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Lauréat d'un prix international, le fondateur d'un média citoyen chinois garde espoir malgré la répression des autorités

Huang Qi celebrating with Tianwang volunteers after being released from prison in 2011. Photo: Supplied by Huang Qi.

Huang Qi célèbre sa sortie de prison entouré des bénévoles du site 64Tianwang en 2011. Crédits : Huang Qi.

Cet article de Catherine Lai a initialement été publié sur Hong Kong Free Press (HKFP) le 12 novembre 2016. Il est reproduit sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Malgré les arrestations récurrentes de ses journalistes et après avoir été emprisonné à deux reprises, le fondateur du site d'informations citoyen 64Tianwang Huang Qi estime que la répression qui cible systématiquement son organisation contribue finalement à son développement.

Le 7 novembre dernier, l'organisation Reporters sans frontières a décerné à 64Tianwang le prix de la Liberté de la presse 2016 dans la catégorie média, pour son travail de défense des droits de l'homme en Chine.

Dans un entretien avec HKFP, Huang Qi a déclaré que ce prix était une belle façon de saluer le travail des journalistes-citoyens bénévoles du site, alors neuf d'entre eux se trouvent actuellement derrière les barreaux et que cinq ont été libérés sous caution. En septembre dernier, six journalistes de 64Tianwang ont été arrêtés alors qu'ils couvraient le sommet et les manifestations citoyennes en marge du G20 à Hangzhou. L'un d'entre eux est encore détenu.

En dépit de cette répression incessante, Huang Qi et les bénévoles qui l'entourent poursuivent leur travail.

Créé en 1998 sous un autre nom, 64Tianwang fut dans un premier temps une organisation luttant contre le trafic d'êtres humains, que Huang Qi décrit comme « un sérieux problème à la fin des années 1990 ». Le site web est lancé l'année suivante. Huang Qi,  résidant au Sichuan, monte ce projet sur ses fonds propres, issus de sa précédente carrière d'homme d'affaires et de propriétaire d'usine.

Il raconte à Hong Kong Free Press :

As we were helping these people who had gotten lost or separated from their loved ones or who had gone missing, we discovered that in the mainland, behind these cases were judicial corruption or human rights infringements, so we expanded our work.

Plus nous aidions ces gens qui s'étaient perdus, avaient été séparés de leur famille ou avaient disparu, plus nous percevions derrière ces cas la corruption sévissant au niveau de la justice et les violations des droits de l'homme. Nous avons donc étendu notre champ d'action.

Parfois, leur travail vaut à 64Tianwang une couverture positive de la part des médias chinois, et même du Quotidien du peuple, l'organe officiel du Parti communiste et le journal le plus lu en Chine. Mais ils ont également été critiqués pour leur engagement en faveur des droits de l'homme.

En 2003, Huang Qi a été emprisonné cinq ans pour subversion après avoir publié sur son site des articles sur le mouvement pro-démocratie de 1989, réprimé lors des massacres de Tiananmen. Il a été à nouveau condamné à trois ans de prison pour « possession de secrets d'État » après avoir enquêté sur les potentielles failles des infrastructures qui avaient entraîné la mort de milliers d'écoliers lors du tremblement de terre au Sichuan en 2008. Il se confie :

I’m scared of being sent back to jail too, but so many people are suffering worse than us. And our work can help alleviate their suffering […] We also believe that Chinese society will finally progress towards democracy and rule of law.

J'ai peur d'être renvoyé en prison moi aussi, mais il y a tant de gens qui souffrent plus que nous. Notre travail peut aider à alléger cette souffrance […] Nous croyons également que la société chinoise s'orientera progressivement vers la démocratie et deviendra un État de droit.

Aujourd'hui, 64Tianwang est un site d'information indépendant qui publie des articles sur les violations des droits de l'homme en Chine, notamment les détentions arbitraires par la police et les démolitions forcées, ou sur des pétitions et des manifestations de militants.

Huang Qi s'est même mobilisé pour protéger les droits de l'ancien ministre de la sécurité publique désavoué, Zhou Yongkang, et a appelé les autorités à ne pas faire de lui un bouc-émissaire.

We hope that in mainland China, everyone will have an equal judicial environment, and that [they] will not use double standards to deal with Chinese officials.

Nous espérons qu'en Chine continentale, tout le monde sera jugé de manière équitable, et qu'il n'y aura pas deux poids deux mesures lors du jugement des responsables publics chinois.

Bien que le site soit bloqué en Chine, Huang Qi souligne qu'il est malgré tout accessible aux internautes du pays :

They have all sorts of tools to get around the blocks… and they have their own ways of sharing posts.

Ils disposent de toutes sortes d'outils pour contourner les blocages… et ils ont leur propre façon de partager des articles.

Le site est lu par des milliers de citoyens chinois, d'organisations de défense des droits, de médias étrangers mais aussi par des représentants du gouvernement et de la police – les uns dans l'espoir d'un changement, les autres inquiets que leurs méfaits soient révélés au grand jour.

Interrogé sur un potentiel durcissement de la répression suite au prix reçu par 64Tianwang, Huang Qi répond :

In 18 years, we’ve met with many kinds of suppression, but we’ve never yielded. We also think that this kind of suppression is a necessary condition to help us grow and help us perfect our work.

En dix-huit ans, nous avons été confrontés à toutes les formes de répression, mais jamais nous n'avons cédé. Nous estimons que ces difficultés sont nécessaires pour nous aider à nous développer et à améliorer notre travail.

Il ajoute :

In 18 years, no 64 Tianwang volunteer has ever agreed to sign a confession drafted by the authorities […] The main reason they haven’t confessed is that they themselves believe that what they’re doing is right. Their actions are in accordance with the charter of the People’s Republic of China and its related laws, and Xi Jinping’s principle of the rule of law, and the principle of a harmonious society.

En dix-huit ans, aucun des journalistes bénévoles de 64Tianwang n'a accepté de signer des confessions rédigées par les autorités […] La principale raison pour laquelle ils ne confessent pas, c'est qu'ils sont persuadés que ce qu'ils font est juste. Leurs actions sont en accord avec la Constitution de la République populaire de Chine et ses lois, avec l'État de droit cher à Xi Jinping et avec le principe de société harmonieuse.

En 1999, il déclarait aux médias d'État que 64Tianwang deviendrait un organe de presse de l'envergure du Washington Post, d’Associated Press, de l’Agence France-Presse ou encore de CNN.

Lorsqu'on lui demande aujourd'hui s'il pense avoir atteint son objectif, Huang Qi répond :

Right now, our standard is still very poor, because we have poor material conditions and we are constantly met with suppression. But in the future, we will definitely do a great job.

À présent, notre niveau est encore très modeste, car nos conditions matérielles sont mauvaises et que nous sommes sans cesse confrontés à la répression [des autorités]. Mais dans le futur, il est certain que nous ferons du très bon travail.

Huang helping victims of the Sichuan earthquake in 2008. Photo: VOA.

Huang Qi aidant les victimes du tremblement de terre au Sichuan en 2008. Crédits : VOA

Malgré la répression systématique subie par le site et ses contributeurs, Huang Qi reste optimiste – trop, selon certains. Le fondateur de 64Tianwang insiste : si l'on prend en compte la tendance générale et non les cas individuels, la situation des droits de l'homme en Chine s'améliore. Toutefois, la plupart des organisations de défense des droits de l'homme s'accordent à dire que la situation s'est dégradée sous la présidence de Xi Jinping.

The human rights situation in mainland China has changed hugely in the past 18 years… I think that eventually – at worst in eight or ten years – China will achieve real press freedom.

La situation des droits de l'homme en Chine continentale a grandement changé en dix-huit ans… Je pense qu'à terme – dans huit ou dix ans au pire – la Chine respectera la liberté de la presse.

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