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Où et comment coule le sang des Indiens du Brésil

Seguranças impedem a invasão de índios no Palácio do Planalto

Les Indiens Munduruku ont protesté à Brasilia en 2013 contre la construction d'une usine hydraulique sur le Rio Tapajos, dans la région amazonienne. Photo: Agência Brasil/CC-BY 3.0

[Tous les liens sont en portugais, sauf mention contraire]

Ce billet paru initialement sur le site de l’Instituto Socioambiental est republié dans le cadre d’un accord de partage de contenu.

Le rapport Violência Contra os Povos Indígenas no Brasil – Dados de 2015, réalisé par le Conseil Indigène Missionnaire (Cimi), fait part des terribles violences et de l’abandon dont sont victimes les Indiens du Brésil.

Les chiffres révèlent que l’année dernière, 87 cas de suicides ont été enregistrés parmi les indigènes du pays, dont plus de la moitié (45) ont eu lieu dans l’Etat du Mato Grosso do Sul. Entre 2000 et 2015, 752 cas ont été recensés dans cette région. Le rapport fait également état de 137 assassinats d’indigènes en 2015, dont un quart (36) rien que dans le Mato Grosso do Sul.

Près de 600 enfants, âgés de 0 à 5 ans, sont morts au cours de cette période de maladies facilement curables comme la pneumonie, la diarrhée et la gastro-entérite. Le taux de mortalité infantile annuelle dans le Mato Grosso do Sul est de 26 pour mille, soit le double de la moyenne nationale.

L’inaction des autorités dans la démarcation des Terres Indigènes et dans la prestation de services relatifs à la santé et à l’éducation est pointée du doigt par le rapport, et est considérée comme la principale raison de la violation systématique des droits fondamentaux des Indiens.

Environ 900 000 personnes composent la population indigène du Brésil, soit 0,5% de la population totale du pays, selon les données du recensement datant de 2010. Le Brésil est ainsi le pays d’Amérique Latine possédant le plus faible contingent d’indigènes. En compensation, le Brésil représente également la nation détenant le plus d’ethnies indigènes – 305 selon le recensement.

Le rapport du Cimi constitue actuellement l’une des rares sources d’informations sur les cas de violence à l’encontre des Indiens pauvres du Brésil.

La coordinatrice de la recherche, Lúcia Helena Rangel, estime ainsi : « Ce degré de perversité à l’encontre de la population indigène vient aussi bien des agriculteurs, des hommes de main ou de n’importe quel citoyen qui se croit en droit de tuer un enfant », faisant référence à l’assassinat de Vitor Kaingang [français], âgé d’à peine deux ans et mort dans les bras de sa mère en décembre 2015 sur la route d’Imbituba.

« Les décès, la violence physique, découlent de la lutte pour les terres et la démarcation », affirme le procureur Luciano Maia, coordinateur de la 6ème Chambre de Coordination et de Révision du Ministère Public Fédéral lors du lancement du rapport. « Nous ne pouvons ignorer que cela fait partie du problème, et en même temps de la solution ; il est nécessaire de lutter pour la reconnaissance du droit des Indiens à occuper leurs terres », conclut-il.

Deux jours avant la divulgation du rapport, la communauté indigène Guarani Kaiowá de Kurusu Ambá, à Coronel Sapucaia, a subi sa cinquième attaque de l'année. Des coups de feu ont ainsi été tirés dans la ville (cliquez ici pour en savoir plus). Au Brésil, Elson Canteiro, du peuple Guarani Kaiowá, décrit la situation des Indiens dans l’Etat. « Aujourd’hui, les gens vivent un moment très critique car ils habitent dans une zone de récupération [des terres]. Ils subissent quotidiennement de graves violences. »

Pour Marta Azevedo, démographe spécialisée dans les peuples indigènes et ex-présidente de la Fondation Nationale des Indiens (Funai), la volonté politique des organes officiels fait défaut dans la consolidation des systèmes d’informations sur ces populations. « Il est absurde de ne pas disposer de données officielles publiques annuelles concernant la mortalité infantile et celle causée par les violences dans la population indigène », critiquait-t-elle lors d’une entrevue à ISA.

La démarcation des terres, autre forme de violence

La première partie du rapport fait état de cas de violence à l’encontre du patrimoine indigène, avec la lenteur dans le processus de démarcation des terres indigènes, les conflits relatifs aux droits territoriaux, les invasions, les exploitations illégales des ressources naturelles et les dommages causés au patrimoine.

En 2015, le Cimi a enregistré 18 litiges impliquant les droits territoriaux. Encore une fois, le Mato Grosso do Sul demeure l’état le plus cité, avec dix conflits recensés. 55 cas d’invasions, d’exploitations illégales des ressources naturelles et d’atteintes au patrimoine ont également été inventoriés. La majeure partie de ces conflits (18) s’est déroulée dans le Maranhão qui, encore en 2016, recense des cas similaires (cliquez ici pour en savoir plus). 11 faits impliquant 52 cas d’absence de soins médicaux ont aussi été enregistrés. Une fois de plus, une grande partie de ces événements ont eu lieu dans le Maranhão.

« Ce rapport fait ressortir trois caractéristiques : l’absence d’aide aux communautés et qui impacte plus particulièrement la délimitation des terres indigènes ; la perversité des violences ; l’absence d’intervention quant à la réalité des dévastations dans les provinces indigènes », explique Roberto Liebgott, coordinateur du Cimi dans le Sud.

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