Géorgie : le parti au pouvoir engagé à faire taire les médias indépendants

Image de Max Kukurudziak. Utilisation libre sous Licence Unsplash.

Dans un appel envoyé à la Commission nationale géorgienne des communications (GNCC) le 5 août, le parti au pouvoir, Rêve géorgien, a demandé à la Commission d’infliger des amendes à trois chaînes de télévision pour avoir diffusé une publicité vidéo politique fin juin.

La publicité, intitulée « Rentrer chez soi en Europe », appelait les citoyens géorgiens à descendre dans la rue le 24 juin lors d’un rassemblement pro-européen. Le 20 juin, des milliers de Géorgiens sont descendus dans les rues de la capitale, Tbilissi, pour soutenir l’adhésion de la Géorgie à l’Union européenne. Le 24 juin, la candidature du pays a été reportée sous prétexte que le pays devait remplir une liste de critères avant d’être considéré comme candidat. Le même mois, le Parlement européen a adopté une résolution « sur les violations de la liberté des médias et la sécurité des journalistes en Géorgie ». Le récent appel témoigne non seulement de l’importance de la résolution, mais également de l’absence de véritables incitations à se conformer à la liste des exigences avancées par la Commission européenne, notamment celle d’assurer un environnement médiatique indépendant et pluraliste.

Le parti au pouvoir, Rêve géorgien, n’est pas d’accord. Il a déclaré que la publicité montrait le parti sous un mauvais jour, mettant à mal son avenir électoral, selon les déclarations de Civil.ge.

Le clip vidéo montre une famille géorgienne regardant la télévision, sur laquelle s’affichent des déclarations de divers membres du parti au pouvoir sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’octroi du statut de candidat à l’Ukraine. Alors que l’attention de la famille se concentre sur la télévision, un sentiment de colère monte face aux déclarations des membres du parti au pouvoir concernant l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le statut de candidat potentiel de la Géorgie à l’Union européenne.

Dans son appel à la GNCC, le parti Rêve géorgien affirme que « les trois chaînes ont violé les articles 70(1) et 63(2) de la Loi sur la radiodiffusion, en diffusant des publicités pré-électorales et politiques pendant une période non électorale », et qu’elles doivent ainsi être tenues responsables de la diffusion de la publicité, selon les déclarations de Civil.ge.

Les trois chaînes de télévision en question, Mtavari Arkhi, TV Pirveli et Formula, ont affirmé que la plainte visait à « nuire financièrement » aux médias. Les trois chaînes ont également déclaré qu’elles n’attendaient pas de jugement équitable de la part de la GNCC. La Commission a infligé de lourdes amendes à plusieurs chaînes de télévision en décembre 2021. À ce moment, dans un entretien accordé à OC Media, Natia Kapanadze, coordinatrice de la Coalition pour la défense des médias, une association locale de défense des médias, a déclaré que la GNCC avait montré une tendance à imposer des amendes beaucoup plus lourdes aux médias d’opposition. La Coalition a qualifié le nouvel appel du Rêve géorgien d’alarmant et a exhorté la GNCC à mettre fin à « la pratique consistant à restreindre les médias critiques ».

L’interdiction des vidéos critiquant le parti au pouvoir manque de fondement juridique et menace le pluralisme dans le pays. Une telle attitude est incompatible avec les principes de gestion moderne et démocratique de l’État.

Le mouvement Shame Movement, créateur de la publicité vidéo politique, est devenu l’une des figures critiques les plus intrépides du gouvernement au pouvoir en Géorgie ces dernières années. Il a organisé de nombreuses manifestations à grande échelle et a appelé à la démission du parti au pouvoir. En conséquence, il a également rencontré des difficultés. Le 5 août, le tribunal municipal de Tbilissi a déclaré le directeur du mouvement, Giorgi Mjavanadze, coupable des accusations de désobéissance à la police. Mjavanadze a reçu une amende administrative et a été arrêté en mars 2022. En mai, Mjavanadze a raconté comment il avait été traité par les forces de l’ordre locales dans un entretien accordé à OC Media.

Quant aux conséquences pour les trois chaînes de télévision confrontées aux accusations de la GNCC, il n’est pas difficile de les prédire, comme l’a souligné la Coalition pour la défense des médias dans son communiqué. En juillet 2022, les médias du pays et la société civile dans son ensemble ont appris que les services de sécurité du pays surveillaient les rédactions. Depuis 2021, la rhétorique contre les médias indépendants et d’opposition soutenue par l’État est en hausse.

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