé des évènements pour l'Ambassade du Kirghizistan et pour l'Ambassade du Kazakhstan à Séoul.

Liés par le commerce

Outre les restaurants kirghizes et ouzbèkes, on trouve plusieurs magasins de textile. C'est de ces commerces que partent les exportations de chaussettes et de collants vers les plus grands centres commerciaux d'Asie Centrale. Ces échanges commerciaux se font principalement entre les coréens originaires d'Asie Centrale et les commerçants d'Asie Centrale.

Les produits cosmétiques coréens sont également exportés vers l'Asie Centrale. Yula, vendeuse dans un magasin de cosmétiques de Séoul -née en Ouzbékistan comme Larisa- nous raconte:

Il est plus facile d'exporter des produits cosmétiques au Kirghizistan qu'au Kazakhstan et en Ouzbékistan. Les droits de douane sur les produits cosmétiques pour le Kirghizistan coûtent 1.50$ le kg, alors qu'ils sont de 8.00 à 9.00$ le kg pour le Kazakhstan ou l'Ouzbékistan.

A Bishkek on trouve de nombreux magasins de produits cosmétiques coréens. Mais un familier du forum Diesel,  fait part [ky] de ses doutes et soupçonne les grossistes d'utiliser le “label Corée” pour vendre des produits de moindre qualité à un prix exagéré:

Как то знакомая мне поведала, что её подруга кореянка (южная) рассказала что та корейская косметика у нас, в самой Корее продаётся как в подземке. То есть грубо говоря “ширпотрёб”. Ну а вообще зашла я как то в корейский магазинчик по Советской и начала расспрашивать продавщиц о биби креме. Вообщем показали они мне пару дохлых тюбиков за 1000 с чем то сом…девочка знакомая отправила с кореи, цены по сравнению с бишем: земля и небо. А еще все свежее, максимум 3-4 месяца назад произведено

Une amie m'a dit qu'elle a une amie en Corée qui prétend que les produits cosmétiques coréens vendus au Kirghizistan sont vendus dans le métro en Corée, autrement dit que ce sont des produits de grande consommation. Je suis allée dans un magasin coréen sur une rue soviétique et j'ai demandé aux vendeurs des renseignements sur les BB crèmes. Ils m'ont montré plusieurs tubes qui valaient plus de 1000 soms [~20$]… Plus tard mon amie m'a envoyé des crèmes de Corée. Elles sont beaucoup moins chères. Tout est frais, maximum 3 ou 4 mois après la date de fabrication.

Les partenariats économiques entre la Corée du Sud et l'Ouzbékistan s'élèvent à eux seuls à 8 milliards de $ sur des projets bilatéraux, dont la transformation du gaz, l'énergie renouvelable et l'industrie textile. Le groupe sud-coréen international Daewoo, qui possède d'importantes usines textiles dans le pays, a dû faire face à de fortes critiques pour avoir soutenu le travail forcé des enfants dans les champs de cotton de la république.

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Un magasin de produits cosmétiques de Séoul demande en russe à ses clients potentiels de sourire à la caméra de sécurité cachée. Photo de Zukhra Iakupbaeva.

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