Cette blogueuse de voyage polonaise souhaite que ses compatriotes “tombent amoureux” de la Macédoine du Nord

La blogueuse de voyage polonaise Justyna Mleczak en tenue athlétique, juchée sur un rocher devant un paysage montagneux.

Justyna Mleczak lors d'une visite en Macédoine du Nord. Photo utilisée avec son aimable autorisation.

Cet article a été publié à l'origine [mk] par Meta.mk. Une version remaniée est publiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu entre Global Voices et Metamorphosis Foundation.

Justyna Mleczak est une blogueuse de voyage polonaise qui gère Do Macedonii [pl], un blog en polonais sur ses voyages en Macédoine du Nord et en Albanie.

Depuis 2016, elle a passé tous ses étés en Albanie, où elle travaille comme guide touristique, et elle visite régulièrement la Macédoine du Nord. Dernièrement, elle a visité la Macédoine du Nord en coopération avec le programme Smart Tourism Enhancement Project (STEP) [mk] soutenu par l'Union européenne.

Elle est actuellement en train de finaliser la rédaction de son livre numérique sur la Macédoine du Nord. Dans le même temps, elle organise des conférences sur les Balkans dans les écoles, les universités ainsi que les clubs de voyage de sa ville natale en Pologne.

Justyna Mleczak a échangé par e-mail avec Violeta Jonchevska de Metamorphosis sur la manière dont elle est tombée amoureuse de la Macédoine du Nord mais également sur la façon dont elle utilise les technologies numériques pour mettre en relation des personnes de cultures différentes.

Violeta Jonchevska (VJ) : Pourquoi avez-vous décidé de devenir guide touristique professionnelle en Macédoine du Nord et dans cette région de façon plus large ?

Justyna Mleczak (JM): It has never been an idea for living and truth be told, it is still not. I mean, legally I cannot even be a professional tour guide in Macedonia as to take the exam you firstly need to get a citizenship. On the other hand, I always thought I would become a non fiction journalist or a war/social correspondent. I was reading cover to cover books written by Tiziano Terzani, Egon Kisch, Joseph Kessel, Ernest Hemingway and lots of our famous Polish reporters. I have been also always intrigued and fascinated by history – with a great inner belief that there are thousands of voices which we cannot hear or somebody does not want us to listen to them.

However, until 2015/2016 I did not have even a slightest idea about modern history of North Macedonia or Albania and maybe a little bit about the Balkans. I have just finished my Bachelor on Central European Studies and I was going to go deeper on Caucasus or at least Hungary-Romania. This year, summer 2015, I was responsible for our family holidays. Frankly, I did not remember, why I chose Vlore in Albania. A few weeks later we started the journey which changed everything.

Justyna Mleczak (JM) : Ça n’a jamais été mon objectif dans la vie et à vrai dire, ça ne l’est toujours pas. Je veux dire, légalement je ne peux même pas exercer comme guide touristique en Macédoine car pour passer l’examen vous devez d’abord obtenir la nationalité. D’un autre côté, j’ai toujours pensé que je deviendrais journaliste-écrivaine ou bien correspondante de guerre ou spécialisée sur les sujets de société. Je lisais d’une seule traite des livres écrits par Tiziano Terzani, Egon Kisch, Joseph Kessel, Ernest Hemingway et plein d’autres reporters polonais célèbres. J’ai aussi toujours été intriguée et fascinée par l’histoire. En mon for intérieur, je crois qu’il y a des milliers de voix que l'on n’entend pas ou bien que quelqu’un ne souhaite pas qu’on les écoute.

Par contre, avant 2015-2016 je ne connaissais absolument rien sur l’histoire de la Macédoine du Nord ou de l’Albanie, peut-être un petit peu sur celle des Balkans. Je venais de terminer ma licence en études européennes, avec une concentration sur l'Europe centrale, et je voulais approfondir mes connaissances sur le Caucase ou du moins sur la Hongrie, la Roumanie. Cette année-là, pour l’été 2015, je me chargeais d’organiser les vacances en famille. Honnêtement, je ne me souviens plus pourquoi j’ai choisi Vlorë en Albanie. Quelques semaines plus tard, nous commencions le voyage qui a tout changé.

VJ : Comment s’est passée votre première visite en Macédoine du Nord ?

JM: My first visit in Skopje was just ridiculous. We arrived to the capital quite early and with hope for a bit of sightseeing. Instead, we were circling the city trying to find non-existent street or just reach the owner of our rented apartment. After a few hours the only thing we wanted was something to eat. Believe me or not, we were not able to find any open restaurant. And I am laughing at us even in this moment, because… we gave up one hundred meters from the Stone Bridge and Old Bazaar. One hundred meters separated us from the heart of Skopje!

Justyna Mleczak. Photo used with her permission.

Justyna Mleczak, surplombant le lac d'Ohrid depuis le sommet du mont Galičica. Photo utilisée avec son aimable autorisation.

Anyway, of course I was astonished by all the statutes but mostly – the secret story behind them. Next day we stopped for a coffee in Ohrid. I mean, my family were drinking coffee, I was wandering around. At that moment, I started to consider another field of study.

Two months after our return home, my article about Albania was published in Poznaj Świat, one of the most famous travel magazines in Poland. I got the invitation for an internship in Albania by a Polish woman who I worked with in her travel agency in Albania for the next four years and I started my Balkan Studies. I fell in love with Macedonian language immediately and I decided to write a Master Thesis which will connect my passions. On September 2016 I came for a 6 months’ research. I was writing about the potential of tourism in solving conflicts.

I started a blog. It was a bit of a journal, a bit of a practice to publish a non-fiction book about Macedonia one day. And after four years… here we are. I did not publish a book, I did not go on Ph.D. studies. I am, accidentally, in love with Macedonia.

Quite a long story, huh? I should have probably said: I have been dreaming about it since I was 5!

JM : Ma première visite à Skopje, c’était tout bonnement ridicule. Nous étions arrivés à la capitale assez tôt en espérant pouvoir visiter un peu. Au lieu de ça, nous tournions en rond dans la ville en essayant de trouver une rue inconnue ou bien de joindre le propriétaire de notre appartement de location. Après quelques heures, tout ce que nous voulions c’était quelque chose à manger. Croyez-le ou non, nous n’étions pas capables de trouver un seul restaurant d’ouvert. Et ça me fait rire même encore aujourd’hui car nous avions jeté l’éponge à une centaine de mètres du pont de pierre et du vieux bazar. Cent mètres nous séparaient du cœur de Skopje !

Justyna Mleczak. Photo utilisée avec sa permission.

Justyna Mleczak surplombant le lac d’Ohrid depuis un sommet de la montagne Galičica. Photo utilisée avec son aimable autorisation.

Bref, j’étais bien évidemment impressionnée par toutes les statues, surtout par leur histoire secrète. Le lendemain nous nous arrêtions pour un café à Ohrid. Je veux dire, ma famille prenait le café, moi je me baladais. C’est à ce moment que j’ai commencé à envisager un autre domaine d’étude.

Deux mois après notre retour à la maison, mon article sur l’Albanie [pl] était publié dans le Poznaj Świat, un des magazines de voyage les plus connus en Pologne. J’ai reçu une offre d’une Polonaise pour un stage en Albanie. J’ai travaillé avec elle dans son agence de voyages pendant les quatre années suivantes et j’ai commencé mes études sur les Balkans. Je suis immédiatement tombée amoureuse de la langue macédonienne et j’ai décidé de rédiger un mémoire de master qui associait mes passions. En septembre 2016, j’y suis allée pour faire des recherches pendant 6 mois. J’écrivais sur le potentiel du tourisme dans la résolution des conflits.

J’ai lancé un blog. C’était une sorte de journal, une façon de m’entraîner pour publier un jour un livre de non-fiction. Et quatre ans plus tard… voilà le résultat. Je n’ai pas publié de livre, je n’ai pas fait de doctorat. Je suis tombée amoureuse de la Macédoine par accident.

Plutôt une longue histoire, hein ? J’aurais probablement dû dire : j’en rêvais depuis l’âge de 5 ans !

VJ : Quelles sont vos destinations préférées en Macédoine du Nord et pourquoi ?

JM: I do not have favorite destinations in Macedonia. I love places where I can meet interesting, smiling people willing to sit and talk, and here there are dozens of them. I stayed in Macedonia because I really feel like home here.

Stevce Donevski and Justyna Mleczak, photo used with her permission.

Stevce Donevski and Justyna Mleczak, photo used with her permission.

Kratovo reminds me of Stevce Donevski who have already arranged me a meeting with half of Slow Food Macedonia community. If I were a singer and he was my manager, I would have won MTV Award in a year from now!

I have a great sentiment towards Prilep, for me it is an energetic and magical place. It is not a coincidence that Prilep is a hometown of my Macedonian language teacher, Zvonko Dimovski, whose contribution to the popularization of Macedonia among Polish students deserves special recognition.

Another order of recognition should be awarded to Malezan family from Ohrid, the owners of the most famous terrace among Polish professors, students and tourists. Trajanka Malezan is the person who believed in me from the very beginning and does not stop even when I no longer believe in myself. Recently Ramne village became a special place to me – but only thanks to Natasa Nedanovska. She has a hands, brain and heart from gold.

JM : Je n’ai pas de destination préférée en Macédoine. J’adore les endroits où je peux rencontrer des gens intéressants et souriants prêts à s’asseoir et discuter, et il y en a des dizaines. Je suis restée en Macédoine parce que je m’y sens vraiment comme chez moi.

Stevce Donevski et Justyna Mleczak, photo utilisée avec sa permission.

Stevce Donevski et Justyna Mleczak, photo utilisée avec son aimable autorisation.

La ville de Kratovo me fait penser à Stevce Donevski qui avait déjà organisé en mon honneur une rencontre avec la moitié de la communauté de Slow Food Macedonia [mk]. Si j’avais été chanteuse et qu’il avait été mon coach, j’aurais remporté les MTV Awards il y a un an !

J’apprécie énormément Prilep, pour moi c’est un endroit magique et dynamique. Ce n’est pas une coïncidence que Prilep soit la ville d’origine de mon professeur de macédonien, Zvonko Dimovski, dont la contribution à la popularisation de la Macédoine auprès des étudiants polonais mérite d’être spécialement reconnue.

On devrait également décerner une médaille à la famille Malezan d’Ohrid, les propriétaires de la terrasse la plus prisée des professeurs, étudiants et touristes polonais. Trajanka Malezan est la personne qui a cru en moi depuis le début et qui ne cesse de le faire même lorsque j'arrête de croire en moi. Le village de Ramné est récemment devenu un endroit spécial pour moi, mais c’est seulement grâce à Natasa Nedanovska. C’est une fille en or.

VJ : De nombreux touristes polonais viennent en Macédoine du Nord. Pourquoi pensez-vous qu’ils sont intéressés par cette destination ?

JM: Not sure. It is a bit of a fashion, a bit of fascination with the Balkans, a bit of looking for a cheaper alternative for holidays. Macedonia was famous among Poles long before the Polish crowds arrived here. We as a nation are known for “being everywhere” and the current pandemic situation perfectly confirms that.

I am not interested in these crowds. There are a few most common reasons for Poles to visit Ohrid: one day trip from Albania, transit or a few days stop on the way to Albania or during the Balkan trip and, especially since we have charters, relax with sunbathing by the Ohrid lake.

For a long time I cannot get over the fact that for our market and most Polish tourists Macedonia is only Ohrid and sometimes Skopje, perceived as sad, boring and chaotic. I slowly begin to understand that this kind of tourism is also needed – it is just not for me. I am focusing on people who want to slow down, sit, talk and experience. These people are true Macedonian lovers. They are coming back over and over again, delighted with food, culture, tradition, and top of the top – Macedonian people.

JM : Je n'en suis pas certaine. C’est un peu une tendance, une sorte de fascination pour les Balkans, une façon de voyager moins cher pendant les vacances. La Macédoine était connue des Polonais bien avant que les hordes de touristes n'arrivent. Nous sommes une nation connue pour “être partout” et la pandémie actuelle confirme parfaitement cela.

Ces gens-là ne m’intéressent pas. Les raisons les plus courantes qui expliquent la présence des touristes polonais à Ohrid sont : une excursion d’un jour depuis l’Albanie, une escale ou bien un arrêt de quelques jours sur le chemin de l’Albanie ou encore une virée dans les Balkans. Et par-dessus tout, puisque nous avons des vols charters, ils viennent se détendre et prendre un bain de soleil au bord du lac d’Ohrid.

Pendant longtemps je n’arrivais pas à me faire à l’idée que, pour notre marché et la plupart des touristes polonais, la Macédoine se résume uniquement à Ohrid et parfois Skopje, perçus comme étant des lieux tristes, ennuyeux, et chaotiques. Je commence à comprendre peu à peu que ce type de tourisme est également nécessaire, ce n’est simplement pas pour moi. Je m’intéresse aux gens qui veulent prendre le temps, s’asseoir, discuter et vivre des expériences. Ce sont de véritables passionnés de la Macédoine. Ils reviennent encore et toujours, enchantés par la nourriture, la culture, les traditions et surtout les Macédoniens.

VJ : Quels sont les côtés positifs et négatifs que les touristes polonais remarquent après avoir visité la Macédoine du Nord ?

Justyna Mleczak and a group of Polish tourists in Ohrid, North Macedonia. Photo used with her permission.

Justyna Mleczak and a group of Polish tourists in Ohrid, North Macedonia. Photo used with her permission.

JM: Well, it is a very difficult and general question. The average stereotypical Polish tourist complains about breakfast and lack of black tea… Jokes aside, hundreds of Polish tourists come to Macedonia, especially Ohrid. These are people with different experiences, expectations and needs.

I will answer differently – the biggest advantage and power I see is in people with passion, vision and idea. They form associations, work in non-governmental projects, devote themselves to protect what they recognize as a treasure. On the other hand, the biggest disadvantage is ignorance of authorities who not only does not help but make the work harder and complicate things.

Justyna Mleczak donne des explications à un groupe de touristes, qui sont vus de dos. Les toits rouges d'Ohrid sont visibles derrière elle.

Justyna Mleczak et un groupe de touristes polonais à Ohrid, Macédoine du Nord. Photo utilisée avec son aimable autorisation.

JM : Eh bien, c’est une question vague à laquelle il est difficile de répondre. Le touriste polonais lambda se plaint du petit déjeuner et de l’absence de thé noir… Blague à part, des centaines de touristes polonais viennent en Macédoine, surtout à Ohrid. Ce sont des gens qui ont des expériences, des attentes et des besoins différents.

Je vais répondre d'une autre manière : ce sont chez les gens passionnés, pleins d'idées, et qui insufflent une vision, que je retrouve les plus grandes forces et qualités. Ils forment des associations, travaillent dans des projets non gouvernementaux, se dévouent pour protéger ce qu’ils considèrent comme un trésor. D’un autre côté, le plus gros inconvénient c’est l’ignorance des autorités qui non seulement n’aident pas mais rendent le travail plus difficile et compliquent les choses.

VJ : Le COVID-19 a impacté le tourisme à l’échelle mondiale. Comment gérez-vous les défis et quelles sont vos attentes pour l’avenir ?

Justyna Mleczak. Photo used with her permission.

Justyna Mleczak. Photo used with her permission.

JM: Tourism is a meeting place. It is communing with culture, with the past, present and future, broadening horizons and being able to see yourself in others. It has an unbelievable power both to build and destroy.

I do not expect anything. I am trying to work hard, hoping to establish a cooperation with two fantastic women, Jasmina Popovska and Katerina Vasileska, founders of Genuine Experiences platform, as I feel we are looking in the same direction. And I am going to continue to convince Poles that the Balkans is not a powder keg. It is a barrel of wine. To share and drink with others, no matter who they are.

La blogueuse de voyage Justyna Mleczak montre le chemin sur une route en pierre bordée par un mur en pierre, au soleil.

Justyna Mleczak. Photo utilisée avec son aimable autorisation.

JM : Le tourisme est un lieu de rencontre. C’est communier avec les cultures, le passé, le présent et l’avenir, élargir les horizons et être capable de se voir chez les autres. C’est une incroyable force à la fois de construction et de destruction.

Je n’attends rien. J’essaie de travailler dur, en espérant établir une coopération avec deux femmes formidables, Jasmina Popovska et Katerina Vasileska, fondatrices de la plateforme Genuine Experiences, car j'estime que nous partageons une vision commune. Et je vais continuer à convaincre les Polonais que les Balkans ne sont pas une poudrière mais plutôt un tonneau de vin à partager et à déguster avec d’autres, peu importe qui ils sont.

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