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Monténégro : plus de questions que de réponses après les élections législatives

Vue générale de Podgorica. CC-BY-20

Vue générale de Podgorica. CC-BY-20

Avec 40 % des voix, le Parti des démocrates socialistes devance largement le Front démocratique, principal parti d’opposition. Mais la formation du Premier ministre ne pourra pas gouverner seule et Milo Djukanovic, au pouvoir depuis 1991, pourrait être lâché par ses soutiens.

Au Monténégro, le résultat des élections législatives pourrait annoncer l’instabilité plutôt que la continuité. Si le Parti des démocrates socialistes (DPS), formation du Premier ministre sortant, a remporté 40 % des voix, il aura besoin du soutien des petites formations des minorités ethniques pour atteindre la majorité. Mais les trois principaux partis d’opposition, qui totalisent 39 sièges sur 81 (contre 36 pour le DPS), pourraient également attirer ces petites formations, lassées de la discrimination dont certaines communautés sont victimes au quotidien, ainsi que des niveaux alarmants atteints par la criminalité organisée et la corruption.

Les élections de dimanche se sont déroulées dans un contexte tendu qui renforce les doutes sur la transparence du scrutin exprimés par l’opposition. En plein vote, les autorités ont annoncé avoir déjoué « un mystérieux complot » contre la personne de Milo Djukanovic. Vingt ressortissants serbes ont été arrêtés et plusieurs réseaux sociaux ont été bloqués alors qu’une manifestation organisée par l’opposition se préparait. Un malheureux hasard pour cette dernière qui se pose une question : le pouvoir aurait-il tout orchestré afin d’éviter de voir se reproduire le scénario d’octobre 2015 ? A l’époque, un millier de sympathisants des partis d’opposition ont manifesté à Podgorica, capitale du Monténégro, pour réclamer la démission du Premier ministre. D’abord pacifique, la manifestation s’est transformée en émeute lorsqu’elle s’approchait du Parlement. La police a alors envoyé du gaz lacrymogène sur les quelque 5 000 manifestants. Un chef de l’opposition a été arrêté.

69 % des Monténégrins désapprouvent le Gouvernement

Les raisons de manifester ne manquent pas dans ce petit pays balkanique de 640 000 habitants. Selon l’Eurobaromètre, enquête de la Commission européenne diffusée en mai dernier, 69 % des Monténégrins désapprouvent la performance du gouvernement dans la gestion de l’économie, tandis que 50 % d’entre eux ne font confiance ni au gouvernement ni au parlement. Seuls 35 % des sondés estiment que leur pays va dans la bonne direction, tandis que la grande majorité se déclare inquiète face à la hausse des prix et la montée du chômage.

A l’étranger, la situation du pays suscite également des inquiétudes. Candidat à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2012, le Monténégro est confronté à la présence d’un crime organisé puissant. A Kotor, haut lieu touristique du Monténégro, les habitants constatent que « les narcotrafiquants ont ouvert des restaurants et des boîtes de nuit », et dénoncent le recrutement de leurs enfants « pour vendre de la drogue ». Même le maire de la ville, Aleksandar Stijepcevic, regrette que Kotor soit « devenu le théâtre des affrontements entre gangs ».

Pays du crime organisé et la corruption

Le crime organisé s’est considérablement répandu au Monténégro depuis une trentaine d’années, en partie grâce à la corruption qui gangrène les plus hautes sphères du pouvoir. Dans les années 1990, l’Etat monténégrin organisait le trafic de cigarettes à une échelle européenne, un business estimé à des dizaines de milliards de dollars qui alimente les mafias et même les réseaux terroristes d’Al-Qaïda et Daech.

En 2011, le Parlement européen observait qu’il était particulièrement difficile d’obtenir des informations qui pourraient révéler des cas de corruption au Monténégro, en particulier dans les domaines de la privatisation et des marchés publics. Une situation qui ne semble pas avoir changé radicalement depuis. Dans son rapport 2015-2016, Amnesty International accuse le gouvernement de ne pas faire le nécessaire pour lutter contre la pauvreté, la criminalité et la corruption. L’ONG rappelle également que les lacunes constatées par l’ONU dans le traitement des affaires de crimes de guerre peuvent être une source d’impunité et s’inquiète des agressions dont sont régulièrement victime les journalistes dans le pays.

De son côté, Human Rights Watch rappelle dans un document récent que le journaliste Jovo Martinovic est maintenu en détention provisoire depuis plus d’un an « à la suite d’accusations peu crédibles de trafic de stupéfiants ». Le journaliste est surtout connu pour ses enquêtes et rapports portant sur la corruption, la criminalité organisée et les crimes de guerre perpétrés dans les Balkans.

Amnesty International condamne également le recours excessif à la force lors des manifestations de l’opposition, les mauvais traitements réservés aux membres de l’opposition arrêtés par les forces de l’ordre et les agressions et discriminations subies par les minorités sexuelles, les réfugiées et les migrants.

C’est dans ce contexte que les Monténégrins se sont rendus aux urnes dimanche dernier. S’ils ont décidé de renouveler leur confiance au parti de Milo Djukanovic, la mauvaise gestion de l’économie, les atteintes aux droits de l’homme et la corruption pourraient sonner le glas d’un gouvernement usé après 25 ans au pouvoir.

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