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Un référendum entaché d'irrégularités en Azerbaïdjan, ça intéresse encore quelqu'un ?

Azerbaijani flag interpretation. Pixabay image licensed to reuse.

Les couleurs nationales de l'Azerbaïdjan. Image Pixabay, reproduction libre.

Les enfants qui grandissent en Azerbaïdjan suivent un cours obligatoire sur la constitution mouvante de ce pays riche en pétrole, plutôt sous la forme d'une récitation, car toute lecture critique ou discussion est dissuadée.

Ce qui explique peut-être la participation d'au moins 70% des électeurs azerbaïdjanais pour approuver à une quasi-unanimité 29 amendements constitutionnels accroissant encore les pouvoirs du Président actuel Ilham Aliyev, lors d'un référendum du 26 septembre, qui a fait passer de cinq à sept ans le mandat de présidents déjà stables.

Ou y aurait-il des raisons plus sournoises à une approbation aussi retentissante de la famille corrompue qui exerce le pouvoir et de sa tentative de mettre le système politique de l'Azerbaïdjan en conformité avec ses besoins, pour la troisième fois depuis 2002 ?

Fraude sempiternelle

Derrière ce lien, regardez cet exemplaire de bulletin de vote. Ce que les électeurs ont vu le 26 septembre sur ce bout de papier se limite au texte d'un amendement proposé. Aucune mention ni du titre de l'article modifié, ni de l'article lui-même.

De plus, aucun des changements n'a été expliqué publiquement aux électeurs. Lors d'entretiens menés par le service Azerbaïdjan de Radio Free Europe, la plupart des personnes interrogées ont reconnu ignorer ce qu'impliquaient les nouveaux amendements.

Sur la base des observations de terrain par des médias indépendants du pouvoir comme RFE et Meydan TV, ainsi que de journalistes citoyens, il s'avère que les fraudes électorales étaient éhontées et probablement sans précédent par leur ampleur.

Ces deux femmes par exemple, filmées dans une vidéo de RFE, ont été prises sur le fait en train de voter deux fois dans des circonscriptions différentes.

Ci-dessous, dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube de Meydan TV, un membre de la commission électorale bourre joyeusement l'urne.

Là, une boîte pleine de bulletins de vote est placée sur la table.

Pendant ce temps, les médias sociaux regorgeaient d'intéressants signalements de vote carrousel, sous le mot-dièse #AzReferendum.

 Les électeurs-carrousel en action #AzReferendum

C'est une chose de commettre un acte illégal en tant qu'individu. C'en est une autre de le faire en tant que citoyen. Comme ceux qui bourraient les urnes hier #AzReferendum

Le populaire blogueur citoyen Hebib Muntezir a éclairé ses abonnés avec un “mode d'emploi” de la fraude au référendum à la mode d'Azerbaïdjan :

Les techniques électorales des yapocrates [les gens du parti au pouvoir Nouvel Azerbaïdjan] dans ce référendum #bourragedesurnes #AzReferendum :
1. Le vote carrousel — un groupe de gens va à pied d'un bureau de vote à l'autre [pour voter de multiples fois], parfois après avoir changé de vêtements pour ne pas se faire remarquer ;
2. Le #Bourragedesurnes — après avoir bourré une urne de bulletins, un membre de la commission électorale la prend en mains et la secoue pour diluer la preuve ;
3. Le vote pour des parents absents (sans procuration validée autorisant la personne à le faire) ;
4. Le vote au nom de malades dans l'impossibilité de se déplacer (là aussi, sans procuration validée) ;
5. Les fonctionnaires reçoivent des bulletins pré-signés et pré-remplis pour voter Oui ;
6. Des urnes vides remplacées par d'autres pleines toutes prêtes [dans l'arrière-boutique] dans les bureaux de vote ;
7. Pas de discrétion contrairement aux années précédentes — le scrutin était truqué ouvertement, devant les caméras ;
8. Le taux de participation de 69% était un message pour l'Europe. Venez et voyez comment on fait des élections et on va vous apprendre.

Rage against the machine

Cette journée qui s'est déroulée sans anicroche pour le pouvoir a tout de même été émaillée d'incidents isolées de totale défiance, signes que la société azerbaïdjanaise n'est pas entièrement mise au pas.

Plusieurs citoyens ont photographié des bulletins détournés par des slogans politiques :

A bas la monarchie !

#boycott Non au viol de la constitution ! A bas la monarchie !

Les jeunes recherchent un pays où s'enfuir. Mais le temps viendra où tu ne trouveras pas un trou de souris pour te cacher petit Heydar [nom du fils de Ilham Aliyev].

L'adoption des amendements constitutionnels permettra à Ilham Aliyev, qui a hérité de la présidence à la mort de son père Heydar Aliyev en 2003, d'être soumis à réélecction en 2020 au lieu de 2018.

D'ici là, espère-t-il sans doute, l'économie glissante du pays, en pleine gueule de bois  — avec les prix mondiaux du pétrole au plancher — aura regagné des couleurs.

Un autre amendement digne d'intérêt est l'abaissement de l'âge minimum d'éligibilité au parlement et à la présidence de 25 à 18 ans. Des modifications taillées sur mesure pour Heydar, le fils de 19 ans d'Ilham, prénommé comme son grand-père et, dit-on, propriétaire de neuf villas en bord de mer à Dubaï attestant des largesses de la famille régnante.

Avec la marginalisation croissante des voix discordantes, il ne reste apparemment guère de possibilités pour les citoyens de desserrer l'étau de l'unique dictature dynastique de l'ex-URSS.

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