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Premier cas d'infection en Europe : une aide-soignante espagnole contaminée par Ebola

Llegada del primer misionero repatriado con ébola a Madrid, el de julio de 2014. Foto del blog Paciente Cero, con licencia CC-BY-SA 4.0

Arrivée à Madrid du premier missionnaire infecté par Ebola, en juillet 2014. Photo tirée du blog Paciente Cero, publiée sous licence CC-BY-SA 4.0

[Tous les liens de cet article renvoient vers des pages web en espagnol.]

Le 6 octobre, le premier cas de contamination par Ebola hors d’Afrique a été confirmé. Il s’agit d'une aide-soignante espagnole, employée de l’hôpital Carlos III de Madrid, qui avait soigné Manuel García Viejo, un missionnaire espagnol rapatrié en septembre après avoir été infecté en Sierra Leone, où il travaillait depuis 12 ans comme directeur de l’hôpital San Juan de Dios. Celui-ci est décédé quelques jours après son arrivée en Espagne.

Selon les informations disponibles, l'aide-soignante a été deux fois en contact avec le patient. Après la mort du malade, elle a pris des vacances et s'est même présentée à un concours. Le 30 septembre, souffrant de fièvre, elle se rend à un centre de santé, mais aucune attention particulière n'est accordée à son état. Durant six jours, elle a insisté pour que des examens soient faits, notamment en se rendant aux urgences où elle a été en contact avec plusieurs patients.

Les autorités sanitaires dressent actuellement une liste des personnes qui pourraient avoir été en contact avec la contaminée et à l'hôpital Carlos III plusieurs patients sont en isolement : le mari de l’aide-soignante, qui pour le moment ne semble pas infecté, un patient espagnol en provenance du Nigeria et une infirmière qui a également soigné le missionnaire et présentait des symptômes laissant imaginer une deuxième contamination, bien que les tests soient négatifs.

La décision de rapatrier les missionnaires a été polémique dès le début. Les experts ont accusé le gouvernement de prendre une décision politique et non sanitaire, déconseillant de prendre le risque d'introduire des malades d'Ebola en Espagne et en Europe, où la population est plus fragile face à ces maladies. De plus, les associations et les syndicats du personnel soignant ont dénoncé le manque de préparation et de moyens du système sanitaire espagnol, qui se démantèle peu à peu à cause des coupes budgétaires systématiques. Le président du syndicat des médecins (AMYTS), Daniel Bernabéu, critiquait, en août déjà, l'improvisation face à l'arrivée imminente du premier infecté par le virus Ebola :

Se está improvisando [y eso] entraña muchos riesgos. Hay una queja generalizada (…) y es la escasa preparación (…) en el manejo de los equipos de aislamiento específicos. (…) Se está llevando a cabo un acondicionamiento acelerado, urgente y a toda prisa de las instalaciones de aislamiento.

C’est de l’improvisation [et cela] entraîne beaucoup de risques. Il y a une plainte générale (…) quant au manque de préparation (…) dans l’utilisation de l'équipement spécialisé pour la mise en quarantaine. (…) On procède à un conditionnement expéditif, urgent et précipité des installations d’isolement.

Personal sanitario protesta ante un hospital de Madrid tras conocerse el caso de contagio. Captura de pantalla de un vídeo de eldiario.es, con licencia CC-BY-SA 3.0

Le personnel sanitaire manifestant devant un hôpital de Madrid après avoir pris connaissance du cas de contamination. Capture d’écran d’une vidéo de eldiario.es, publiée sous licence CC-BY-SA 3.0

Le personnel de l’hôpital Carlos III a dénoncé de graves irrégularités dans la gestion du transfert, de l’admission et de l’hospitalisation du malade, comme l'a exprimé un infirmier dans une lettre révélatrice envoyée au site web de l'association madrilène des infirmiers (AME) :

El servicio de Medicina Preventiva del hospital imparte dos charlas informativas (45 minutos) de como son los equipos de protección personal necesarios. En aquellas charlas y por la inexperiencia del mismo personal que las impartía, los trajes se rasgaban, sustituían las calzas por bolsas de plástico, no existían escafandras completas y venían a decir poco más o menos que había que hacer un apaño para cubrirse la cara con cinta de carrocero.

(…) personal [que] no está bien formado por que no se ha dado formación específica y no se le ha informado de los protocolos a seguir, ni cuál es su función cuando acudan a allí, se le obliga a desplazarse con coacciones y amenazas de perder su puesto de trabajo o abrírsele un expediente disciplinario si se niega a ser enviado al Carlos III. (…)

Son las mismas enfermeras/os los que una vez allí en el Carlos III se informan de unos a otros como es el proceder y como hay ponerse las medidas de protección.  (…) esto ocurre allí minutos antes de entrar en la sala del paciente. 

Le service de médecine préventive de l’hôpital donne deux présentations d’information (45 minutes) expliquant comment sont les équipements de protection personnelle nécessaires. Lors de ces présentations, à cause du manque d'expérience du personnel qui en était responsable, les tenues se déchiraient, ils utilisaient des sacs en plastique au lieu des chaussons, il n’y avait pas de scaphandre complet et ils en venaient presque à dire qu’il fallait se débrouiller pour se couvrir le visage avec du scotch de carrossier.

(…) personnel [qui] n’est pas bien formé car il n’a pas reçu de formation spécifique, d'informations concernant les protocoles à suivre et ne sait pas quel est son rôle une fois là-bas, est obligé de se déplacer sous pressions et menaces de licenciement ou de l’ouverture d’une procédure disciplinaire s’il refuse d’être envoyé à l’hôpital Carlos III. (…)

Ce sont les infirmiers et les infirmières eux-mêmes qui, une fois à l’hôpital en question, s’informent entre eux de la manière de procéder et de la façon d’utiliser les mesures de protection. (…) cela se passe quelques minutes à peine avant d’entrer dans la chambre du patient.

Le médecin Juan Antonio Palacios Castaño a écrit sur Zona Crítica :

Los costes de la parafernalia puesta en marcha superan con mucho el de medios que podrían instalarse sobre el terreno, posibilitando el cuidado de un número considerable de pacientes infectados y el acceso preventivo y protector de otros, con resultados costoefectivos. Todo ello, sin necesidad de exponer a la población en nuestro país y Europa en general a un riesgo innecesario (…)

En EEUU existen 10 hospitales con nivel 4 de aislamiento y aquí solo disponemos del Hospital Carlos III (ahora adscrito a La Paz) con un nivel 2 y elementos de nivel 3 para manejo de muestras.

Les coûts de l'attirail dépassent largement celui des moyens qui pourraient être déployés sur le terrain pour rendre possibles les soins d’un nombre considérable de patients infectés et l’admission préventive et protectrice d’autres personnes, avec des résultats intéressants du point de vue coût-efficacité. Tout cela, sans devoir exposer la population de notre pays et d’Europe en général à un risque non nécessaire. (…)

Aux États-Unis, il existe 10 hôpitaux de classe 4 d’isolement. Ici, nous disposons uniquement de l’hôpital Carlos III (aujourd’hui affecté à La Paz) de classe 2 et certains éléments de classe 3 pour le maniement d’échantillons.

Le journal en ligne Estrella Digital publie les commentaires d’un médecin militaire expert en défense nucléaire, biologique et chimique :

Cuando hay un caso, no hay que moverlo. Nos hemos traído a España el Caso 0. Ya tenemos el Caso 1 y está, de momento, sin control. (…) El resto, es ponerse a rezar. Si se disemina estamos ante una pandemia. (…) Traer a dos enfermos, además en la fase de máxima posibilidad de contagio, enfermos que no se pueden curar además, es jugar a la ruleta rusa.

Lorsqu’il y a un cas, il ne faut pas le transporter. Nous avons amené en Espagne le cas 0. Nous avons déjà le cas 1, qui est, pour le moment, non contrôlé. (…) Pour le reste, il va falloir prier. Si le virus se propage, nous ferons face à une pandémie. (…) Amener deux malades, qui plus est lors de la phase de possibilité maximale de contagion, des malades qui ne peuvent pas être soignés, c’est jouer à la roulette russe.

Ana Mato, ministra de Sanidad. Foto de la revista de humor Rokambol news, con licencia CC-BY-NC 2.5

Ana Mato, ministre de la Santé. Photo de la revue humoristique Rokambol News, publiée sous licence CC-BY-NC 2.5

La ministre espagnole de la Santé, Ana Mato, déjà largement critiquée pour être restée en vacances à la plage alors que se mettait en place le protocole pour rapatrier le premier missionnaire, a annoncé, lors d’une conférence de presse, la contamination de l’aide-soignante. Les médias lui reprochent de « ne pas avoir su répondre » et de « n'avoir fait rien d’autre qu’inquiéter encore plus l’opinion publique ». Sur Twitter, le mot-clic #AnaMatoDimisión s’est très rapidement classé parmi les plus discutés :

L’irresponsabilité et l’incapacité de ceux qui détruisent le système sanitaire mettent en danger toute la population.

Attention ! Ce sont les mêmes incapables qui gèrent ce nouveau cas d’Ebola. Ça sent la catastrophe.

…en plus de nous ramener au Moyen-Âge, ce gouvernement se charge de nous amener la nouvelle peste…

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