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Palestine : L'entrée aux USA refusée à 4 lauréats des bourses Fulbright

En  début de semaine, trois Palestiniens, lauréats des prestigieuses bourses Fulbright et devant partir étudier aux Etats-Unis, ont vu leur visa annulé par les Etats-Unis, ce qui les prive de leur bourse. Un quatrième, lycéen, inscrit dans un programme de bourses différent, a également été privé de visa.  Voici deux mois et demi, Condoleezza Rice était personnellement intervenue pour s'assurer que les lauréats des bourses seraient autorisés à entrer aux USA. Pourquoi, alors, cette volte face de dernière minute ? Les blogueurs du Moyen-Orient avancent différentes hypothèses. 

L'histoire commence fin Mai 2008 [en anglais] , quand sept lauréats des bourses Fulbright vivant dans la bande de Gaza se sont vus retirer leur bourse. Le Département d'Etat américain craignait de ne pouvoir assurer leur transfert jusqu'au consultat américain de Jérusalem pour les formalités et l'entretien obligatoire. Condoleezza Rice a fait en sorte que leur bourse leur soit rendue mais parce qu'Israël n'autorisait pas trois des sept étudiants ( Zuhair Abu Shaban, Fida Abed et Osama Daoud) à quitter Gaza (“Risques pour la sécurité”) les officiels américains sont allés jusqu'à se déplacer [en anglais] pour les interviewer dans la bande de Gaza. Tous les trois ont reçu ensuite un visa, le 30 juillet 2008. Mais deux jours plus tard, leurs visas ont été annulés.  Fida Abed était déjà en route pour Washington. Il a été refoulé à l'aéroport et renvoyé à Amman, en Jordanie. Le Département d'Etat des Etats-Unis se contente de communiquer que “de nouvelles informations” lui sont parvenues sur les trois étudiants, ainsi que sur un quatrième, Ahmed Ma'arri, un lycéen âgé de 14 ans, titulaire d'une autre bourse. 

Emily, sur le blog arabe-américain KABOBfest [en anglais] n'est pas vraiment surprise.

En fin de compte, les Etats-Unis ont annulé les visas de trois des lauréats Flubright de Gaza: l'un, après son vol jusqu'à Washington, où les douanes lui ont appris que son visa n'était plus valide. La saga du voyage retour jusqu'en Jordanie me parait illustrer parfaitement les conditions de déplacement à l'étranger des Palestiniens.  Si Israël avait obtenu des informations à transmettre aux Etats-Unis, au point d'annuler trois visas, cela me paraît être un aveu public que le refus précédent, pour les sept étudiants, n'était basé sur aucune information (que ces information soient exactes ou non….Allons, de toute évidence, le môme qui va au lycée est dun terroriste qui va transformer son éducation en bombe et tuer).   J'aimerais bien voir ces informations de sécurité transmises par Israël. Qui veut parier qu'il y est écrit : “Palestinien, sexe masculin, né à Gaza = REFUS”. 

Le blogueur israélo-americain Jerry Haber, sur The Magnes Zionist  [en anglais] avance que Israël a cherché à sauver la face. 

 Laissez-moi vous présenter Fidaa Abed et Ahmed Ma'ari. Abed partait pour l'Université de Californie à San Diego, pour y obtenir un Mastère en informatique. Ahmed est un lycéen. Tous deux ont remporté une bourse Fulbright pour étudier aux Etats-Unis. Tous deux ont obtenu un visa, ensuite annulé. Maitenant, parlons clair.  D'abord, ils ne présentent pas un risque pour la sécurité ; ils sont juste bouclés dans Gaza par l'emprise d'Israël sur ce territoire. Cela s'appelle “Punition collective”.  Si nous poussons à bout les Gazaouis, ils se soulèveront et renverseront le Hamas. Eh bien, en voilà une stratégie futée. […] Quelle meilleure explication pour cette volte-face ?  Mr. Abed et Mr. Ma'ari ont fait les frais d'une magouille d'Israël pour sauver la face, que les USA ont bien voulu avaliser, pour l'instant. Vous connaissez la chanson. Les USA décident de laisser entrer des lauréats Fulbright (pour que Condi soit contente), et d'en jeter d'autres (pour qu'Israël soit content). La mini-crise diplomatique est résolue. Sur le dos des Palestiniens.  

Ms. Missive, une Américaine qui vit en Israël et écrit sur le blog Patriot Missive [en anglais], juge que les Etats-Unis ont très mal géré la situation.:

Ce ne sera pas la première fois que nous sommes aussi maladroits. J'attends toujours de voir quelles étaient ces informations sur la sécurité .

Dans un billet ultérieur, elle souligne que certains étudiants arabes vivant actuellement aux Etats-Unis ont organisé un déplacement à l'ambassade d'Israël à Washington, D.C.

DesertPeace  [en anglais], un Américain vivant à Jérusalem, est préoccupé de voir que s'opposer à la politique d'Israël suffit à empêcher tout déplacement : 

 ‘Et aujourd'hui, en faites-vous partie ? En avez-vous fait partie?’ De toute évidence, ces deux questions n'ont pas été posées aux lauréats Fulbright de Gaza quand ils ont demandé un visa. Dans la “bonne vieille” ère  McCarthy, ces questions faisaient allusion à l'appartenance au Parti Communiste. Aujourd'hui, elles font référence à l'appartenance à tout mouvement opposé aux pratiques génocidaires d'Israel.  Condoleeza Rice, en personne, a pris position pour aider ces jeunes étudiants a obtenir un permis de séjour…. mais il semble que l’ AIPAC soit encore plus puissant que le Département d'Etat américain.

 Carl, un Israélien né aux Etats-Unis, qui écrit sur le blog Israel Matzav [en anglais] approuve la décision américaine :

Les trois (déboutés) ont apparemment des liens plus étroits avec le Hamas et le terrorisme que Condi n'a bien voulu l'admettre il y a deux mois. Ne retenez pas votre souffle en attendant que Condi ou quelqu'un d'autre au Département d'Etat présente des excuses.

Certains blogueurs évoquent les conséquences à long terme d'une telle décision : le blogueur  arabe-Américain Edmund, sur le blog The Philistine [en anglais], demande:

Quelles  “nouvelles” informations  pouvait-il y avoir ? En refusant l'éducation aux masses et même à de rares individus, tout ce que vous accomplissez est d'aider les terroristes à recruter. Maintenant, vous comprenez pourquoi les planteurs propriétaires d'esclaves refusaient d'instruire leurs “travailleurs”. Moins il y en savent, plus c'est facile de les manipuler. Les Etats- Unis et Israël craignent la perspective d'une société palestinienne éduquée.

Le blog  Teach the Masses  au Kuweit  [en anglais] partage cette opinion :

Oui, il ne fait pas de doute que les “nouvelles informations” ont été fabriquées de toute pièce, pour cacher le fait que les Israéliens veulent le moins possible de Palestinien éduqués aux alentours, pour que le confinement soit plus aisé à maintenir. 

Le blogueur américain Richard Silverstein, sur le blog Tikun Olam [en anglais] se désole de cette décision :

A ce rythme, les Etats-Unis ont de la chance que les étudiants de Gaza soient encore partant pour étudier dans leur pays. Bien sûr, les “preuves” israéliennes sont des obstacles destinés à empêcher les Palestiniens d'étudier à l'étranger. Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël d'instruire les Gazaouis. Dieu seul sait quelles connaissances et expertise ils sont capables de ramener pour améliorer les conditions de vie de leurs compatriotes, à leur retour. Qui sait quelles nouvelles théories ils pourraient exposer, quelles entreprises ils pourraient créer, quelles nouvelles idées politiques ils pourraient répandre ? C'est trop pour Israël, qui préfère une société appauvrie, très peu scolarisée, plus facile à dominer.  […]Ces jeunes Palestiniens vont retenir la leçon : il ne faut pas se fier aux Etats-Unis, ils ne valent pas mieux qu'Israël dans la fabrication de fausses preuves pour incriminer des Palestiniens. Des leçons pareilles se retiennent toute la vie, pas seulement par les victimes directes, mais par tous les jeunes Palestinien qui pourraient un jour postuler à une bourse Fulbright. A ce compte, nous serons vernis l'an prochain si UN PALESTINIEN veut bien candidater. Et nous nous demandons pourquoi les Arabes nous détestent.

Nous concluons cette revue de blog par un commentaire de Hassan, l'un des professeurs du lycéen Ahmed Ma'arri, refoulé.  Hassan a commenté un article paru dans le journal israélien Ha'aretz:

Je veux ajouter que Ahmed a seulement 14 ans, qu'il est l'un des meilleurs étudiants d'un programme appelé ACCESS, financé par AMIDEAST, qu'il s'est soumis à nombreux examens et entretiens pour obtenir cette bourse, alors que c'est encore un gamin. Il n'a rien à voir avec la politique ou le Hamas. Il rêvait jute d'être bon à l'école, et reconnu.  Il a participé à un cours pendant deux ans sur comment aimer le monde et comment être ouvert d'esprit. Il a fait tellement d'exposés sur la culture américaine, et d'autres cultures du monde.  Vous torturez nos gamins, vous voulez qu'ils soient tous, comme vous les appelez, des “terroristes ou des martyrs “. Par pitié! Quelle menace représente un lycéen de 14 ans pour la sécurité des Etats-Unis ou d'Israël ? 

Et en réponse à un autre commentaire, qui demandait si Ahmed s'était réjoui après les attentats du 11 septembre 2001,  Hassan écrit [en anglais] :

 Merci beaucoup à tous ceux qui soutiennent Ahmed  et j'ai vraiment de la compassion pour ceux qui sont encore bernés par les médias.  Tout d'abord, le 11 septembre 2001, Ahmed avait seulement 6 ans. Deuxièmement,  Ahmed est d'une famille cultivée… Vous devriez savoir que la plupart des parents ne sont pas particulièrement impatients de voir leurs fils passer un an à l'étranger à un âge aussi critique. Troisièmement, nous avons une grande pluralité d'opinions politiques  […] S'il vous plaît, laissez nos gamin mener une vie normale.

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