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Maroc : Le voyage de la “Blogoma” continue

Les blogs ont fait beaucoup de progrès au Maroc. Je me souviens que quand j'ai publié le premier billet sur mon blog, j'étais le seul blogueur de mon université. Quelques années plus tard, nous avons une situation complètement différente – une blogosphère qui a grandi rapidement. Voici un tour d'horizon de la “Blogoma”, nom que les blogueurs ont donné eux-mêmes à cette scène florissante.

Lectorat

Selon l'Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications, l'ANRT, plus de 800 000 Marocains sont connectés directement à Internet. Ce chiffre augmente progressivement depuis que les ordinateurs et les connexions Internet sont moins chers. La communauté des utilisateurs d'internet est estimée à quatre millions de personnes, grâce aux nombreux cyber-cafés du pays.

Blogueurs

Il n'y avait pas tant de blogueurs que ça, il y a quelques années. Aujourd'hui, selon le blogueur marocain Larbi, il y en aurait entre 30 000 et 40 000 au Maroc. Tous les sujets sont couverts, de la politique aux arts, de la vie quotidienne à la mode, et de la musique au sport.

La blogosphère marocaine a également son propre nom, la Blogoma. Selon le Magazine des blogs et du web au Maroc, il s'agit de :

“…la contraction de blogosphère marocaine. Le terme a été avancé pour la première fois en 2004, pour faire allusion à la communauté naissante des blogueurs au Maroc.
La blogosphère marocaine est l'une des communautés les plus évolutives de la région du Maghreb et a pu à plusieurs reprises afficher des positions fermes vis à vis de l'actualité nationale et internationale. Les blogueurs marocains se réunissent régulièrement au cours de rencontres de blogueurs et de blog days.

L'agrégateur Berberus a mené une étude sur les blogs maghrébins référencé par un Google page rank (PR) supérieur à 4. Cette étude, qui a été réalisée en janvier dernier, montre une forte présence des blogs marocains. Elle est disponible ici. Parmi les blogs en tête de classement, on trouve :

l’excellent blog du journaliste algérien Allaoua Hadji au côté de Laila Lalami et des deux blogs tunisiens (censurés dans leurs pays) Nawaat.org et ReveilTunisien.org. Le blog de Lameen Souag ayant hélas perdu un point.

Profil

Comme mentionné plus haut, de nombreux sujets sont couverts par la Blogoma. Les blogueurs ont également des profils variés. On peut lire des blogs d'auteurs de différents âges. Le blogueur Citoyen Hmida, par exemple, est un employé de banque à la retraite ; Adamito est un jeune étudiant (qui était lycéen à l'époque où il l'a ouvert). Ce blogueur a également lancé une plateforme collaborative et innovante pour l'éducation appelée 9rayti.com. Le blog le plus connu, pour ne pas dire le plus célèbre, est Larbi, rédigé par un jeune consultant résidant en France. Il analyse l'actualité du Maroc et de la France et donne son opinion avec humour.

De nombreuses langues sont utilisées sur les blogs marocains. Si le français est majoritairement utilisé, on trouve maintenant d'avantage de blogs en arabe et en anglais. En effet, certains blogs avancent l'absence de blogs en arabe dialectal marocain pour déclarer que leur but est de promouvoir l'utilisation de l'arabe en bloguant. Par exemple, le blog  Bla faransiyya (Sans le français) va plus loin et explique :

بلا فرنسية! مدونة مغربية جماعية تهدف إلى لفت الإنتباه إلى موضوع الإستقلال اللغوي الذي هو سبيل التنمية. بلا فرنسية! ليست شعارا عنصريا، و إنما مطالبة بتخلي ادارة وشركات وإعلام المغرب عن استعمال اللغة الأجنبية في خدمة ومخاطبة المواطن المغربي وتعميم استعمال اللغة الوطنية في الحياة العامة وفي التعليم

Sans le français est un blog qui vise à mobiliser autour de l'indépendance linguistique. Sans le français n'est pas une devise raciste, mais une demande faite aux services publics, aux entreprises et aux médias marocains d'abandonner l'usage de langues étrangères et de s'adresser aux Marocains, dans la vie quotidienne et dans l'éducation, dans notre langue nationale.

La présence de blogs anglophones augmente également. Eatbees, blog sur lequel on peut  régulièrement lire des billets sur le Maroc, et Al Miraat que j'ai découvert pour la première fois avec un délicieux billet sur  Couscous, Tagine et Democracie, sont tous deux écrits en anglais. Récemment, des blogueurs ont lancé la Maghreb politics review :

C'est un blog écrit à plusieurs mains sur la politique en Afrique du nord, dans un contexte international… L'idée est de faire mieux connaître l'Afrique du nord dans les pays anglophones, où on oublie trop souvent de mentionner cette région dans les discussions sur les musulmans et le monde arabe.  Bien que le Maghreb figure plus souvent dans les discussions francophones, qui sont souvent très intéressantes, MPR espère contribuer à élever la qualité du discours sur la région, et l'analyse qu'on en fait.

Impacts

La Blogoma est riche. C'est une communauté qui s'agrandit rapidement et dans laquelle on trouve tous les types de profils. Mais a-t-elle un impact sur les Marocains ? C'est difficile à dire, dans un pays où le taux d'illettrisme est toujours très élevé. Les médias personnels en ligne (blogs, sites de partage de photos, de vidéos, etc.)  ne sont pas très développés, pas autant que les médias classiques comme la télévision et la presse écrites. Les nouveaux médias ont eu leur moment de gloire quand le Chasseur de Targuist a filmé des gendarmes recevant des bakchichs des conducteurs. Les vidéos sont disponibles sur YouTube ici et .

Pour le moment, la Blogoma ressemble plus à un journal intime. Citoyen Hmida écrit :

“On y réagit plus qu’on y réfléchit”

Et une majorité de blogueurs semblent s'accorder sur le fait que la Blogoma a besoin de temps pour mûrir. Tarik Essaâdi, auteur de E-Citizen, a confié au magazine Tel Quel :

La blogoma se porte bien en nombre, mais souffre d’une crise d’identité. On ne sait pas bien ce qu’on veut.

Il a également déclaré au même magazine qu'il fallait que la Blogoma s'engage plus. Cette déclaration est peut-être à revoir, comme l'a montré la mobilisation en ligne après les arrestations de Fouad Mourtada, Erraji, et du fan du club de football Barça.

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