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Exécutions sommaires, viols et arrestations de masse sont encore le quotidien des Burundais

Rebelle armé au Burundi via NewsDay

Cette année encore, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est penché sur les tragiques évènements qui déchirent le Burundi depuis bientôt 2 ans. Il l'a fait en examinant le rapport que vient de présenter M. Adama Dieng, Conseiller spécial des Nations unies pour la prévention du génocide, sur la situation de ce pays d'Afrique centrale, évoquant un risque de “violences massives”.

Un billet intitulé Blocage au Conseil de sécurité sur la situation au Burundi publié sur le site d'informations Bujumbura News, blog collectif d'internautes burundais basés à l'extérieur du pays et qui diffuse uniquement des informations sur le Burundi, rappelle la genèse de la crise et ses conséquences sur la population:

Cette crise est née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer en avril 2015 un troisième mandat, qualifié d’illégal par son opposition et une partie de son camp. Et elle a déjà fait des morts, de 500 (ONU) à quelque 2000 personnes tuées selon les ONG, des centaines de portés disparus et poussé quelque 400 000 personnes à l’exil.

Le gouvernement rejette ce rapport, le qualifiant de politique et parlant de complot international visant à le faire tomber. Cependant les témoignages accablants confirmant ces graves accusations sont nombreux.

Faisant le point sur la situation des droits humains dans le monde le 8 mars dernier 2017, Zeid Ra'ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, à propos du Burundi s'est dit très inquiet de voir que:

tout espace démocratique a virtuellement disparu. Des abus des forces de sécurité continuent d'être enregistrés, dont des disparitions, des cas de torture et des arrestations arbitraires. Le Burundi a suspendu sa coopération avec le bureau du Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH), a déploré le Haut-Commissaire.

Comme pour confirmer ces craintes, le site de la rpa.bi, la Radio publique africaine, soutenue entre autres par CORDAID, la COOPERATION SUISSE, CARE INTERNATIONA, OPEN SOCIETY FOUNDATION, le PNU et ONU- FEMMES, signale que mardi 4 avril 2017, des Imbonerakure du CNDD-FDD, l'organisation des jeunes du parti au pouvoir, de la région  des Collines Mukungu et Muguruka se sont rassemblés avec machettes et gourdins :

Après ce rassemblement, ils se sont dirigés en colonnes vers la forêt de Rukambasi. Selon des témoins, ils étaient entre soixante et cent personnes. “Ils disent qu'ils vont dans la forêt de Rukambasi pour traquer des rebelles”, indiquent nos sources.
Les mêmes sources révèlent que d’autres Imbonerakure du parti au pouvoir venus de différentes localités s’apprêteraient à les rejoindre pour leur prêter main forte. Lundi matin, deux camions remplis de militaires se sont arrêtés à Mukungu et les soldats à bord sont partis à pied en direction de Rukambasi.
Les habitants de la localité doutent d'un quelconque combat dans la forêt de Rukambasi. La population craint plutôt pour leur sécurité, alors que les responsables administratifs à commencer par le Gouverneur de Makamba effectuent d'intempestives réunions dans cette localité. C’est le cas de deux réunions le 31 mars et le 3 avril 2017 dirigés par Gad Niyukuri, gouverneur de Makamba, dans la Zone Kazirabageni.

Les Imbonerakure ont été déjà dénoncés pour les exactions qu'ils commettent de manière ethniquement ciblée contre des civils par l”ONG Human Rights Watch qui a signalé que :

Des membres des Imbonerakure et des policiers, parfois armés de fusils, de bâtons ou de couteaux, ont violé des femmes dont des parents de sexe masculin étaient considérés comme des opposants au gouvernement. Dans certains cas, les Imbonerakure ont menacé ou agressé le parent de sexe masculin avant de violer la femme. Ces femmes ont souvent continué de subir des menaces suite au viol.

Des Imbonerakure et des policiers ont violé des femmes qui tentaient de passer en Tanzanie, apparemment pour les dissuader de quitter le Burundi.

Des Imbonerakure ont mis en place des barrages routiers et des postes de contrôle dans certaines provinces. Ils ont extorqué de l’argent aux passants et les ont harcelés, et, alors qu’ils ne disposent d’aucune autorité en la matière, ont arrêté des personnes qu’ils soupçonnaient d’être liées à l’opposition. Ils ont également fait du porte à porte pour extorquer de l’argent aux habitants.

Après avoir envoyé en mars 2016, une mission conjointe la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et son organisation sœur burundaise ont déclaré avoir constaté des crimes relevant de la compétence de la Cour pénale internationale et avait interpellé Mme Fatou Bensouda,

De retour d’une mission d’enquête menée au mois de mars 2016 au Burundi, la FIDH et ITEKA, son organisation membre au Burundi, avaient indiqué le 14 avril que “la nature des crimes constatés par la mission de la FIDH relèvent de la compétence de la Cour pénale internationale” et appelé la Procureure à « décider [de] l’ouverture à tout le moins d’un examen préliminaire sur la situation au Burundi qui est un État partie au statut de la CPI ».Nos organisations se félicitent d’une telle décision et espèrent que, au regard de la gravité des crimes commis et de l’absence de justice au niveau national, la CPI ouvrira rapidement une enquête sur les très graves crimes commis au Burundi.

Dans un billet paru sur le site sentinelle-droit-international.fr, Gabin EYENGA signalait que Fatou Bensouda avait annoncé le 25 avril 2016, dans une Déclaration que son bureau avait décidé d’ entamer un examen préliminaire sur la situation qui prévaut au Burundi depuis avril 2015 ». Et il expliquait procédure:

Un examen préliminaire est un processus par lequel les renseignements disponibles sur une situation sont examinés afin de déterminer en toute connaissance de cause s’il existe une base raisonnable pour ouvrir une enquête au regard des critères posés pas le Statut de Rome. Cet examen « ne constitue en aucun cas une enquête, » Il la précède et la conditionne plutôt. Cette décision du Procureur de la Cour pénale internationale fait suite à la situation humanitaire au Burundi qualifiée de « très préoccupante en matière de droit humain » par le Sous secrétaire général des Nations Unies au Droit de l’homme, Ivan Simonovic.

… A l’issue de l’examen préliminaire de la situation au Burundi le Procureur rédigera des conclusions ou un rapport dans lequel on trouvera une première qualification juridique des crimes allégués relevant de la compétence de la Cour. Cet examen se fera sur la base des faits et des renseignements fournis à son Bureau. Il pourra également, conformément aux dispositions de l’article 15 paragraphe 2 du Statut de Rome,

Mais entre-temps le Burundi a décidé de quitter la CPI. Ce que regrette le blogueur burundais  dans un billet paru sur le site collectif yaga-burundi.com qui rassemble des blogueurs qui s’emploient à changer les mentalités.

Je suis de ceux qui pensent que quitter la CPI est une mauvaise décision, qui ne fait que consacrer l’impunité des criminels puissants que les juridictions locales n’osent pas juger.

Mais ce que je regrette le plus, c’est que cette décision est taillée sur mesure. Le pouvoir de Bujumbura se dit : “Il faut tout faire pour nous protéger”.  En effet, il est dans une situation difficile. Contesté à l’intérieur, accusé de violations massives des droits de l’homme, acculé par les sanctions internationales, il est en mal de légitimité. Si la CPI se met à faire des enquêtes ou à lancer des mandats d’arrêt, ce sera un signe de culpabilité, même si, en théorie, la présomption d’innocence doit primer.  Laisser la CPI enquêter affaiblira encore plus la légitimité du gouvernement.

Mais nos dirigeants oublient l’essentiel : l’avenir. Une maxime très populaire dit qu’un homme politique pense à la prochaine élection, alors qu’un leader pense à la prochaine génération. Pour moi, si le pouvoir de Bujumbura pensait à la prochaine génération, il ne quitterait pas la CPI. Il est possible que dans 5 ou 10 ans ceux qui sont au pouvoir n’y soient plus, qu’ils soient remplacés par un autre pouvoir, beaucoup plus arbitraire peut-être (ce n’est pas mon vœu). A ce moment-là, ceux qui décident aujourd’hui de quitter la CPI, leurs enfants, seront peut-être les premiers à crier pour que cette cour vienne les protéger. Mais ce sera trop tard.

Une vidéo circulant sur Internet montre des jeunes Imbonerakure scandant un slogan qui inviterait ses membres à violer les femmes tutsi. Le  

Quand l’Onu vous a taxés d’être une milice du parti au pouvoir, vous l’avez réfuté,  clamant haut et fort que vous êtes « des partisans de la démocratie, épris de paix, fortement attachés à la République et animés d’un esprit de tolérance,  victimes d’une campagne de diabolisation et de médisance »(nldr) . Sur ce, je voudrais de tout mon cœur croire que cette vidéo n’est que pur montage, car malgré tout, vous êtes mes frères et aux yeux du monde, l’image que vous donnez  affecte tous les jeunes du Burundi. Si je voulais vous prendre au mot, je vous demanderais pourquoi vous vous efforcez de donner raison à tous ces colons impérialistes qui nous traitent de sauvages.

Chers imbonerakure, le Burundi est un grand chantier, et les défis qui pourraient nous inspirer des chansons guerrières ne manquent pas: notre petit pays a une population estimée à 11,1 millions d’habitants dont 70% des jeunes pour  une superficie de 27 834 km². Nous avons un PIB par habitant de 315 $ avec un taux de croissance  de – 2,4 % en 2015 et un chômage qui va croissant. Nous sommes  parmi les pays les plus corrompus au monde, le deuxième pays le plus malheureux au monde d’après les Nations Unies, le troisième plus pauvre aussi en 2016.

Cependant, dans un communiqué le CNDD-FDD a proclamé que cette pratique est contraire à ses idéaux.

Déjà en 1994, selon le site collectif bujumburanewsblog.wordpress.com, un Rapport des Nations unies sur la crise burundaise de 1993, établi par une Commission indépendante d'enquête était arrivée à la conclusion qu'il y avait eu des “d’actes de génocide” à l'occasion d'une autre crise.

Malgré tout ce drame, selon  s'exprimant sur le site iwacu-burundi.org, qui affirme être une équipe, composée d’une cinquantaine de personnes qui reflètent toute la diversité du Burundi,  le Président M. Nkurunziza a affirmé, en décembre dernier,  lors d’une conférence publique, “qu’il ne pourrait pas se refuser à briguer un autre mandat si le peuple le lui demandait.” Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exprimé son inquiétude.

 

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