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Le fact-checking, au secours de la démocratie et du journalisme comme nous le connaissons ?

Pinocchio by Enrico Mazzanti (1852-1910)

Pinocchio, le personnage de la littérature qui voit son nez s'allonger quand il ment , est souvent utilisé comme symbole de la vérification par les faits. Dessin de Enrico Mazzanti (1852-1910), domaine public.

[Article d'origine publié en anglais le 12 juillet 2016] Le matin suivant le Brexit, le référendum décidant la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne, un des leaders de la campagne du “Leave”, favorable à la sortie, a choqué l'opinion publique en admettant avoir trompé le public sur une des questions-clé. Quand on lui avait demandé si les 350 millions de livres sterling que le Royaume-Uni versait tous les six mois à l'Union Européenne seraient utilisés par le NHS – le Service National de Santé, l'ex-leader du Parti pour l'Indépendance du Royaume Uni (UKIP) Nigel Farage a admis qu'il s'agissait d'une “erreur”.

Lors d'une interview par la présentatrice Susanna Reid, pendant l'émission de télévision “Good Morning Britain” sur le canal ITV, Farage a reconnu ne pas pouvoir garantir la réalisation de la promesse faite pendant la campagne et a tenté d'esquiver le problème en affirmant que cette promesse n'était pas officielle alors que des spots publicitaires étaient entièrement construits sur celle-ci.

En réponse, des citoyens indignés, y compris des journalistes, ont partagé sur Twitter des photos des panneaux publicitaires (placés dans des lieux propices comme les flancs des bus) et démasquant le mensonge.

“Les 350 millions de livres sterling étaient une extrapolation. Ça n'a jamais été la véritable somme”. -Iain Duncan Smith

Un incident de ce genre montre le besoin d'intérêt public d'une plus grande vérification des informations dans la politique, de façon à permettre aux citoyens de prendre des décisions plus éclairées et rationnelles sur des questions qui touchent directement à leur vie quotidienne.

Augmentation généralisée de la vérification par les faits en réaction aux manipulations politiques et médiatiques

La vérification par les faits (fact-checking) doit faire partie de l'activité normale d'un journaliste. Lorsqu'ils recueillent des informations, tous les journalistes devraient en vérifier la véracité. Leur travaux seraient ensuite contrôlés par un rédacteur, c'est-à-dire une personne ayant plus d'expérience professionnelle, pouvant corriger ou modifier certaines informations.

De grands organes de presse ont des services spécialisés dans le contrôle du travail des journalistes et des rédacteurs. Cette forme de vérification de l'information a été portée à l'écran en 1988 par le film “Les Feux de la nuit” dans lequel Michael J. Fox joue le rôle d'un séduisant vérificateur par les faits travaillant pour un des principaux magazines de New York.

Bright Lights, Big City movie poster. Source: Wikipedia, fair use.

En 1988 dans le film: ” Les Feux de la nuit”, Michael J. Fox joue le rôle de vérificateur dans un des principaux magazines de lNew York. Source: Wikipedia.

Pendant les décennies suivant la sortie de ce film, la plus grande partie des organismes de presse du monde n'ont pas eu les moyens – ou pas vu la nécessité – d'un service dédié à la vérification de l'information, a fortiori d'un vérificateur en mesure de jouer le rôle de ‘l'avocat du diable” dans une rédaction.

Et pourtant ce besoin de vérification n'a pas disparu. Avec l'avènement de nouvelles technologies qui ont généré de nouvelles formes de médias, lesquelles ont favorisé la divulgation de toutes formes de désinformation, ce besoin de la vérification par les faits s'est trouvé en réalité augmenté. Beaucoup de nouvelles annoncées en ligne par des organismes de presse renommés n'ont pas été vérifiées, et les sites d'information se contentent parfois de copier (en fait  bien souvent de plagier) le contenu créé par des tiers, visant seulement un potentiel d'attraction de “clics”. Les politiciens, tout spécialement les populistes, utilisant volontiers les techniques manipulatrices, ont profité d'une ambiance médiatique de ce genre pour forger des alliances avec les magnats des tabloïds, devenant à leur tour propriétaires de certains médias.

Ces dernières années ont vu l'émergence d'un besoin de répondre à l'exigence de plus de contrôle des informations dans la vie politique. Cette impulsion a pour origine deux sources principales: la première est venue des journalistes qui après des années difficiles se sont entourés de spécialistes dans l'intention de maintenir les standards de leur profession ; la seconde inclut les organisations de la société civile visant à utiliser les nouvelles technologies au sein d'une sorte de réforme démocratique pour obliger leurs propres gouvernements à devenir plus transparents et responsables. Un certain nombre de projets combinant le militantisme civique au développement des médias ont ainsi émergé dans le monde entier.

Presence of fact-checking initiatives; based on Duke Reporters' Lab database and integrated with more recently launched sites. Map by Alexios Mantzarlis, used with permission.

Les zones vertes représentent les pays ayant pris l'initiative de vérifier les faits à partir de la base de données du Duke Reporters’ Lab et intégrée dans des sites plus récents (juin 2016). Carte de Alexios Mantzarlis/Poynter, utilisée avec autorisation.

Plus 200 organismes de vérification par les faits dans 40 pays différents ont participé au récent Sommet mondial pour la vérification par les faits de Buenos Aires, en Argentine (#GlobalFact3, les 9 et 10 juin). Organisé par le Poynter Institute des USA, cette rencontre a permis également le renforcement du réseau International Fact-Checking Network. (L'auteur du présent article a participé au Sommet en qualité de représentant de la fondation Métamorphosis qui développe deux projets en Macédoine : TruthMeter et le Media Fact-Checking Service.)

Les organismes impliqués dans la vérification par les faits développent, sce faisant, une méthodologie qui sert de plan pour leurs propres  produits d'analyse. Un des points-clés de la discussion lors du Sommet mondial a été la mise en pace d'un code de bonnes manières qui pousserait les vérificateurs vers une transparence toujours plus grande et accroîtrait la confiance des lecteurs.

Un nouvel objectif : la télévision

Le public principal pour cette activité de vérification se trouve en ligne. L'étude faite en Macédoine montre que la cible de ce type de contenu est constituée principalement de jeunes avec un haut niveau d'instruction. Néanmoins cette tranche démographique ne représente qu'une petite partie de la population. Pour toucher un public plus vaste ce projet devra aborder d'autres médias.

Certains projets visent le moyen de communication de masse qui domine encore la formation de l'opinion publique chez les plus âgés et les moins instruits : la télévision. Il y a eu quelques succès dans ce domaine, par exemple le programme espagnol El Objetivo ou l'italien Virus. Quand ils sont soutenus par la possibilité d'une production de haute qualité, des exemples de ce type montrent que la vérification par les faits peut devenir une forme de divertissement éducatif.

Plus important encore est le fait que ceux qui  participent à de telles initiatives sont prêts à partager leurs connaissances. En mai 2016, les producteurs de programmes de télévision de ce type se sont retrouvés à Sarajevo avec des éditeurs et des journalistes pour un atelier préparatoire au point conférence annuel. L'ONG ” Why Not”, organisatrice de la conférence (qui gère également la version bosniaque de Truthmeter), a réalisé  un court documentaire qui reprend les divers aspects de la vérification par les faits à la télévision.

Dans cette vidéo, Alexios Mantzarlis de Poynter explique que l'objectif est d'aider les vérificateurs à transformer ce qu'ils font en ligne en matériaux pouvant être intéressants pour la télévision… “Parce qu'il est important de faire quelque chose qui ne touche pas seulement ceux qui sont déjà curieux de vérifier les faits, mais aussi ceux qui n'exploreraient pas spontanément ce type de contenu”.

Patrick Worrall de Channel 4 Fact-Check ajoute :

Nous avons besoin de ce contrôle pour des tas de raisons. Premièrement, parce que, malheureusement, les hommes politiques mentent, ils l'ont toujours fait et le feront toujours. Les gens, chez eux, ont souvent envie de contrôler ce qu'un politicien est en train de dire, mais ils n'ont ni le temps ni les ressources pour ce type de travail. Ainsi ce sont des personnes comme nous qui devons aller vérifier tout ça. Et nous savons, nous en avons les preuves, que lorsque des personnalités publiques sont soumises régulièrement à des vérifications, elles deviennent plus honnêtes et plus attentives à ce qu'elle disent au public.

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