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Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy tourné en dérision sur Internet pour son ignorance de la dette de son pays

Un momento de la entrevista a Mariano Rajoy el 6 de julio. Captura de pantalla de la web de Tele5

Un passage de l'entretien de Mariano Rajoy le 6 juillet. Capture d'écran du site web de Tele5.

Une législature caractérisée par le manque de communication entre le gouvernement et les citoyens est sur le point de s'achever en Espagne. L'habitude du président de remplacer les habituelles conférences de presse par des allocutions réalisées depuis un écran plasma et sans séance de questions/réponses ont valu à Mariano Rajoy d'innombrables critiques de la part de l'ensemble des secteurs de la société, en particulier dans la presse. Peut-être est-ce l'imminence des élections qui explique que le président du gouvernement espagnol ait accordé, contrairement à son habitude, un entretien télévisé lundi 6 juillet.

Cet entretien, qui s'est focalisé sur le référendum en Grèce et les négociations de ce pays avec l’Eurogroupe, n'a pas laissé le moindre doute quant à la faible capacité du président à improviser ses réponses. A la question «Croyez-vous que la Grèce paiera à un moment donné?», Rajoy a répondu:

[Grecia] debe mucho dinero, debe algo más del 90% de su PIB, es como si España debiéramos, pues 900 000 millones de euros, que es una cifra astronómica (…)

[La Grèce] doit beaucoup d'argent, elle doit un peu plus de 90% de son PIB, c'est comme si en Espagne nous devions, eh bien 900 milliards d'euros, ce qui est une somme astronomique (…)

On peut se demander d'où le président tire ces chiffres, étant donné que la dette grecque s'élève à plus de 175% de son produit intérieur brut (PIB). La comparaison «comme si en Espagne nous devions 900 milliards d'euros» n'est pas non plus très heureuse : s'il dit vrai lorsqu'il affirme qu'il s'agit d'une somme astronomique, le fait est que l'Espagne doit sensiblement plus, 1046 milliards d'euros, ce qui représente 98% de notre PIB.

Rajoy, qui en cette année électorale en est venu à affirmer que «la crise appartient déjà à l'histoire» en Espagne, semble être le seul capable de détecter cet hypothétique renversement de tendance de l'économie. La dette, qui se situait à 66% du PIB espagnol quand le Parti populaire est arrivé au pouvoir en 2011, a augmenté à un rythme effréné, ce à quoi le sauvetage des banques a indubitablement contribué. On estime déjà que, sur ces aides publiques aux banques, d'un montant supérieur à 100 milliards d'euros, 43 milliards d'euros sont définitivement perdus.

De plus, alors que les dirigeants des banques sauvées conservent tous leurs privilèges, sans que le gouvernement ne les oblige à appliquer des mesures restrictives, les augmentations d'impôts et les politiques d'austérité de Rajoy font qu'un nombre grandissant d'Espagnols sont menacés d'exclusion d'année en année, les inégalités et la précarité de l'emploi s'accentuent et mettent à mal les services publiques fondamentaux.

Les internautes ont préféré prendre avec humour la bourde du président, et de nombreux commentaires acerbes ont surgi sur Twitter:

Sur les sites d'informations, de nombreux internautes ont également laissé des commentaires, comme antuan, grima et Hanxxs sur l'agrégateur de flux Menéame:

De este tío se hablará en los libros de Historia. Pero no como él espera.

On parlera de ce type dans les livres d'histoire. Mais pas comme il le souhaite.

Veo a los meneantes muy perdidos, Rajoy se equivoca en un informativo en directo en Telecinco. Cuando el juez le cite para declarar sobre la financiación del Partido que dirige, alegará demencia senil y tendrá pruebas que aportar. Plan genial de Arriola una vez más.

Je vois que les utilisateurs de Menéame sont vraiment sadiques, Rajoy fait une erreur en direct dans le journal de Telecinco. Quand le juge le citera à comparaître dans l'affaire du financement du parti qu'il dirige, il prétendra être atteint de démence sénile et aura des preuves à fournir. Plan génial d'Arriola [N.d.T. conseiller principal de Rajoy] une fois de plus.

Pagaría por ver las tomas falsas de sus apariciones en plasma tv. Como algún día se filtren esas grabaciones el descojone puede ser total.

Je suis prêt à payer pour voir les scènes coupées de ses apparitions télé sur écran plasma. Ça sera l'hilarité générale si ces enregistrements filtrent un jour.

Paco Bello, fondateur du site Iniciativa Debate, a écrit un article qui reflète sa colère face à la désinformation du président:

Que el presidente del Gobierno de España concatene errores garrafales sobre un mismo asunto (…) ofrece una conclusión: Mariano Rajoy no sabe nada, es como una ameba (…)

En una sola frase comete tantos errores inexplicables sobre su principal tarea como gobernante, sobre aquello que debiera quitarle el sueño, que es para echarse a temblar (…)

A lo mejor es verdad que nos merecemos el país que sufrimos. Pero me gustaría que lo sufrieran especialmente sus votantes, y al resto que no nos hicieran pagar tan cara la decisión de tanto necio y tanto obtuso.

Le fait que le président du gouvernement espagnol enchaîne les erreurs monumentales sur un même sujet (…) invite à une conclusion: Mariano Rajoy ne sait rien, il est comme une amibe (…)

Il commet dans une seule phrase tant d'erreurs inexplicables sur sa fonction principale comme dirigeant, sur ce qui devrait l'empêcher de dormir, que c'est à frémir (…)

Peut-être est-ce vrai que nous méritons le pays que nous supportons. Mais j'aimerais que ce soient surtout ses électeurs qui le supportent, et qu'à nous les autres on ne fasse pas payer si cher la décision de tant d'idiots et de bornés.

Le site dédié à l'économie Bolsamanía a parlé avec l'équipe de Rajoy, qui a nié le fait qu'il y ait eu la moindre erreur dans le commentaire du président, et impute la polémique à un malentendu:

Mariano Rajoy en realidad se refería a lo que equivalen los dos rescates de las instituciones a Grecia. En este sentido, cuando el líder popular hablaba de una deuda del 90%, se refería a que ese es el porcentaje del PIB que se corresponde a lo que debe Grecia de los rescates.

Mariano Rajoy faisait en réalité référence à ce que représentent les deux plans de sauvetage des institutions [européennes] à la Grèce. C'est pourquoi quand le dirigeant du Parti populaire évoque une dette de 90% [du PIB], il veut dire qu'il s'agit du pourcentage du PIB qui correspond à ce que doit la Grèce pour les plans de sauvetage.

En fin de compte, avec toute la polémique, d'autres éléments importants qui ont émergé de l’entretien sont passés inaperçus, comme le fait que, bien que la législature actuelle se termine en novembre, le président n'ait pour l'instant pas même décidé en quel mois se tiendraient les prochaines élections, ou encore le fait qu'il affiche un mépris manifeste pour les consultations citoyennes quand il déclare:

(…) un gobernante tiene que resolver los problemas, no está para hacer referéndums.

(…) un dirigeant doit résoudre les problèmes, il n'est pas là pour faire des référendums.

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